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Ce que l'on sait sur la mort d'une fillette de 3 ans "victime de violences répétées" dans l'Eure

BFM Normandie Léa Espagnet avec AFP
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Une fillette de trois ans est morte à Conches-en-Ouche, dans l’Eure, victime d'un arrêt cardio-respiratoire. Elle présentait des traces de coups et de multiples hématomes.

Une petite fille de 3 ans "victime de violences fréquentes" est morte. Les pompiers de l’Eure sont intervenus dans la nuit du samedi au dimanche 24 septembre dans la commune de Conches-en-Ouche, pour un arrêt cardio-respiratoire concernant Lisa, âgée de trois ans. Malgré l'intervention des secours, la petite fille n'a pas pu être réanimée.

• Des violences à répétition

A la suite du décès de l’enfant au CHU Charles-Nicolle de Rouen dimanche matin, la mère et le beau-père de la victime ont été mis en examen pour meurtre sur mineur et placés en détention provisoire, a indiqué le procureur de la République d’Évreux Rémi Coutin lors d'une conférence de presse ce mardi.

"Les services de gendarmerie (...) ont été contactés par les pompiers et le Samu, eux-mêmes appelés par les parents de la fillette à leur domicile parce que l'enfant était en arrêt cardio-respiratoire. La maison était dans un état de saleté et d'hygiène déplorable", a souligné le procureur.

Et pour cause, le certificat médical de la fillette indique qu’elle présentait de multiples hématomes sur le corps, certains récents et d'autres plus anciens au niveau de la tête, du thorax, des quatre membres, du dos et du pubis.

"Il ressort des auditions du couple que la fillette était manifestement victime de violences fréquentes, répétées au moins depuis plusieurs mois, de la part des deux parents", a précisé le magistrat.

Interrogés en garde à vue, la mère et le beau-père ont d'abord refusé de reconnaître les faits, estimant que Lisa avait tendance à "se blesser toute seule" et que sa mort était la conséquence d'une "crise de colère".

Néanmoins, tous les deux ont fini par avouer les violences récurrentes envers la fillette pour la "punir quand elle n'était pas sage", notamment depuis ces derniers mois. Ces violences pouvaient se traduire par des gifles de la part de la mère, ou encore des étranglements jusqu'à la perte de connaissance et des bousculades causés par le beau-père.

• Une absence de signalement?

D'après les premiers éléments de l'enquête, les violences à l'encontre de la petite fille n'avaient pas fait l'objet de signalement.

"Il semblerait que la petite fille était absente de l'école toute la semaine précédant les faits. Le juge d'instruction va s'interroger sur le fait que la situation de cette petite fille, victime de violences régulières, n'a pas été signalée", souligne Rémi Coutin, indiquant qu'une information judiciaire a été ouverte lundi.

D'après lui, ni le parquet, ni la gendarmerie, ni les services de l'aide sociale à l'enfance n'avaient été informés.

Le magistrat a également pointé un "autre élément potentiellement problématique". "Une amie du couple avait vu l'enfant quelques jours auparavant, elle s'en est inquiétée. Elle a voulu appeler le 119 pour signaler la situation. On lui a demandé de rappeler car tous les opérateurs étaient occupés. Elle n'a pas eu le temps de le faire après".

A noter que le grand-frère, âgé de six ans, était présent le soir des faits et a lui aussi subi des violences. Il a été confié à une voisine avant d'être pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance.

• La mère et le beau-père déjà connus de la police

Quant à la mère et le beau-père, tous les deux sans-emploi, ils étaient déjà défavorablement connus des services de police. La mère, âgée de 27 ans, a été condamnée en 2020 à une amende pour consommation de stupéfiants. Le beau-père, âgé de 29 ans, a été condamné à cinq reprises entre 2015 et 2019 pour des infractions routières, ainsi que pour rébellion et dégradation grave.

"On est dans un drame de l'isolement, du mal-logement, de l'addiction. Ils vivaient dans le dénuement le plus total", a déclaré Jérôme Pasco, maire de cette commune normande de 5000 habitants.

Si l'enquête doit encore déterminer le rôle exact des deux mis en cause dans la mort de la fillette, ils encourent tous les deux la prison à perpétuité.

• La directrice de l'école maternelle suspendue


Contactés par BFM, la direction des services départementaux de l'Education nationale (DSDEN) de l'Eure et le rectorat de Normandie ont bien été informés de la situation.

Le rectorat de l'académie de Normandie a ainsi décidé de suspendre la directrice de l'école maternelle où était scolarisée Lisa, à titre conservatoire et de "diligenter une enquête administrative afin de faire la lumière sur la chaîne de signalement des faits par les services de l'Éducation nationale".

Une cellule d’écoute psychologique a été mise à la disposition des élèves et des adultes afin d’accompagner au mieux "l’ensemble de la communauté éducative dans cette épreuve", a indiqué le rectorat.

• L'émotion dans la commune

La mort de cette petite fille de 3 ans provoque une vague d'émotion dans la commune. Le maire évoque auprès de BFM Normandie une situation passée "sous les radars". "On est désarmés, on est sidérés, complètement abasourdis par ce qui s'est passé", ajoute-t-il. Les habitants sont aussi sous le choc.

"Je me dis que ça aurait pu ne pas arriver si on avait compris ce qu’il se passait. Je ne savais même pas que des enfants habitaient là. Je suis moi-même maman de deux petits garçons, j’ai du mal à imaginer qu’on puisse faire du mal à ses enfants", a confié une voisine à BFMTV.

Une vive émotion que partage également une autre riveraine: "Je me suis mise à pleurer, comment ça se fait que personne ne s’en soit aperçu?, témoigne cette habitante la gorge nouée. C’est plus qu’émouvant, je ne m'attendais pas du tout à ça".