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Implants Neuralink: jouer aux échecs avec la pensée, est-ce vraiment un exploit?

BFM Business Salomé Ferraris
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Noland Arbaugh, 29 ans, tétraplégique, est parvenu à déplacer une souris d'ordinateur par la pensée grâce à l'implant Neuralink posé en janvier. Si la vidéo agite internet, il ne s'agit pourtant pas d'une première dans le domaine.

Non, il ne s’agit pas d’un épisode de la série Black Mirror: jouer par la pensée aux échecs est désormais possible. Dans une vidéo publiée par Neuralink (l'entreprise du milliardaire Elon Musk) sur Twitter, Noland Arbaugh, un homme de 29 ans tétraplégique doté d'un implant depuis janvier, a réussi à déplacer le curseur du jeu d'échecs en ligne par le biais d'un ordinateur.

"L'opération a été super facile", explique Noland Arbaugh dans la vidéo diffusée ce 20 mars. Et d'ajouter qu'il peut, depuis son opération, rejouer au jeu Civilization VI. "J'avais pratiquement abandonné l'idée de jouer à ce jeu."

Des premiers résultats dès 2015

Noland "peut contrôler un ordinateur et jouer à des jeux vidéo par la seule force de la pensée", se félicite Elon Musk, à l'initiative du projet. L'objectif à terme ? Faire remarcher les patients paralysés, rendre la vue aux aveugles ou encore guérir les personnes atteintes de maladies psychiatriques comme la dépression.

Mais l'enthousiasme d'Elon Musk est-il justifié? Car si la vidéo est spectaculaire, il ne s'agit pas d'une première dans le domaine des interfaces cerveau-machine. Des dispositifs d'implants d'électrodes, comme Neuralink, existent depuis une quinzaine d'années.

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Dès 2015, deux personnes handicapées équipées d’électrodes avaient réussi à contrôler par la pensée le curseur d’un ordinateur dans le cadre du projet BrainGate2, qui regroupe plusieurs centres de recherche américains. En 2019, des chercheurs français de l'institut Cinatec avaient présenté un implant permettant à un patient tétraplégique de se déplacer en contrôlant un exosquelette par la pensée.

Dans ce paysage, Neuralink dispose tout de même d'un coup d'avance. "L’exploit de Neuralink est d’avoir réalisé une puce avec suffisamment d’électrodes pour avoir un bon maillage de la zone corticale où elle est implantée", précisait Claude Touzet, enseignant-chercheur en sciences cognitives interrogé par 20 Minutes en 2021. Ces électrodes ont également l'avantage de pouvoir être implantées rapidement.

Malgré les avancées, les experts restent prudents. Pour Kip Ludwig, ancien directeur de programme pour la neuro-ingénierie aux Instituts américains de la santé, interrogé par Reuters, les résultats présentés par Neuralink ne représentent pas encore une "découverte majeure".

"Nous en sommes encore aux premiers jours après l’implantation, et il reste beaucoup à apprendre, tant du côté de Neuralink que du côté du sujet, pour maximiser la quantité d’informations de contrôle que l’on peut obtenir", a ajouté Kip Ludwig.

D'autant que l'implant Neuralink nécessite encore quelques années de travail. Comme le précise le patient dans la vidéo, la technologie Neuralink, développée depuis 2017 dans la Silicon Valley, n'est "pas parfaite". Il ajoute notamment qu'ils ont "rencontré quelques problèmes". "L'histoire n'est pas terminée, il y a encore beaucoup de travail à faire, mais cela a déjà changé ma vie" conclut-il.