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Ce que propose TikTok pour éviter une interdiction en Europe

BFM Business Anaïs Cherif
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Le réseau social chinois a confirmé l'ouverture de deux nouveaux data center en Europe. Il dit également vouloir missionner un prestataire pour réaliser un audit de la sécurité de ses données. Pourtant, rien n'indique que les données ne partiront plus en Chine.

TikTok veut rassurer Bruxelles. Le réseau social populaire, détenu par le groupe chinois ByteDance, a communiqué ce mercredi 8 mars sur son "Projet Clover". Il s'agit d'un ensemble de mesures censées améliorer la sécurité des données personnelles de ses utilisateurs européens.

Afin de pouvoir stocker localement les données de ses 150 millions d'utilisateurs européens, TikTok a confirmé l’ouverture de deux nouveaux data centers, en Irlande et en Norvège. Ils viennent s'ajouter au premier data center européen ouvert par le groupe l'année dernière, en Irlande.

"Une fois achevé, ces trois centres seront le lieu de stockage par défaut des données des utilisateurs européens de TikTok. Ils représentent un investissement annuel total de 1,2 milliard d'euros", chiffre l'entreprise.

"Nous commencerons à stocker localement les données des utilisateurs européens cette année, et la migration se poursuivra jusqu'en 2024", précise Theo Bertram, vice-président en charge des politiques publiques en Europe, dans une note de blog.

Audit de sécurité

Au-delà des data centers, l'entreprise dit vouloir faire mener un audit de se sécurité. "Nous sommes à un stade avancé de discussion avec un partenaire européen tiers et nous serons en mesure d'annoncer plus de détails dès que possible", poursuit Theo Bertram.

Ce prestataire sera chargé de "superviser et auditer la sécurité des données en Europe", selon le communiqué de presse. Il devra également "contrôler les flux de données" et "signaler tout éventuel incident".

Ce projet entend répliquer le modèle déjà instauré aux Etats-Unis, en partenariat avec Oracle.

Multiplication des enquêtes

Ces annonces interviennent à un moment délicat pour TikTok, critiqué de toute part - en Europe comme aux Etats-Unis. Le réseau social est suspecté de ne pas suffisamment protéger les données personnelles de ses utilisateurs, et de potentiellement les transmettre aux autorités chinoises en cas de demandes.

C'est pourquoi la Commission européenne, ainsi que le Parlement européen et le Conseil de l'UE ont récemment exigé la suppression du réseau social sur les smartphones professionnels des salariés. De même pour les députés américains et le personnel de la Chambre des représentants, ainsi que le gouvernement canadien.

Les enquêtes sur son modèle se multiplient. En France, à l'initiative du groupe politique Les Indépendants, le Sénat a lancé début février une commission d'enquête. Cette dernière va se pencher sur l’utilisation et la stratégie d’influence du réseau social chinois, déjà accusé d'espionnage aux Etats-Unis.

Ces nouvelles mesures vont-elles permettre d'empêcher le transfert des données personnelles des utilisateurs européens vers la Chine ?

Interrogé par Tech&Co, TikTok fait savoir : "Nous sommes une plateforme mondiale et, comme d'autres entreprises internationales, nous avons des employés basés en Chine. Pour que l'expérience TikTok de notre communauté soit sûre et agréable, nous pouvons autoriser certains employés à distance à accéder aux données des utilisateurs en dehors de l'Europe. Par exemple, si un utilisateur signale que sa vidéo n'apparaît pas sur la plateforme."

Un lobbying actif

Ces annonces ont fait l'objet d'un lobbying actif auprès des pouvoirs publics, rapporte Politico. Le directeur juridique de l'entreprise, Erich Andersen, en a profité pour faire le tour des principales capitales européennes pour faire passer le mot aux autorités.

Ce dernier s'est rendu à Londres, ainsi qu'à Bruxelles, et il sera à Paris et à La Haye dans les prochains jours. Le ministre du numérique, Jean-Noël Barrot, a annoncé ce mercredi qu'il allait le recevoir vendredi. Il compte lui demander "la feuille de route et les engagements de l’entreprise" ainsi qu'un "calendrier opérationnel précis" des mesures prises pour protéger les données de ses utilisateurs.