Marseille: la difficile lutte contre l'habitat indigne depuis les effondrements de la rue d'Aubagne

La rue d'Aubagne, dans le quartier de Noailles, à Marseille. - BFM Marseille Provence
Six ans après les effondrements mortels des immeubles rue d'Aubagne, le procès du drame s'ouvre ce jeudi 7 novembre. C'est également le symbole de l'habitat indigne marseillais qui sera scruté devant la justice.
Les parties civiles se sont préparées au procès en sachant qu'elles allaient défendre "le droit de vivre dignement". "Il ne s'agit pas seulement du procès de la rue d'Aubagne, mais de tous les problèmes d'habitat indigne", a souligné la mère de Julien, une des victimes, Liliane Lalone le 5 novembre dernier lors de la cérémonie d'hommage.
Kévin Vacher, membre du collectif du 5-Novembre, la date du drame, espère quant à lui que ce procès va permettre de "mieux comprendre l'habitat indigne et de faire peur aux propriétaires indignes qui continuent de pulluler".
Depuis les effondrements, les signalements concernant des immeubles insalubres se sont multipliés, au point d'atteindre près de 1.000 procédures. D'après la Fondation Abbé-Pierre, partie civile lors du procès, plus de 40.000 personnes souffrent du mal-logement dans la cité phocéenne.
Au quartier de Noailles, le dossier de l'habitat indigne est encore brûlant. Alexis Hellot, habitant du quartier depuis quatre ans explique à BFM Marseille Provence constater tous les jours "les stigmates" du logement insalubre. Il décrit ainsi "une atmosphère très bizarre", entre immeubles toujours barrés, d'autres retapés mais sans occupants, et ailleurs "encore beaucoup de marchands de sommeil" et "beaucoup d'Airbnb".
"40.000 logements devenir indignes"
À Marseille, depuis le drame de la rue d'Aubagne, les pouvoirs publics tentent de prendre en main le problème titanesque du mal-logement. En 2020, la majorité municipale de gauche avait d'ailleurs mené sa campagne en martelant que la lutte contre l'habitat insalubre était une "priorité absolue".
La ville de Marseille s'est aujourd'hui portée partie civile du procès des effondrements rue d'Aubagne. Benoît Payan a déclaré dans une tribune publiée lundi 4 novembre que la tragédie a été causée par "l'inertie et le renoncement qui ont, des décennies durant, laissé 40.000 logements devenir indignes" à Marseille.
Pour éviter qu'un drame de cette ampleur se reproduise, mais aussi pour garantir le droit de vivre dignement, la ville de Marseille et la métropole mettent en place plusieurs actions.
L'enveloppe consacrée aux travaux d'office sur les immeubles dangereux a été largement augmentée, avec 4,2 millions d'euros en 2023 soit 25 fois plus qu'en 2018. Grâce à cela, plus d'équipes sont sur le terrain et le nombre de contrôles a été lui aussi augmenté, avec 2.500 en 2023.
"Depuis 2020, la ville a pris 1.400 arrêtés de mise en sécurité et sorti 518 immeubles de ces situations de péril", se félicite Patrick Amico, adjoint au maire en charge du logement et de la lutte contre l'habitat indigne, auprès de l'AFP. Il souligne que "la nature des arrêtés a changé, avec de moins en moins d'expulsions et des situations moins dangereuses que celles que l'on trouvait il y a trois ans".
"Ça va très lentement"
Depuis 2019, la métropole Aix-Marseille a de son côté imposé un permis de louer aux propriétaires du quartier de Noailles, qui englobe la rue d'Aubagne. Il devrait être étendu l'an prochain. La lutte contre les marchands de sommeil s'est également intensifiée, avec 162 signalements au procureur depuis 2020 et une trentaine de condamnations en justice.
Mais "pour nous, ce qui est fait est encore très très insuffisant et surtout très tardif", cingle Emmanuel Patris, co-président d'Un centre-ville pour tous, à l'AFP. Patrick Amico reconnaît également que malgré les moyens, "ça va très lentement".
"Lorsqu'on met un immeuble en sécurité, on peut intervenir très vite, mais ce sont des travaux qui permettent seulement de sécuriser l'immeuble, d'empêcher son effondrement, ça ne le réhabilite pas", explique l'élu.
Par ailleurs, dans la majorité des cas, ces interventions touchent à du bâti privé, compliquant la tâche de la municipalité qui n'a "qu'une petite partie des compétences qui touchent au logement". La rénovation urbaine comme la production de logement social sont du ressort de la métropole et de l'État.
Un premier chantier commencé mi-octobre
Autre grand chantier annoncé par Emmanuel Macron en 2021, dans son plan "Marseille en Grand", la rénovation des grandes copropriétés privées dégradées est aujourd'hui au point mort, du fait de sa complexité juridique.
Mi-octobre, dans le cadre de ce plan, le coup d'envoi a été donné pour le premier chantier de rénovation de quatre immeubles de Noailles. Des travaux inédits qui surviennent près de six ans après les effondrements rue d'Aubagne.
D'ici à 2032, la Société publique locale d'aménagement d'intérêt national (SPLA-IN) ambitionne de réhabiliter 182 immeubles du centre-ville, promettant 70% de logements sociaux.
Un grand pas en avant, mais encore loin des objectifs. "On est sur 400 immeubles repérés comme très problématiques, donc de l'ordre de 4.000 logements. Et on sait que pendant ces dix ans, d'autres vont arriver!", fustige Emmanuel Patris.
"On n'est pas du tout au bout du tunnel! Il faut maintenir la pression", assure Francis Vernède, directeur de l'antenne locale de la fondation Abbé-Pierre. "Et ce n'est pas parce que ça se bouscule pour loger dans un taudis que le taudis a de la valeur. Non, ça nous dit juste beaucoup sur la misère de Marseille!"
Mi-octobre, lors des rendez-vous annuels du logement organisés par la municipalité, Benoît Payan assurait que "pour la première fois, cet été, la courbe des immeubles en péril s'est inversée".













