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Pour entrer à pleine vitesse dans l'ère des robots humanoïdes et des robotaxis, Elon Musk arrête la production de deux de ses modèles de Tesla

BFM Business Salomé Ferraris
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Après avoir accusé une baisse de 10% de ses livraisons de voitures électriques en 2025, Tesla suspend la production de ses "vieux" Model X et Model S pour se concentrer sur ses robots humanoïdes Optimus et ses robotaxis. Dans cette optique, Elon Musk envisagerait plusieurs synergies au sein de son empire.

Tesla est loin d'être un simple constructeur automobile. C'est en tous cas la vision de son patron, Elon Musk, qui souhaite, par tous les moyens, mettre l'accent sur sa flotte mondiale de taxis autonomes et sur ses robots humanoïdes.

Preuve de ces priorités, l'entreprise a annoncé arrêter deux de ses modèles de véhicules électriques emblématiques, les berlines Model S et ses SUV Model X dès le deuxième trimestre 2026.

Ces véhicules ne représentaient plus qu’une fraction marginale des ventes avec environ 30.000 unités en 2025, soit à peine 3 à 6% du volume global. Mais c'est la fin d'une ère. Tesla abandonne ainsi le segment du luxe automobile traditionnel pour se concentrer sur les Model 3 et Y.

La fin de l’âge d’or de l'automobile

L'objectif? Libérer des lignes d'assemblage de son usine de Fremont (Californie) pour se concentrer sur la production de son futur robot humanoïde Optimus, selon le Financial Times.

Un virage vers la robotique et l'IA qui cache une réalité financière complexe. Lors de la publication de son rapport financier, mercredi 28 janvier, Tesla a annoncé un retour à un flux de trésorerie disponible négatif. Dix ans après avoir frôlé la faillite en misant tout sur les véhicules électriques, Tesla s’apprête à replonger dans une phase de dépenses colossales.

À l’époque, Elon Musk promettait une croissance annuelle de 50% des ventes de véhicules et des marges largement supérieures à celles de l’industrie automobile traditionnelle. La réalité est bien différente. En 2025, les livraisons de Tesla ont reculé de près de 10% par rapport à leur record atteint deux ans plus tôt. Le chiffre d’affaires automobile a chuté de 15%. Sur la même période, la marge opérationnelle a fondu à 4,6%, soit deux fois moins qu’auparavant. En cause, une concurrence féroce, notamment chinoise avec BYD, et la fin de certaines subventions américaines pour les véhicules électriques.

En clair, Tesla est dans le rouge. Le constructeur a vu son bénéfice net fondre de 61% au quatrième trimestre pour s'établir à 840 millions de dollars. Face à ce ralentissement, Elon Musk a donc changé de stratégie. Il souhaite inciter les investisseurs de Tesla à se concentrer sur son avenir prometteur dans la robotique plutôt que sur son activité automobile.

Robotaxis, abonnements et investissements

Le milliardaire ambitionne ainsi de produire plus d'un million de robots humanoïdes Optimus par an. Les robots promettent de se substituer au travail humain dans une multitude de tâches du quotidien pour moins de 20.000 dollars.

En plus de ses robots Optimus, Tesla compte désormais miser sur ses futurs robotaxis, dont la production est annoncée comme imminente. mais le modèle économique va changer. L'entreprise va miser sur des abonnements à son logiciel de conduite autonome complète (FSD) et sur une part des revenus générés par les courses de robotaxis. Pour rappel, le FSD est disponible sur abonnement pour 99 dollars par mois. Une logique plus proche de celle des plateformes numériques que de l’industrie automobile classique.

Tesla change de cap et mise sur les robots – 29/01
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Les investissements devraient également être massifs. Les dépenses d’investissement de Tesla vont ainsi passer de 8,5 milliards à plus de 20 milliards de dollars cette année. C'est presque le double des attentes des analystes. Malgré une trésorerie nette de 36 milliards de dollars, Tesla n’exclut pas de lever des fonds supplémentaires pour son programme d'investissement "par le biais de l'emprunt ou par d’autres moyens".

Ces dépenses serviront à financer les robotaxis, mais aussi la montée en puissance du robot humanoïde Optimus et l’infrastructure de calcul nécessaire pour entraîner les modèles d’IA associés. Et c'est sans prendre en compte la construction de centrales solaires ou d’usines de fabrication de puces que Tesla devra construire pour atteindre ses objectifs.

Des synergies à venir

Tesla n’est qu’une pièce d’un puzzle bien plus vaste. L’univers d'Elon Musk est en pleine recapitalisation. xAI, sa start-up spécialisée dans l’intelligence artificielle, a levé 20 milliards de dollars plus tôt ce mois-ci. De son côté, SpaceX envisagerait une levée de fonds de 50 milliards de dollars dès juin. Il s'agirait de la plus grosse introduction en bourse de l’histoire.

Et les synergies commencent avec, comme fil conducteur, l'IA. Tesla a annoncé cette semaine investir 2 milliards de dollars dans xAI. Elon Musk espère ainsi utiliser le modèle Grok pour gérer sa flotte de robotaxis. Une opération qui s’est faite sans l’approbation des actionnaires. SpaceX, de son côté, prévoit d'utiliser une partie des fonds levés lors de son introduction en bourse pour déployer des centres de données en orbite. De quoi donner un avantage certain à xAI dans sa course contre OpenAI et Google.

Mais les défis restent immenses. Les modèles d’IA nécessaires à la robotique de Tesla, et le supercalculateur qu'elle construit pour les développer, n'ont que peu de points communs avec les grands modèles de langage développés par xAI. Tesla devra maîtriser l'ensemble des technologies nécessaires pour devenir un acteur majeur de la robotique.

Mais encore faut-il convaincre

Surtout, la concurrence est déjà là. Musk l’a admis lui-même: Tesla se retrouve face à des acteurs chinois de la robotique et des véhicules électriques, capables de produire à grande échelle et de progresser rapidement en intelligence artificielle.

Le timing est donc crucial. Des années après que son PDG a déclaré que l'entreprise était sur le point de révolutionner la conduite autonome, Tesla a affirmé avoir effectué ses premiers trajets en taxi entièrement sans conducteur à Austin ce mois-ci. Les robots Optimus devraient commencer à être commercialisés d'ici fin 2027.

Reste à prouver que cette technologie peut devenir un modèle économique viable. D’après le cabinet d’études Omdia, Tesla n’aurait livré que 150 exemplaires d’Optimus l’année dernière, bien loin de son objectif initial de 5.000 appareils. Les robots humanoïdes ont également été critiqués pour avoir été pilotés par des humains fin 2024.

Le système FSD est également au coeur d'une enquête de l'agence de sécurité routière américaine (NHTSA) après des signalements faisant état de circulation à contresens et de feux rouges grillés. Et l'adoption du système est lente. Sur 8,9 millions de véhicules Tesla livrés à date, seul 1,1 million disposent d’un système FSD actif.