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"Un scénario Oussama ben Laden": l'ancien patron de Google s'inquiète du déploiement massif de l'IA

BFM Business Théotim Raguet
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Eric Schmidt s'inquiète que l'IA pourrait devenir un outil dangereux aux mains d'acteurs malveillants. Selon lui, l'IA pourrait servir à la création d'armes biologiques destructrices.

"Ils pourraient utiliser l'IA à mauvais escient et causer de réels dommages." Dans une interview à la BBC, l'ancien PDG de Google, Eric Schmidt, s'inquiète des usages de l'IA aux mains d'acteurs qu'il considère comme mal intentionnés. "Pensez à la Corée du Nord, à l'Iran ou même à la Russie, qui ont des objectifs malveillants", liste-t-il au média britannique. L'homme alerte alors les gouvernements, leur suggérant de s'emparer de cet outil qui pourrait bouleverser la géopolitique mondiale.

Une nouvelle arme de destruction

Eric Schmidt évoque "des risques extrêmes", encore trop peu envisagés. L'IA pourrait notamment servir à la création "d'armes biologiques" pouvant nuire à "des personnes innocentes".

En ce sens, l'homme va jusqu'à craindre "un scénario Oussama ben Laden" où des acteurs "s'empareraient d'un aspect de notre vie moderne et l'utiliserait pour nuire à des personnes innocentes".

Il fait alors écho aux attentats du 11 septembre 2001 lors duquel plusieurs avions de ligne avaient été détournés comme arme de destruction.

Dans cette optique, il affirme être favorable au contrôle de l'export des technologies. Il évoque notamment les microprocesseurs en provenance des États-Unis qui sont parmi les plus performants pour faire tourner des intelligences artificielles. Des mesures de la sorte ont été prises par le gouvernement Biden qui avait restreint l'exportation de technologies américaines vers la Chine.

Eric Schmidt est loin d'être le premier à alerter de ces dangers. La pensée de l'homme rejoint les craintes émises par les grands noms de l'IA dont notamment les prix Turing 2018, Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton (qui a également obtenu le prix Nobel de physique 2025), considérés tous les deux comme les pères de l'IA. Ces derniers craignent notamment que l'IA finisse par échapper aux mains de l'Homme en le surpassant.

Les gouvernements sollicités dans la transformation

"La vérité, c'est que l'IA et l'avenir seront en grande partie construits par des entreprises privées", affirme Eric Schmidt. L'homme conseille alors aux gouvernements de garder un certain "regard" sur les entreprises privées qui développent ces IA et d'en comprendre le fonctionnement. Ce regard, l'ancien PDG de Google ne veut pas pour autant qu'il se transforme en sur-réglementation des entreprises.

"D'après mon expérience, les dirigeants du secteur technologique sont conscients de l'impact qu'ils ont, mais ils peuvent avoir un jugement de valeur différent de celui du gouvernement", a-t-il déclaré à la BBC.

Concernant l'Europe, Eric Schmidt craint que "la révolution de l'IA, qui est à mon avis la plus importante depuis l'électricité, ne sera pas inventée en Europe". Il fait alors référence à l'intense régulation de l'intelligence artificielle sur le continent.

On pense alors à l'AI Act qui a commencé à entrer en vigueur en Europe le 2 février 2025. Plus récemment, 58 pays ont signé à l'occasion du sommet de l'action pour l'IA un accord pour une IA "ouverte" et "inclusive", un accord que le Royaume-Uni et les États-Unis ont toutefois refusé de ratifier.