Karim Harrat jugé pour narcotrafic à Marseille pour la première fois depuis son extradition

Le tribunal correctionnel de Marseille (illustration). - BFM Marseille Provence
Avant une série de procès pour assassinats et notamment celui du grand frère d'Amine Kessaci, Karim Harrat, considéré comme un baron de la drogue à Marseille, est jugé depuis lundi 26 janvier pour avoir piloté depuis Dubaï de juteux points de deal.
Barbe de trois jours, pull beige, il se retrouve dans le box des prévenus pour la première fois depuis son extradition du Maroc il y a trois ans. Baron présumé du narcobanditisme marseillais juste avant l'émergence de la DZ Mafia, il a été extrait de la prison de haute sécurité pour narcotrafiquants de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) pour comparaître jusqu'à jeudi devant le tribunal correctionnel de Marseille.
Cet homme de 37 ans est soupçonné d'être le commanditaire de plusieurs assassinats dans la guerre pour le contrôle des points de deal de la deuxième ville de France. Il est jugé pour avoir organisé ce trafic dans plusieurs cités marseillaises et à Nice.
Le magistrat intime au prévenu de se "maîtriser"
Même si Karim Harrat ne semble plus forcément très influent, la peur qu'il engendre semble intacte. "Je ne souhaite pas répondre aux questions sur Karim Harrat", lâche ainsi d'emblée l'un de ses co-prévenus au début de son interrogatoire.
Le président prend acte qu'il ne souhaite pas le "mettre en cause" et rappelle certains messages menaçants figurant dans le dossier du type "ne me trahit pas", "je rigole vraiment pas".
Dans le box, Karim Harrat bout au début de cette audition, échange activement avec ses trois avocats mais le magistrat lui intime de se "maîtriser", son interrogatoire n'étant prévu que mardi.
C'est la première fois qu'il s'expliquera puisque jusqu'à présent dans tous les dossiers, ce Franco-Algérien né à Marseille, a gardé le silence. Se bornant à contester tous les faits reprochés, par la voix de ses avocats.
Les cités, "c'est à moi"
Le dossier jugé jusqu'à jeudi repose sur d'abondants échanges attribués à Karim Harrat et à une poignée de ses supposés lieutenants via Sky ECC, messagerie cryptée réputée inviolable, très prisée des narcotrafiquants avant son démantèlement en 2021.
Des messages, attribués à Karim Harrat sous le surnom qu'il conteste "Le Rant", montrent que même depuis les Emirats arabes unis, refuge de plusieurs narco-bandits marseillais, celui-ci gère très concrètement l'organisation: "dimanche soir, tu récupère 20 kilos", puis "tu vas dépanne 1 kilo à la partenel stp frero".
Au début du confinement dû au Covid en mars 2020, il assure: "tous les charbons (points de vente, ndlr), ils sont ouverts, celui qui ferme un charbon, par allah, j'l'encule, Macron pas Macron" et il promet de "donner des armes à tous les p'tits". Quelques mois plus tard, il assure, après ce qui semble être des opérations de police dans plusieurs cités: "la Paternelle c'est à moi, Kalliste c'est moi, là ici c'est à moi, Bassens, c'est à moi".
Karim Harrat jugé en mars pour un double-meurtre
Cinq autre prévenus sont jugés à ses côtés, dont une femme, et l'un est en fuite. Tous sont reliés à des pseudos sur Sky ECC: "Batman", le "Niçois", "Nisso", "Mayki" et soupçonnés d'avoir eu un rôle précis: fournir des téléphones cryptés, compter l'argent, stocker le cannabis, la cocaïne, développer le réseau sur la Côte d'Azur.
Karim Harrat aurait cherché à s'installer à l'étranger fin 2018 se sachant l'objet de menaces d'un camp adverse. Il est d'ailleurs soupçonné d'avoir pris les devants et commandité au même moment l'assassinat d'un producteur de rap à Paris qui appartenait à ce gang rival. Ce dossier est en passe d'être audiencé.
Avant cela, il doit normalement être jugé en mars à Aix-en-Provence pour un double meurtre en août 2019 à Plan-de-Campagne, zone commerciale près de Marseille. En octobre-novembre, il sera jugé pour un triple homicide fin 2020 dont il est également soupçonné d'être commanditaire.
Parmi ces victimes figurent Brahim, grand frère d'Amine Kessaci. Mi-novembre, un autre frère du militant écologiste et anti-drogue, Mehdi Kessaci, qui n'avait lui rien à voir avec le narcotrafic, a été également abattu à Marseille.
Enfin Karim Harrat est toujours mis en examen pour un assassinat en 2020, sur l'autoroute A7 près des quartiers nord de Marseille.













