Punaises de lit: le Sniper, cet insecticide interdit pointé du doigt après le décès d'un octogénaire

Punaise de lit - Jewel SAMAD / AFP
Un produit anti-punaise de lit interdit au cœur d'une enquête pour "homicide involontaire". Un octogénaire est décédé à Lyon des suites d'une hémorragie cérébrale vendredi 29 octobre. C'est son fils Alain, qui avait appelé les pompiers après avoir découvert son père en détresse respiratoire chez lui.
Comme il l'explique au Parisien, il est certain que le décès de son père est lié à une récente acquisition: deux flacons de Sniper 1000 EC, un puissant insecticide contenant du dichlorvos, un produit interdit dans l'Union européenne depuis 2013 mais qui reste disponible au marché noir, notamment pour lutter contre les problèmes de punaises de lit.
Un produit "à la mode"
La présence du produit au domicile de la victime a poussé le parquet de Lyon à retenir les chefs de "mise en danger de la vie d'autrui" et de "vente non autorisée de produit dangereux" dans l'enquête qu'il a ouvert à la suite du décès. Le rôle de l'insecticide dans le décès de la personne âgée, qui avait des problèmes de santé, reste à déterminer par les enquêteurs.
Sur son site d'alerte aux produits dangereux, Rappel Conso le gouvernement sensibilise les consommateurs depuis le 8 novembre au sujet des flacons de Sniper 1000 EC, en demandant de ne plus les utiliser. Le rappel s'affiche d'ailleurs en page d'accueil du site.
Le docteur Jérôme Lagrand, chef de service du Centre antipoison de Paris, expliquait en octobre au Parisien que le Sniper "est de plus en plus utilisé".
"Même s'il est interdit, c'est un produit courant, très facile d'accès" et "à la mode", précise à BFMTV.com Alexandre Woog, chef d'une entreprise spécialisée dans la désinsectisation.
"Il est très dangereux", développe-t-il, évoquant le risque de problèmes respiratoires ou encore de malaise.
Produit en Chine et importé illégalement
L'octogénaire décédé à Lyon avait cherché à se procurer ce produit car son autre fils, avec qui il vivait, se plaignait de piqûres à répétition depuis le début de l'année. Au cours de l'été, alors que les punaises de lit commencent à prendre une place dans le débat public, l'octogénaire fait le rapprochement avec la situation de son fils.
Sa femme de ménage lui dit alors qu'elle connaît "une personne qui vend un super produit contre les punaises de lit dans le quartier", selon Alain. L'octogénaire aurait fini par acheter les deux flacons pour 130€.
Interdit dans de nombreux pays occidentaux, le Sniper est produit en Chine et exporté dans de nombreuses parties du monde, selon l'AFP. "Certaines personnes amènent ce produit de l'étranger, notamment d'Afrique et d'Asie", affirme Alexandre Woog, qui explique qu'on peut aujourd'hui le trouver "facilement sur Internet pour 20€ et dans des boutiques peu scrupuleuses".
Contactés par BFMTV.com sur la manière dont les autorités luttent contre ce commerce illégal et sur ces conséquences néfastes, les services de la répression des fraudes (DGCCRF) n'ont pas répondu à ce stade à nos sollicitations.
Difficultés économiques et doutes sur l'efficacité
Selon le chef d'entreprise, le recours au Sniper est souvent un second choix pour des personnes qui connaissent des difficultés financières: "En général, les gens nous demandent les prix, environ 400€ pour un traitement contre les punaises de lit, et ils répondent qu'ils peuvent acheter un flacon pour moins cher et le faire eux-mêmes", raconte-t-il.
Certains le font d'ailleurs sans prendre les précautions nécessaires, comme le port d'un masque ou le temps d'aération nécessaire pour les pièces traitées (au minimum deux heures, souvent d'avantage).
Alexandre Woog estime que le recours à des produits puissants (principalement le Sniper) est aussi lié avec un discours sur l'inefficacité de produits vendus dans le commerce aujourd'hui: "Il y a beaucoup de n'importe quoi, beaucoup d'arnaques, beaucoup de traitements qui ne sont pas effectués correctement", ce qui alimente les doutes des personnes sur l'efficacité des traitements légaux.
L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a répertorié plus de 1.000 cas d'intoxication, parfois graves, entre 2007 et 2021, liés à des produits insecticides utilisés dans la lutte contre les punaises de lit.













