Ultra populaire, le jeu vidéo "Arc Raiders" vivement critiqué pour son utilisation de l'IA générative pour remplacer des comédiens de doublage

Développé par le studio Embark, à qui l'on doit The Finals, le jeu vidéo Arc Raiders est au coeur des préoccupations après l'officialisation de l'utilisation de l'intelligence artificielle générative par le studio afin de faire parler des joueurs au travers du système d'émotes (des réactions que l'on peut lancer à l'égard d'autres joueurs).
Embark ne s'en est toutefois jamais caché et avait même annoncé avoir signé un accord avec une banque de voix de comédiens de doublage, assurant donc le versement de royalties.
Le studio avait expliqué que synthétiser les voix via IA permettait de délivrer plus rapidement du contenu aux joueurs, ce qui est vitale dans un "jeu à service" (qui se met à jour régulièrement avec du nouveau contenu).
Le choix curieux d'un studio qui gagne gros
Mais ça n'est pas suffisant pour de nombreux joueurs sur les réseaux sociaux, ainsi que pour certains journalistes. Le site anglais Eurogamer a ainsi sanctionné durement Arc Raiders pour ce choix, accordant au titre la note de 2/5, faisant baisser la moyenne Metacritic: "L'utilisation continue de l'IA pour la génération de voix de la part d'Embark Studios est une tâche qui vient ternir sa réputation," écrit le média.
Plusieurs personnalités du monde du doublage ont en outre pris la parole entre temps. C'est le cas de Lucile Danilov, traductrice dans le jeu vidéo, qui se questionne sur les raisons d'Embark derrière ce choix: "Vous avez vu ce qui arrive (aux acteurs) refusant de signer? Peut-on vraiment parler de consentement quand l'alternative est de perdre (ou ne jamais obtenir) un emploi?".
Elle fait ici référence à la perte de plusieurs contrats de la part de plusieurs comédiens ayant refusé que leur voix soit utilisée pour entraîner les IA de certains éditeurs de jeu. En France, c'est ainsi le cas des comédiens qui prêtaient leur voix au jeu vidéo Apex Legends jusqu'en mars 2025, avant de finalement être remerciés par Electronic Arts, qui souhaitait leur accord pour utiliser leurs voix sur de l'IA générative, ce qu'ils ont refusé.
Le monde du doublage est traversé par une crise sans précédent, notamment dans le jeu vidéo. Sans véritable possibilité de se défendre face à un manque de prise de conscience politique, ils se sont mis en grève à plusieurs reprises ces derniers mois pour appeler à une meilleure régulation de l'IA dans le milieu.
Le collectif Touche pas à ma VF alerte depuis longtemps sur les risques de l'intelligence artificielle en matière de doublage, mais également au niveau de la création. L'une de ses figures, Pascale Chemin (qui a oeuvré sur des jeux comme Apex Legends et Assassin's Creed), réclame que l'on "préserve (le) métier": "Une voix de synthèse impacte toujours la qualité d'un jeu."
Pour la comédienne, l'utilisation d'IA générative, même si elle rémunère indirectement les acteurs originaux des voix ainsi synthétisées, revient à "créer de nouvelles lignes de dialogue sans avoir à rappeler les comédiens," sans dépenser trop d'argent.
Le choix d'Embark est donc d'autant plus notable, puisque le studio ne peut pas arguer d'un coût important que pourrait entraîner l'embauche de comédiens au gré des mises à jour: le succès de son jeu lui rapporte gros. Selon les données de SteamDB, le titre se serait déjà vendu à plus de trois millions d'exemplaires, rien que sur PC (où il est proposé à 40 euros, sans compter les microtransactions).