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"Le bon moment pour revenir aux sources et aller de l'avant": "Resident Evil Requiem", la peur a encore de beaux jours devant elle

BFM Business Melinda Davan-Soulas
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Prévu pour février 2026, "Resident Evil Requiem" va marquer malgré lui le 30e anniversaire de la franchise de survival horror. Retour à Raccoon City avec de multiples références, mais la volonté de donner aussi un souffle de modernité, expliquent ses créateurs.

Poursuivie par une créature monstrueuse, dans un couloir sombre avec pour seul horizon une lumière au loin. Le souffle haletant, le stress palpable, Grace Ashcroft jette ses dernières forces dans une course qui semble vouée à l’échec.

Pas de doute, vous êtes dans un Resident Evil. C’est la séquence angoissante et anxiogène qui se présente à nous alors que l’on met la main pour la première fois sur ce Resident Evil Requiem.

La nouvelle héroïne, tel un ange blond qui aurait atterri au mauvais endroit, a mal démarré son aventure, attachée la tête en bas à un lit d’hôpital à la verticale, une perfusion dans le bras. Elle parvient à se détacher et les ennuis commencent. On le sait, on le sent manette en main. On s’empresse d’allumer toutes les lumières pour éloigner les créatures qui pourraient rôder, vieux réflexes obligent. On n’a guère de mérite, on connaît la séquence déjà aperçue au Summer Game Fest lors d’une présentation à la presse. Et pourtant, une fois aux commandes, c’est une autre histoire.

On attaque la peur au ventre, sachant qu’un corps va nous tomber dessus derrière une porte, qu’il faudra courir pour échapper à la menace planante. On stresse, on sursaute. La possibilité de jouer en vue à la première personne n’arrange pas les choses et renforce l’angoisse d’une plus grande immersion. On est ravi de pouvoir cette fois rebasculer en vue à la 3e personne et de prendre du recul par rapport à l’écran - et psychologiquement aussi -, comme pour mieux se cacher derrière la nouvelle héroïne qui cherche à élucider la disparition de sa mère, Alyssa Ashcroft, journaliste au coeur de Resident Evil

30 ans de peur pour un retour aux sources

C’est l’effet Resident Evil qui perdure depuis 30 ans à chaque jeu, à chaque couloir à aborder le trouillomètre à zéro, à chaque plancher qui craque. Capcom le sait et continue d’en jouer, dans cet hôpital abandonné, parsemé çà et là de cadavres. Bon retour à Raccoon City, théâtre des premiers évènements il y a trois décennies avant d’être détruit par une explosion.

"J’ai toujours eu cette idée au fond de moi de revenir à Raccoon City après l’incident pour voir ce que ce serait devenu et enquêter sur ce qu’il s’est passé", confie à Tech&Co Koshi Nakanishi, réalisateur emblématique de la saga. "Après deux jeux à explorer différents concepts (RE 7 Biohazard et RE Village, NDLR), j’ai trouvé que c’était le bon moment pour la série de revenir aux sources pour mieux aller de l’avant."

Mais n’y voyez pas pour autant la volonté de célébrer un anniversaire, le responsable des jeux s’en défend et préfère évoquer "un hasard du calendrier". "Quand on a commencé Requiem, on ne savait pas quand il sortirait. C’est plutôt une coïncidence", explique Masato Kumazawa, producteur du jeu. "Mais oui, c’est le jeu qui va malgré tout représenter la franchise au moment de son anniversaire. Et pour cette raison, nous devons vraiment répondre aux attentes et être à la hauteur de la franchise."

Resident Evil Requiem
Resident Evil Requiem © Capcom

À en croire les premières images dévoilées et la séquence de jeu, le moteur maison fait plus que des miracles pour y parvenir. Le réalisme des visages notamment, l’expression de la peur qui se lit sur les traits de Grace, rend le tout encore plus subjectif. On comprend que cette jeune ingénue débarquant au FBI va se transformer physiquement et mentalement en combattante pour sa survie. Et que l’ombre d’Umbrella Corporation, l’entreprise au coeur des premiers épisodes, plane toujours pour le pire.

"Requiem renvoie à cet hommage aux morts, non seulement de Raccoon City, mais aussi à Alyssa Ashcroft, survivante de la catastrophe et tuée ensuite. Mais ça se veut aussi un apaisement pour les vivants en deuil", explique Koshi Nakanishi. Un concept presque musical pour ce jeu, une façon "d’écouter cette musique et d’essayer de nous sauver au moment où nous en avons le plus besoin. Le jeu a quelque part ces deux aspects," analyse le Japonais.

Un hommage aux morts et à une saga horrifique

Porté par une héroïne plus vulnérable, jamais confrontée aux événements originaux de la saga, le jeu va se construire autour d’elle et de ses traumatismes. Un démarrage à zéro pour Grace qui peut aussi permettre d’embarquer de nouveaux joueurs dans la franchise. Et avec elle, Capcom modernise également sa façon de faire peur, car on n’a plus peur aujourd’hui comme il y a 30 ans. "Les joueurs sont plus attentifs à la littératie horrifique (avoir et utiliser un maximum d’information, NDLR), analyse Koshi Nakanishi. "Ils veulent des attentes, des subversions, des signaux clairs et un rythme plus rapide."

Avec Resident Evil Requiem, les deux responsables de Capcom ne veulent pas dévoiler si l’on assiste à la fin d’un arc ou le début d’un autre. Ils assurent néanmoins que l’on retrouvera bien l’ADN du jeu, la peur viscérale transmise à travers les graphismes et le gameplay, pas seulement les effets visuels ou sonores. Cette "peur addictive", comme ils s’amusent à dire, qui implique directement les joueurs, avec des pauses et des accélarations dans le rythme et la tension pour les maintenir sous pression et les faire rester malgré tout "quand la cinématique leur dit plutôt 'fuyez !'", en rigole Masato Kumazawa.

"Il ne s’agit pas seulement d’adopter une vision, de prendre position. On ne peut pas se permettre de faire n’importe quoi avec une telle marque", assure Koshi Nakanishi. "En jouant au jeu en entier, la vision actuelle de Resident Evil et son avenir deviendront clairs. Nous espérons donc que la série perdure". Une envie, une promesse. Et une belle façon de tenir en haleine les fans au moment d’entrer dans la dernière ligne droite et de les faire patienter jusqu’au 27 février prochain.