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Etats-Unis: Tiktok fait un saut vers l'inconnu après la décision de la Cour suprême sur son interdiction

BFM Business Sylvain Trinel
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Si aucune revente n'est actée, le réseau social chinois pourrait être interdit sur le territoire américain à compter du 19 janvier, et pourrait au passage complètement fermer ses portes.

Alors que rien ne l'y oblige, Tiktok pourrait bien baisser le rideau, ce 19 janvier, date à laquelle le réseau social chinois sera interdit aux Etats-Unis, en vertu d'une loi votée par le Parlement américain.

Contrairement à ce que pouvaient espérer les utilisateurs américains de l'application, la Cour suprême vient de valider la loi qui doit entrer en vigueur dans 72 heures, et actant l'interdiction. Selon la plus haute juridiction américaine, la cession de Tiktok est "nécessaire" en raison des "inquiétudes bien fondées" sur la sécurité nationale.

Tiktok, qui espérait une inflexion de la Cour suprême, va donc devoir désormais quitter le territoire américain, à moins qu'elle ne décide finalement d'accepter une revente à une société américaine.

Tiktok prêt à l'écran noir aux Etats-Unis

Si le réseau social ne pourra plus être téléchargé, il n'a pas l'obligation de disparaitre immédiatement. Il est plutôt destiné à mourir à petits feux, faute de mise à jour. Mais Tiktok semble préférer en finir rapidement, selon les informations diffusées dans la presse américaine.

Concrètement, ses utilisateurs pourraient être redirigés vers une page web expliquant les raisons de cette soudaine fermeture et le bannissement effectif outre-Atlantique, révèlent Reuters et The Information. Ils pourront néanmoins télécharger leurs données et contenus publiés sur la plateforme.

La réaction de Tiktok témoigne du véritable bras de fer entre les autorités américaines et le réseau social depuis des mois.

La loi signée par Joe Biden ne stipulait pas une fin d'activité: elle précisait que l'application Tiktok devait simplement être retirée des stores sur iOS et Android, et qu'aucune entité américaine ne devaient collaborer avec la plateforme. Cela n'empêchait pas Tiktok de continuer à opérer, alors qu'il dispose d'un vivier de plus de 170 millions d'utilisateurs.

En interne, un mémo envoyé aux salariés de la filiale américaine explique qu'à ce stade, les emplois sont préservés.

Donald Trump peut-il sauver Tiktok?

Immédiatement après la décision de la Cour suprême, Donald Trump a expliqué auprès de CNN que la décision lui revenait: "Vous allez voir ce qui va se passer," a-t-il lancé, assurant que le Congrès lui avait donné le droit de prendre une décision, "je prendrais donc une décision." Il estime aussi avoir "besoin de temps" pour prendre sa décision.

D'abord fervant partisan d'une interdiction en raison de ses relations tendues avec la Chine, Donald Trump a finalement jeté son dévolu sur Tiktok, voyant l'immense succès de son compte et de ses vidéos sur la plateforme. Quelques semaines avant d'être à nouveau élu président, l'homme d'affaires a expliqué qu'il était désormais prêt à sauver Tiktok.

Dès le 20 janvier, date à laquelle il s'installera à la Maison Blanche, Donald Trump pourrait ainsi signer un décret reportant cette interdiction de 60 à 90 jours. Objectif affiché: négocier une vente ou chercher des solutions alternatives. Ironie du sort, le patron de Tiktok, Shou Zi Chew, est invité à l'investiture de Donald Trump ce lundi.

Plusieurs médias américains, dont NPR et le Washington Post, évoquent une autre solution à moyen terme: la réactivation du "projet Texas", qui était un temps sur la table durant le premier mandat de Donald Trump. Celui-ci prévoyait la création d'une filiale aux Etats-Unis, grâce à laquelle le gouvernement aurait une sorte de droit de veto, notamment sur le stockage des données. En 2022, lorsque ce plan avait été évoqué par le patron de Tiktok, il était question de faire alliance avec le géant américain Oracle.

Mais pour ce faire, Bytedance doit accepter la vente de sa filiale américaine et le départ de ses 170 millions d'utilisateurs, ce qui est loin d'être gagné. Politiquement, cela serait un pari gagnant pour Donald Trump, qui pourrait alors se féliciter d'avoir fait plier l'une des plus puissantes entreprises chinoises.

Dans un communiqué, l'administration Biden a de son côté précisé que l'application de la loi "s'étalerait dans le temps" compte tenu du calendrier politique. Difficile encore de faire des conclusions sur cette déclaration, qui laisse penser que rien ne se passera finalement dimanche.