BFM Tech

Course à l'IA: la Chine n'a que "quelques mois de retard" sur les Etats-Unis, met en garde le patron de Google Deepmind

BFM Business Kesso Diallo
placeholder video
Dans un podcast de CNBC, Demis Hassabis, le patron de Google Deepmind, a alerté sur les avancées de la Chine en matière d'IA, estimant qu'elle peut rattraper son retard sur les États-Unis. Il considère en revanche que les entreprises chinoises sont incapables d'innover dans ce domaine.

Aujourd'hui, leaders dans le domaine de l'intelligence artificielle, les États-Unis risquent pourtant de perdre la course. Un sérieux concurrent lui fait de l'ombre et n'est pas loin derrière. Il s'agit de la Chine, et plus d'une entreprise américaine en a conscience. Deepmind, la filiale de Google dédiée à l'IA, en fait partie.

Les modèles d'IA chinois sont plus proches des capacités américaines et occidentales "qu'on ne le pensait il y a un ou deux ans", a mis en garde son PDG, Demis Hassabis, dans un podcast de CNBC. Il y a près d'un an justement, le secteur de l'IA a été bouleversé par l'arrivée de Deepseek, qualifié de "ChatGPT chinois". L'entreprise à son origine est parvenue à faire aussi bien en matière de performances que ses concurrents outre-Atlantique, mais avec moins de ressources.

Rattraper son retard...

Les modèles d'IA chinois "n'ont peut-être que quelques mois de retard", estime désormais le patron de Deepmind. Des propos qui concordent avec ceux du patron de Nvidia, Jensen Huang. En novembre dernier, il avait dans un premier temps prévenu que la Chine pourrait dépasser les États-Unis dans la course à l'IA, notamment à cause de coûts énergétiques plus faibles, avant de préciser sa pensée, face au tolé suscité par ses propos. Elle est "à quelques nanosecondes" derrière le pays dirigé par Donald Trump, a-t-il par la suite déclaré.

Depuis janvier 2025, la Chine a en effet connu plusieurs succès. Deepseek a lancé d'autres modèles, et c'est aussi le cas du géant Alibaba ou d'entreprises comme Butterfly Effect. Cette start-up est à l'origine de l'agent IA Magnus, qui a impressionné les géants du secteur en mars dernier. Au point que Meta l'a récemment racheté pour près de deux milliards de dollars.

Toutefois, à en croire le South China Morning Post, Lin Junyang, responsable technique de l'équipe Qwen (les LLM pour le cloud), d'Alibaba, estimait, la semaine dernière, lors d'une conférence à Pékin, qu'il y avait moins de 20% de chance qu'une société chinoise arrive à surpasser les géants de la technologie américain dans les trois à cinq ans.

La Chine rattraperait donc son retard, mais elle ne serait pas encore prête à l'étape d'après, prendre la tête. Les sociétés chinoises n'ont pas encore prouvé leur capacité à réaliser des percées dans le domaine de l'IA, nuance de son côté Demis Hassabis.

"La question est de savoir s'ils peuvent innover de manière révolutionnaire. Je pense qu'ils ont démontré leur capacité à rattraper leur retard et à se rapprocher dangereuseuement des frontières de l'innovation. Mais peuvent-ils réellement innover, par exemple en créant un nouveau transformateur qui repousse ces limites? Je ne crois pas que cela ait été démontré jusqu'à présent", a-t-il détaillé.

Un modèle transformateur expliqué en bref...

Pour rappel, un transformateur est un modèle d'intelligence artificielle conçu pour traiter des séquences de données (texte, code, images, son). Il apprend à comprendre le contexte global d'une séquence grâce à un mécanisme d'attention (la capacité de relier les éléments pertinents de la séquence entre eux), qui lui permet d'analyser toutes les relations entre les éléments en parallèle, indépendamment de leur ordre de traitement. Ce qui le rend particulièremet efficace pour le langage naturel et les données complexes.
C'est Google qui a initié cette révolution en 2017, elle sous-tend aujourd'hui les grands modèles de langage développés par des entreprises comme OpenAI pour alimenter leur chatbot.

... sans réaliser de percées

Un autre problème pourrait porter préjudice à la Chine dans cette course à l'IA: l'accès aux technologies critiques. Autrement dit, les semi-conducteurs, qui sont nécessaires au développement de l'IA. "La Chine nous devance largement en matière d'énergie. Nous sommes très en avance sur les puces. Ils sont au même niveau en matière d'infrastructures et de modèles d'IA", a déclaré Jensen Huang par le passé.

Les États-Unis autorisent depuis peu l'exportation de certaines des puces de Nvidia vers l'Empire du milieu et sous conditions. Un moyen pour Donald Trump de limiter les bénéfices que les entreprises chinoises peuvent tirer du leader du secteur des puces. Mais le pays cherche à s'affranchir de cette dépendance américaine, en favorisant ses propres semi-conducteurs, dont les performances sont actuellement inférieures à celles de Nvidia.

Ce ne sont pourtant pas ces restrictions qui sont à l'origine du manque de percées technologiques pour Demis Hassabis. D'après lui, cela vient d'un problème de "mentalité". "Inventer quelque chose est environ 100 fois plus difficile que de le copier (...) C'est extrêmement difficile", a-t-il affirmé. Difficile, pas impossible.