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Au États-Unis, les datacenters profitent parfois de l'électricité avant les habitants

BFM Business Théotim Raguet
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Dans l'État de l'Arizona, les datacenters, devenus très énergivores, pourraient bénéficier du réseau électrique avant les populations de natifs américains.

Les géants de la tech sont toujours plus gourmands en électricité mais parfois au détriment de certaines populations. Selon un article du Washington Post, une partie de la Nation navajo, communauté amérindienne occupant une partie de l'État de l'Arizona, se retrouve privée d'électricité.

En parallèle, l'Arizona devient un territoire très attractif pour les datacenters (ou centres de données), ces bâtiments où sont entassés les superordinateurs qui servent à faire tourner des services en ligne comme certaines intelligences artificielles. Mais pour accueillir de telles structures, les besoins en électricité explosent. Les nouveaux moyens de production d'énergie déployés profiteront en priorité aux datacenters et non aux foyers de la nation Navajo.

Des besoins en énergie grandissants

C'est pot de terre contre pot de fer. En Arizona, 13.000 foyers amérindiens attendent leur raccordement au réseau électrique. Mais dans le même temps, le territoire attire de nombreux géants de la tech qui viennent implémenter leurs datacenters.

La production d'électricité actuelle n'arrive pas à contenter les deux demandeurs. Les services publics sont donc contraints de renforcer leur réseau électrique, augmentant par conséquent les tarifs de l'électricité de 8 %.

À terme, la situation bénéficiera aux centres de données. Leurs besoins s'intensifient avec l'émergence de l'intelligence artificielle, particulièrement gourmande en ressources. En parallèle, les Amérindiens de la Nation navajo se sont vu refuser un plan de 4 millions de dollars pour raccorder les derniers foyers au réseau électrique.

Thomasina est une Amérindienne de la nation Navajo rencontrée par le Washington Post. Elle vit difficilement depuis plusieurs années sans électricité. Elle déclare au journal:

"Nous avons été sans électricité depuis bien longtemps, les entreprises technologiques ont déjà l'électricité et le fait qu'elles en obtiennent davantage, ça n'est pas normal."

L'explosion des datacenters

En berceau de l'innovation technologique, les États-Unis dominent de très loin le nombre de datacenters implantés sur son territoire. Selon Statista, le pays comptait 5.381 centres de données recensés en mars 2024 (là où la France en comptait 315).

L'Arizona fait campagne depuis plusieurs années afin d'attirer un maximum de datacenters. Énergie peu chère, région relativement peu exposée aux catastrophes naturelles, avantages fiscaux... Les arguments ont convaincu les entreprises technologiques de s'installer dans l'État voisin de la Californie (où l'on trouve la Silicon Valley).

Aux abords de Phoenix, capitale de l'Arizona, 12 datacenters se sont installés depuis 2019. Un chiffre qui doublera en 2028 avec 27 centres de données. Selon une étude des services publics arizoniens, ces datacenters consommeront 55 % de l'énergie provenant des nouveaux moyens de production d'électricité déployés d'ici 2038 dans l'État.

D'autres habitants touchés

Mais ce qui présageait une aubaine pour l'Arizona ne fait pas l'unanimité chez les habitants. Ils n'y voient que peu de plus-value et craignent que ces structures ne s'approprient les ressources essentielles.

Exemple avec l'eau qui est utilisé pour refroidir les serveurs informatiques dans les centres de données. Il s'agit d'une ressource précieuse dans cet État aride du sud-ouest des États-Unis. Les communes ont alors mis en place des séries d'arrêtés pour éviter que les géants de la tech ne s'accaparent leur eau. Faute d'avoir accès à cette ressource, les centres de données se sont rabattus sur des systèmes de refroidissement électriques.

Mais pour combler les nouveaux besoins énergétiques, l'Arizona investit dans des centrales déjà existantes. Dans la commune de Randolph, près de Phoenix, les habitants sont exaspérés après avoir appris que la centrale à gaz près de chez eux allait s'agrandir. Ce genre d'infrastructures émet des particules responsables de certaines maladies comme l'asthme ou le cancer des poumons.