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La saga Nintendo Switch: de "Zelda" à "Dead Cells", le récit du succès vidéoludique de Nintendo

BFM Business Sylvain Trinel
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Episode 2 - Avec plus de 150 millions d'exemplaires vendus dans le monde, la Nintendo Switch est devenue en quelques années l'une des consoles les plus vendues au monde. Ce succès, elle le doit à ses jeux. Qu'il s'agisse de grosses productions ou de jeux indépendants, la console de Nintendo a su convaincre bien au-delà de l'audience habituelle du jeu vidéo.

Dans le premier épisode de cette saga, Tech&Co vous parlait de jeux comme The Legend of Zelda: Breath of the Wild et de Mario Kart 8 Deluxe. Ces jeux, vous les avez sans doute eu entre les mains si vous avez acheté la console: ils se sont vendus respectivement à 34 millions et 66 millions d'exemplaires.

Des énormes cartons qui ne sont pas les seuls de la console.

Comme on peut s'en douter, c'est Nintendo qui va le plus bénéficier du succès de la console avec ses propres jeux. Ces productions "first party", développées en interne, vont toutes connaître un regain d'intérêt.

La révolution The Legend of Zelda

"Zelda, c'est une licence qui a toujours énormément plu aux joueurs, mais ici, on a eu un renouvellement dans cette saga, ça a été une véritable révolution avec un sens du voyage et de l'aventure où Nintendo n'était encore jamais allé," se souvient Carole Quintaine, journaliste jeux vidéo.

Episode 2: De Zelda à Dead Cells, le récit du succès vidéo ludique de Nintendo
Episode 2: De Zelda à Dead Cells, le récit du succès vidéo ludique de Nintendo
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Que ce soit Metroid, Donkey Kong, Luigi's Mansion, Splatoon, Fire Emblem, ou encore Pikmin, ces différentes licences ont toutes comme point commun de n'avoir jamais été des "consoles sellers", autrement dit des jeux faisant vendre des consoles.

Pikmin 4
Pikmin 4 © Nintendo

Comme The Legend of Zelda, il a donc fallu le succès de la Switch pour que les joueurs se précipitent sur ces licences qui sont désormais conçues pour se vendre à plusieurs millions d'exemplaires chacune.

"Le fait que les licences de Nintendo fonctionnent, ce n'est pas un coup de chance car il y a le savoir-faire de l'entreprise, et qu'il y a de grands fans. C'est une marque familiale avec un public très large, avec des foyers qui ont plusieurs Switch," note Carole Quintaine.

Parmi les jeux dont l'on se souvient, il y a le cas particulier d'Animal Crossing. Véritable anomalie, le titre est arrivé à une période difficile: la pandémie de Covid-19.

"Animal Crossing" et ses visites au musée

Quelques jours à peine après l'annonce d'un confinement mondial, Nintendo lance donc Animal Crossing: New Horizons. C'est une aubaine inespérée pour l'entreprise, qui ne doit ce hasard qu'au retard pris dans le développement du titre.

Dès son lancement, le monde entier s'arrache le jeu, qui a dépassé les 40 millions d'exemplaires vendus depuis son lancement en mars 2020.

Il est le symbole des amitiés perdues avec le confinement. Il permet de se connecter avec ses amis et ses collègues pour visiter leurs îles et partager des petits moments de joies simples.

Rien ne prédestinait Animal Crossing à devenir le phénomène qu'il a été pendant les mois de pandémie. Mais le concept même du jeu, qui consiste à s'établir sur une île déserte, rencontrer de nouveaux habitants et personnaliser tout ce qui s'y trouve a permis à beaucoup de retrouver le sourire.

Animal Crossing: New Horizons
Animal Crossing: New Horizons © Nintendo
"Animal Crossing était une licence très populaire, très attendue aussi, le fait de l'avoir lancé pendant le Covid a en fait dynamité ce qui était prévu," précise Alvin Haddadène, consultant chez Boocloop Agency. "Ça a été un succès immédiat."

On a même vu arriver des activités étonnantes, comme un ersatz d'Amazon, permettant d'échanger des objets contre des clochettes - la monnaie locale - en ligne, ou même une visite du musée de l'île, particulièrement bien détaillée.

Au printemps 2020, c'est le muséum des sciences naturelles d'Angers qui organise ces visites étonnantes, et le succès est immédiat! Les tours sont rapidement complets, avant de petit à petit se raréfier avec la levée du confinement.

"Je connaissais l'existence d'un musée dans le jeu, où l'on doit rassembler des collections de fossiles, de poissons et d'insectes, et je me suis rendu compte qu'il est bien fait, avec tout un parcours. Comme c'était le confinement, j'ai voulu le faire visiter virtuellement à d'autres," raconte Leo Tessier, médiateur scientifique à l'origine du projet, à Tech&Co.

"Pendant une heure, avec un groupe qui venait des quatre coins du monde, c'était un moyen d'avoir un moment d'échange alors qu'on était tous confiné, c'était une petite bulle d'air," se souvient-il.

La Switch devenue le paradis des jeux indépendants

Mais il n'y a pas que les super productions vidéo ludiques dans la vie, il y a aussi la scène indépendante. Et de ce côté-là aussi, la Switch a rendu les développeurs très heureux.

En 2018, interrogé par le média américain IGN, Kirk Scott de Nintendo USA explique que la politique de l'entreprise en faveur des jeux indépendants au lancement de la console a permis à des pépites de voir le jour en dehors de la scène PC.

Souvent exclusives, ces versions consoles spécialement étudiées pour la Switch ont fait découvrir à des millions de joueurs des jeux exceptionnels, comme le jeu français Dead Cells, primé aux Game Awards.

Les développeurs indépendants veulent occuper la scène alors que les éditeurs tiers, comme Electronic Arts ou Activision, continuent de bouder la Switch. Le studio Motion Twin, qui a développé Dead Cells, raconte d'ailleurs avoir vu la console comme un moyen de pérenniser des petits studios pour les années à venir.

"A partir du moment où il y a une console qui a une capacité d'accueillir des jeux peu gourmands et sur laquelle il n'est pas chère de développer, c'est banco! Tous les gros jeux indépendants sont sur Switch et tournent avec des performances comparables avec les autres plateformes," rappelle Guillaume Leviach, journaliste streamer, spécialiste de Nintendo.

Huit ans plus tard, la donne est toujours là, et il n'est pas rare de voir des joueurs posséder la version PC et la version Switch d'un même jeu indépendant, simplement pour pouvoir l'emporter avec lui.

Une tendance qui n'a fait qu'encore grossir le nombre de joueurs s'emparant d'une Switch, et que Nintendo a bien compris en multipliant les rendez-vous dédiés aux "Indies".

Cette stratégie, qui a fait ses preuves, doit désormais passer la seconde, voire transformer l'essai avec la Switch 2, dont le lancement est désormais imminent.