"Quatre implants en haut et plus de dents en bas": des victimes de centres dentaires low-cost à Lyon et Paris témoignent

Mutilations, soins interrompus, escroquerie: 1.589 plaintes ont été déposées par des victimes des centres dentaires low-cost Dentexia. Parmi elles, une Lyonnaise, Christiane, qui est entrée en parcours de soins en 2014 en raison de dents qui se déchaussaient. La pose d'implants effectuée s'est révélée défectueuse. "Je suis restée deux ans avec quatre implants en haut, et plus de dents en bas", témoigne-t-elle au micro de BFMTV. La Lyonnaise tente de joindre le centre dentaire pour qu'une opération soit réalisée, seulement l'entreprise est liquidée en 2016 et les centres ferment un à un.
Durant deux ans, elle subit ainsi un isolement social forcé et manque de solution. "Je ne sortais pas parce que je n'avais pas envie qu'on me fasse sourire et que j'ai quatre morceaux de ferraille qui me pendent dans la bouche, je ne savais pas quoi faire." Avec un devis de près de 16.000 euros, elle estime aujourd'hui avoir perdu 8.000 euros.
Une victime, habitant Paris, déplore de son côté deux ans de prise en charge pour un seul implant posé, au lieu des deux annoncés. "Le spécialiste n'était jamais réellement disponible, je n'avais aucune visibilité concrète", déplore-t-il. L'homme explique avoir été notamment victime de surfacturation, liée à des prestations réalisées sans qu'il en fasse la demande, dont des détartrages.
Une plainte collective déposée ce dimanche
Une association regroupant des victimes va déposer ce dimanche 2 mars une plainte collective auprès du ministère de la Justice, et lundi au tribunal judiciaire de Paris, pour tenter de relancer l'enquête ouverte en 2016 qui est restée "au point mort".
Selon Abdel Aouacheria, fondateur du collectif contre Dentexia, cette affaire a une dimension essentielle. "S'il n'y a pas de procès contre Dentexia, il n'y aura de procès pour aucune affaire en matière dentaire de ce type-là, c'est important qu'il y ait une jurisprudence, c'est important pour nous d'aller jusqu'au bout du combat."
L'affaire est complexe, incluant à la fois "des mutilations, des soins payés mais non réalisés, mais aussi une dimension financière, une nébuleuse de sociétés commerciales, l'octroi de crédits bancaires abusifs...", explique-t-il.
Selon lui, "il est difficile d'incriminer les dentistes" car ceux inscrits sur les ordonnances étaient souvent des prête-noms. Ceux effectuant les soins pouvaient être "des dentistes fraîchement diplômés venus de Roumanie, du Portugal...". Les victimes, elles, "sont inquiètes quant à la tenue future d'un procès". Pour montrer qu'elles "ne lâcheront rien", l'association va se constituer partie civile en déposant une plainte collective. Elle espère ainsi relancer l'enquête et "aider la justice", en "regroupant les plaintes en différentes catégories".
Dentexia, liquidée en 2016 après quatre ans d'exercice, regroupait sous la forme d'une association divers centres dentaires notamment à Paris, Lyon, Vaulx-en-Velin (Rhône) ou Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire).
Les nombreuses plaintes de patients mal soignés ou abandonnés en cours de traitement avaient conduit en 2016 à l'ouverture d'une information judiciaire notamment pour pratique commerciale trompeuse, exercice illégal de la profession de chirurgien-dentiste, violences suivies de mutilation ou infirmité permanente, escroquerie en bande organisée et blanchiment.
Une dizaine de membres de l'association effectueront dimanche une action symbolique: ils diffuseront une composition d'art sonore réalisée à partir des voix d'une soixantaine de victimes.













