"Ces armes mutilent et tuent": un millier d'affiches à Marseille pour dénoncer la dangerosité des LBD

"Aujourd'hui, tout coûte un bras. Sauf manifester, qui coûte aussi un œil." Un message choc placardé sur un millier d'affiches qui ont commencé à faire leur apparition dans le centre-ville de Marseille.
Cette campagne lancée par Amnesty International a pour but de sensibiliser la population, mais également demander le contrôle des armes dites "à létalité réduite" dont font partie les lanceurs de balles de défense (LBD), aussi appelés "flashball", alors même que la cité phocéenne est encore marquée par la mort de Mohamed pendant les émeutes en juillet dernier. L'homme de 27 ans est mort d'un arrêt cardiaque dû à un choc au thorax compatible avec un tir de projectile type LBD.
Vers un traité international?
Citant d'autres exemples de personnes tuées ou grièvement blessées par ce type d'armes utilisées par les forces de l'ordre lors des manifestations, Amnesty International appelle à un contrôle de ces armes au niveau international.
"Parce qu’elles sont aujourd’hui utilisées de manière abusive, il est urgent d’encadrer et de réglementer leur production et leur commerce", indique Amnesty International sur son site.
À travers une pétition ouverte jusqu'à la fin du mois de janvier et recueillant déjà plus de 82.000 signatures, l'OGN espère obtenir auprès des Nations unies au printemps 2024 un traité international sur la réglementation des armes à létalité réduite.
Au niveau national, la campagne porte avant tout sur la suspension des LBD-40, mais aussi l'interdiction "pure et simple" des grenades de désencerclement et des grenades assourdissantes, précise à BFM Marseille Provence Jean-Claude Samouiller, président d'Amnesty International France.
"Nous réclamons depuis des années et des années la suspension du LBD-40. Ça n’avance pas. Au-delà de l’utilisation de ces armes, nous réclamons une doctrine du maintien de l’ordre qui soit basée sur la désescalade et sur le dialogue plutôt que sur la répression, comme c’est le cas aujourd’hui."
Car les balles de LBD, lancées à 350 km/h, peuvent provoquer d'importants traumatismes. À Marseille, le cousin de Mohamed avait lui aussi été blessé lors des nuits d'émeutes. Grièvement blessé à l'œil gauche, il affirme qu'un tir de LBD est à l'origine de sa blessure.
Une arme "bien trop dangereuse"
La question des blessures causées par ce type d'armes ne date par ailleurs pas des récentes émeutes qui ont touché de nombreuses villes françaises. Amnesty International met notamment en avant le cas de Zineb, une octogénaire marseillaise tuée en 2018 "après avoir été touchée en plein visage par une grenade lacrymogène tirée par un CRS".
"Zineb ne participait pas à la manifestation. Elle était chez elle, au 4e étage de son immeuble, et elle s’était approchée de la fenêtre pour la fermer car des gaz lacrymogènes s’infiltraient", rappelle l'ONG sur son site.
Amnesty International évoque ainsi un tir "ni légal, ni régulier", alors même que l'usage des armes à létalité réduite est techniquement encadré, notamment dans le cas des LBD.
"Il faut que ce soit des conditions qui soient proches de la légitime défense pour les policiers", explique maître Shanna Benhamou, avocate au barreau de Paris. "Il faut qu'il y ait une distance suffisante. Et il faut aussi que ces flashballs visent le torse, ou les membres inférieurs ou supérieurs. Et on a bien vu, notamment avec le dossier Marseille, que ça peut parfois toucher des endroits bien plus vitaux, notamment la tête."
L'avocate plaide, elle aussi, pour un meilleur encadrement des LBD. "Je suis pour régulariser cette arme, parce qu'elle est bien trop dangereuse, et je pense que le ratio efficacité et dangerosité et protection des individus ne s'équilibre pas du tout aujourd'hui."
Le site violencespolicières.fr, qui recense les signalements de violences présumément commises par les forces de l'ordre lors de manifestation, établit plus de 600 blessés part tirs de LBD depuis mars 2019, dont environ 50 blessés graves.
Après les émeutes qui ont touché la France début juillet, l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) s’est vue confier une trentaine d’enquêtes portant sur des soupçons de violences commises par des policiers, avait appris BFMTV début août. Au moins un tiers de ces enquêtes concernent des jeunes hommes qui ont perdu un œil ou ont été très grièvement mutilés par des armes intermédiaires non létales comme des LBD.













