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Coupés du monde depuis 84 heures: comment les iraniens arrivent à diffuser des vidéos malgré la coupure d'internet

BFM Business Sylvain Trinel
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Alors que le pays est secoué par d'immenses manifestations, le pouvoir iranien a coupé toutes les communications du pays pour empêcher la propagation de vidéos et tenter de bloquer les soulèvements. La résistance s'organise, non sans difficulté.

Depuis le jeudi 8 janvier 2026, il est quasiment impossible d'accéder à internet en Iran, tandis que les communications mobiles ont été coupées le samedi suivant. Une décision prise par le régime iranien, qui fait face à une révolte populaire d'envergure. L'objectif est de couper l'accès à des moyens d'organisation pour les manifestants, mais également de faire en sorte que les images de soulèvements ne soient plus diffusées à l'international.

Ce 12 janvier, cela fait 84 heures que les iraniens n'ont plus accès à internet, ce qui n'empêche toutefois pas des images de sortir du pays, notamment sur X et Tiktok. Comment les manifestants arrivent-ils à communiquer avec le monde malgré les coupures du réseau et les blocages?

Une coupure d'internet qui pèse sur l'économie

La première solution trouvée par les manifestants est d'utiliser des cartes sim étrangères afin de pouvoir capter le réseau d'un autre pays dans les zones frontalières. Cela permet d'outrepasser la censure alors que l'Iran est voisin de l'Irak, de la Turquie, du Kowaït, de Dubaï, de l'Arabie saoudite ou encore du Turkménistan et du Pakistan.

La seconde est une solution particulièrement utilisée dans les zones de conflits où les télécommunications traditionnelles ont été coupées en raison de bombardements: Starlink. Le réseau de satellites d'Elon Musk permet de capter internet grâce à une vaste constellation de plus de 9.000 appareils évoluant autour de la Terre et qui sont placés en basse altitude.

Pour celle-ci, la tâche des manifestants est néanmoins plus complexe. Car pour fonctionner le réseau Starlink doit envoyer son signal vers un récepteur physique, présent au sol. Selon Mahnaz Shirali, spécialiste de l'Iran auprès de Ouest France, le risque de se faire repérer par les autorités est donc très grand, obligeant ceux qui utilisent Starlink à se connecter "très brièvement".

D'autant que le régime irannien a trouvé la parade pour se prémunir de ces utilisations illicites. Selon Mehdi Yahyanejad, un militant et expert de la tech de défense interrogé par The Times of Israel, le trafic vers Starlink a chuté de 80% dans le pays. Une chute qui est le fruit d'un brouillage des terminaux et des fréquences qu'ils utilisent. Seules certaines zones sont ainsi "coupées" de Starlink, et cela semble être très efficace.

La Russie à la manoeuvre de la censure?

Pour cet expert, l'Iran semble pouvoir compter sur des appareils spécifiques, qui peuvent opérer sans antenne et qui disposent d'une portée de 15 kilomètres, et qui peuvent être facilement déplacés par les autorités dans les quartiers les plus contestataires. La Russie, qui est une alliée du régime, a déjà testé cette solution en Ukraine pour aveugler les drones ennemis. Il pourrait néanmoins s'agir de la première utilisation face à des civils, affirme-t-il.

A cela s'ajoute la désinformation. Sur X, notamment, les fausses vidéos cherchant à décrédibiliser le mouvement sont légions afin de noyer des vidéos légitimes.

Reste que ces armes de censure utilisées par l'Iran pour étouffer le soulèvement risquent de vite trouver leurs limites: comme l'explique l'AFP, dont un journaliste est présent dans la capitale Téhéran, les coupures d'internet pèsent sur l'économie locale et la vie quotidienne. Les écoles ont été fermées, les banques fonctionnent de manière perturbée, tout comme les entreprises. Pour tenter de reprendre le contrôle, le gouvernement iranien procède à une forte répression des manifestations. Selon l'ONG Iran Human Rights, les autorités ont à plusieurs reprises tiré à balles réelles sur la foule, faisant au moins 192 morts à ce stade.