Chasse: à peine imaginée, la future application du gouvernement déjà décriée

En plus de préparer son sac à dos et ses chaussures de randonnée, il sera bientôt nécessaire de jeter un coup d’œil à son smartphone avant de partir en forêt. Le Ministère de la Transition écologique a dévoilé lundi son "plan sécurité à la chasse". Parmi les mesures adoptées par le gouvernement, l’interdiction de la pratique de la chasse sous l’emprise de l’alcool et stupéfiants, le renforcement des formations mais aussi la création d'une application mobile.
Cette nouvelle application va contribuer à géolocaliser les chasseurs et espaces de chasse. L’outil devrait voir le jour à l’automne prochain et permettra aux chasseurs de recenser leurs zones de battues. Mais son fonctionnement précis reste encore à détailler.
"Pas de dénonciation"
Dans son dossier de presse, le Ministère de la Transition Ecologique indique que les organisations de chasse collective auront l’obligation de se déclarer sur la plateforme numérique.
"Cela permettra à chaque Français d’identifier les zones et horaires non chassés à proximité de chez lui", ajoute le ministère.
Il ne sera toutefois pas question pour les promeneurs d'indiquer en temps réel s'ils rencontrent un ou plusieurs chasseurs. "Il ne faut pas que cela devienne une application de dénonciation", indique le Ministère de la Transition Ecologique à Tech&Co.
L’objectif de l’application sera de centraliser et mettre à disposition toutes les informations détenues sur les lieux et horaires de chasse; des détails qui sont déjà disponibles sur le site internet de l’Office National des Forêts. Avec une limite de taille: elle n'aura vocation qu'à indiquer les chasses collectives.
L’application devrait ressembler aux outils connus des passionnés de nature, comme les applications Suricate ou MaRando, qui permettent déjà d’indiquer des instructions sur les parcours de promenade, en forêts ou non. Suricate offre par exemple la possibilité de renseigner un chemin mal signalisé ou non sécurisé. Un aspect collaboratif dont devrait toutefois être privée l'application gouvernementale, reposant uniquement sur les déclarations des chasseurs.
"Il y a un aspect pédagogique avant tout. On a plein de données que l'on n'exploite pas assez, comme celles de l’ONF. Le but est de faire un hub (centre, ndlr) et de mutualiser les différentes applications. Avec ce système d'open data (données ouvertes, ndlr), pourquoi pas amener les informations sur Strava (application de suivi d'activités physiques) ou sur Google Maps, notamment sur les zones où il n'y a pas de chasse", poursuit le ministère.
"Pas des hommes préhistoriques"
La nouvelle application du gouvernement fait face à plusieurs difficultés. De nombreuses forêts étant en zone blanche, donc sans réseau, la possibilité de se signaler sera compliquée voire impossible. "Il faut essayer de prévoir son itinéraire en amont, dans la voiture. Il faut télécharger les cartes avant. En forêt, on arrive souvent à être en Edge, de manière à voir sa position GPS. Si vous êtes en zone blanche en forêt c’est que vous êtes très perdu", nuance le ministère.
Un autre argument dénoncé par les chasseurs est la non-possession pour certains d'un smartphone.
"Dans le plan, il y a une obligation de déclarer en mairie les jours de chasse, par les organisateurs, pour ceux qui n'ont pas de smartphone. Les chasseurs ne sont pas des hommes préhistoriques. Ils doivent déjà recenser ce qu’ils chassent sur une application de la fédération. Il y a beaucoup de chasseurs qui sont des urbains et qui ont des iPhone. Ce n’est pas un argument valable", tranche l'éxécutif.
Car bien qu’annoncée, l’application n’a pour l'instant pas été travaillée en profondeur. "Les modalités pratiques et techniques n’ont pour le moment pas été discutées. Cela serait fait dans les mois à venir", indique Nicolas Rivet, directeur général de la Fédération des chasseurs auprès de Tech&Co. La fédération devrait ainsi être consultée pour l'élaboration de cette application.
Les zones concernées par l'utilisation de l'application devront aussi être définies. Bérangère Couillard, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, a indiqué en conférence de presse que l'application ne concernera que les forêts publiques, soit à peine un quart des forêts françaises.
Une limitation logique selon Nicolas Rivet qui ne comprendrait pas que l'application s'applique aux forêts privées: "Ce qui relève du terrain privé n'a pas à être soumis à un recensement des chasseurs. Pourquoi pas recenser les barbecues dans le jardin tant qu'on n'y est?"
"Aussi inutile que dangereuse"
De son côté, l'Association de protection des animaux sauvages (ASPAS) a réagi dans un communiqué, qualifiant cette future application "d'appli-gadget, aussi inutile que dangereuse".
"Déjà qu'ils (les chasseurs, ndlr) ont du mal à poser correctement des panneaux 'chasse en cours', on se demande bien comment une application, avec tous les aléas que cela implique (possession d'un smartphone, réseau, etc) pourrait montrer son efficacité", a déploré l'ASPAS.
L'application devrait dans tous les cas voir le jour à l'automne prochain, avec une version bêta d'ici septembre, d'abord pour les zones non concernées par la chasse. Le projet de loi concernant l'application devra également être voté avant l'été pour que l'outil soit lancé.