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Jugé trop communiste, le jeu "Victoria 3" sera corrigé pour être plus équilibré

BFM Business Valentin Grille
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Les joueurs du jeu de stratégie s'étaient rendus compte que la voie la plus simple vers la prospérité était invariablement le partage des richesses.

Ce ne sera pas la lutte finale. Sorti fin octobre sur PC et développé par Paradox Development Studio, Victoria 3 est au coeur d'une polémique singulière depuis plusieurs semaines: le jeu de stratégie est accusé de faire du communisme la solution pour l'emporter trop facilement.

Il propose en effet au joueur de piloter une nation pendant un siècle - entre 1836 et 1936 - pour atteindre en fin de partie un nombre d'objectifs paramétrés au début, relatifs notamment au niveau de vie des populations virtuelles et au niveau de développement commercial atteint.

Et des joueurs se sont vite rendus compte que malgré la possibilité de choisir de multiples voies idéologiques, du capitalisme le plus acharné au féodalisme, c'est la redistribution communiste qui fonctionnait toujours le mieux.

Certains d'entre eux se sont alors lancés par jeu dans des diatribes aux accents post-soviétiques sur les forums.

Je déteste les propriétaires terriens, a écrit un joueur juste après la sortie. "Je déteste ces arriérés, esclavagistes, voleurs d'impôts, bloqueurs de progrès, haïssant les lois, portant des chapeaux stupides."

Dans un autre témoignage, un joueur décrit sa partie avec le Chili, transformé en principal pourvoyeur d'énergie pour la France, et qui a ultimement survécu grâce aux minimas sociaux - mais qui ont cassé le pouvoir des industriels locaux: "Ce jeu m'a fait aimer les subventions et l'Etat-Providence dans la vraie vie", clame-t-il. Un troisième utilisateur a même décrit les mécaniques à l'oeuvre derrière ce travers systématique.

Après qu'une "coopérative ouvrière" spéciale ait été mise en place, les capitalistes "ne touchent plus rien et tous les bénéfices vont aux travailleurs, ce qui les rend globalement plus riches. Leur pouvoir d'achat leur permet de consommer plus de biens de base, ce qui crée plus de demande. Cela augmente aussi leur niveau de vie, et améliore les flux migratoires. C'est juste trop facile."

"Comme nous les comprenions"

Dans un entretien donné au magazine américain PC Gamer, le co-créateur du jeu, Mikael Andersson, a expliqué comment ce biais avait pu être rendu possible.

"Ce n'est un secret pour personne que Victoria 3 est à bien des égards le simulateur du matérialisme historique" a-t-il affirmé. La façon dont vous choisissez de façonner et d'organiser votre économie influence les conditions des individus qui participent à cette économie."

En clair, choisir une économie dirigée par les travailleurs et orientée vers la production de biens de base va augmenter les prix et donc les salaires, créant un cercle vertueux où la demande intérieure va augmenter cycliquement. Andersson suppose que d'autres modèles d'organisation, couplé à des mesures adaptées, peuvent également s'avérer cohérents et donc efficaces.

Nous n'avions pas prévu que les choses fonctionnent de cette façon. Nous avons seulement implémenté des mécaniques de jeu comme nous les comprenions. Il y a de fortes chances que les effets soient rééquilibrés, mais la dynamique fondamentale ne changera pas."

Il n'empêche que les créateurs du jeu ont bel et bien planché sur un patch aux tonalités moins communistes. Les hausses de salaires, notamment, ne permettront plus que de prévenir des grèves, ou d'attirer de la main d'oeuvre, et ne seront plus la résultante directe d'une hausse des profits. Et tant pis pour le marteau, et la faucille.