De Call of Duty à Battlefield, en passant par Titanfall: comment Vince Zampella a redéfini le FPS et marqué l’histoire du jeu vidéo
De Call of Duty à Battlefield, en passant par Titanfall: comment Vince Zampella a redéfini le FPS et marqué l’histoire du jeu vidéo - BFM Tech
C’était l’un de ses derniers grands projets. Après des années d’errance et plusieurs épisodes décevants, la saga Battlefield est revenue sur le devant de la scène il y a quelques semaines avec un nouvel opus, Battlefield 6. Un retour aux fondamentaux: une guerre moderne sans basculer dans le trop futuriste, un gameplay nerveux et un sound design particulièrement immersif. Le pari s’est avéré payant. Le jeu a déjà franchi la barre des dix millions d’exemplaires vendus et bénéficie d’un accueil critique globalement très positif.
Derrière ce retour en grâce de la célèbre licence de tir se cache une stratégie assumée: convoquer la nostalgie des années 2000, écouter attentivement les attentes des joueurs… et s’appuyer sur un homme clé: Vince Zampella. Figure centrale de l’industrie, ce pionnier du jeu vidéo est décédé dans un accident de voiture à Los Angeles à l’âge de 55 ans. Pendant plus de vingt ans, il aura su prolonger et transformer la vision initiale de Steven Spielberg, puisque Medal of Honor est né chez DreamWorks Interactive du film Il faut sauver le soldat Ryan. Il a ainsi contribué à façonner certains des plus grands succès du divertissement vidéoludique contemporain.

Passionné de jeux vidéo dès l’enfance, Vince Zampella a grandi avec une console Pong, puis une Atari 2600 et un Commodore 64. Il racontait à IGN en 2016 avoir passé des heures en salle d’arcade sur Donkey Kong, son jeu favori. Ses débuts professionnels se font chez GameTek, à Miami, un studio spécialisé dans les adaptations de jeux télévisés, où, au sein d’une petite équipe, il touche à tout: production, tests et support, posant ainsi les bases de sa carrière dans l’industrie. Cependant, pour celui qui allait co-créer Call of Duty quelques années plus tard, ce n’était que le début d’une longue histoire.
Premières armes
Avant que son nom ne devienne presque synonyme des FPS (jeu de tir à la première personne, ndlr), Vince Zampella s’était fait remarquer comme directeur du développement de Medal of Honor: Allied Assault, troisième opus de la série, en 2002. Salué par la critique et plébiscité par les joueurs, le titre offrait une intensité cinématographique et un gameplay immersif de la Seconde Guerre mondiale sur PC.
Le jeu reposait sur une version améliorée du moteur Quake III, d’id Software, déjà utilisée pour d’autres FPS, et a été salué pour avoir revitalisé le genre historique des jeux de tir à la première personne. Il combinait combats collectifs, infiltration et sabotage, souvent en solitaire, avec des soldats alliés qui se contentaient de suivre le joueur plutôt que d’agir comme éclaireurs.
Medal of Honor: Allied Assault reste particulièrement célèbre pour sa reconstitution du débarquement d’Omaha Beach, inspirée du film Il faut sauver le soldat Ryan. Cette séquence, extrêmement fidèle et immersive, est considérée comme la phase la plus réussie du jeu et a largement contribué à son succès auprès des fans de FPS historiques. Grâce à ce jeu, Zampella a démontré sa capacité à mêler narration et action spectaculaire, s’imposant comme une figure majeure de l’industrie et préparant le terrain pour ses futurs projets.
Créativité hors-norme
Après un différend avec Electronic Arts, alors éditeur de Medal of Honor, Vince Zampella fonde Infinity Ward en 2002. Le studio travailler à un projet soust-titré MoH Killer et donnera naissance à Call of Duty, une franchise devenue un mastodonte avec plus de 500 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Ironique revanche pour Zampella, qui déclarera plus tard, sans détour, que "Call of Duty n’existe que parce qu’EA a été stupide". Il reviendra pourtant chez l’éditeur américain pour superviser plusieurs licences majeures.

Car, Vince Zampella a aussi su insuffler, à plusieurs reprises, un nouveau souffle à un genre, le jeu de tir, pourtant souvent annoncé comme essoufflé. Toujours populaire mais menacé par la répétition de ses codes, le FPS a trouvé en lui un créateur capable de le réinventer sans en trahir l’ADN, en misant sur le rythme, les sensations et des mécaniques audacieuses.
Après son départ d'Infinity Ward, dont il a été licencié avec son acolyte Jason West après le rachat du studio par Activision en 2010, Zampella cofonde Respawn Entertainment et s’attaque à cette refondation avec Titanfall.
Le jeu bouleverse la formule en combinant combats d’infanterie ultra-mobiles et affrontements spectaculaires à bord de titans mécaniques - très inspirés des mechas qui triomphent depuis longtemps au Japon. Mouvements fluides, verticalité, vitesse et profondeur tactique redéfinissent l’expérience du FPS. Titanfall 2 ira encore plus loin, avec une campagne solo saluée pour sa créativité et un gameplay affiné, s’imposant comme une référence moderne du genre.
En 2019, Respawn frappe à nouveau avec Apex Legends. Lancé sans annonce préalable, ce battle royale s’impose immédiatement grâce à son gameplay précis, son système d’escouades innovant et son approche centrée sur les personnages. Face à des géants comme Fortnite, PUBG ou Call of Duty: Warzone, le titre prouve une nouvelle fois la capacité de Zampella à anticiper les évolutions du marché et à redéfinir les standards, confirmant son statut de figure incontournable du jeu de tir contemporain.

Longtemps associé aux jeux de tir, Vince Zampella a pourtant élargi son registre à la tête de Respawn Entertainment en donnant naissance à Star Wars Jedi: Fallen Order, puis à sa suite Star Wars Jedi: Survivor. Avec ces jeux d’action-aventure centrés sur le solo, le studio a réussi à conjuguer combats exigeants, mise en scène spectaculaire et narration soignée au cœur d’un univers culte, démontrant qu’il était capable de proposer des expériences cinématographiques ambitieuses en dehors du FPS pur.
Généralement salués par la critique comme par le public, ces titres ont enrichi l’identité de Respawn et confirmé la polyvalence de Zampella en tant que directeur créatif, capable de s’imposer aussi bien dans le multijoueur compétitif que dans le jeu narratif. Un troisième épisode est bien en développement, même si peu d’informations ont filtré à ce stade. Il sera d'une certaine manière un ultime signe direct de l'influence du co-créateur de Call of Duty. Mais, ce 21 décembre, sur Los Angeles Crest Highway, les gamers ont donc perdu un immense créateur, un Titan, dont l’empreinte restera gravée à jamais dans leur univers.