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Manifestations, subventions coupées... Tout comprendre de la crise traversée par l'université Lyon 2

BFM Lyon Florent Bascoul
Façade de l'Université Lyon 2 sur le campus des Berges du Rhône en octobre 2024

Façade de l'Université Lyon 2 sur le campus des Berges du Rhône en octobre 2024 - Google Street View

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Depuis plus d'un mois, l'université Lyon 2 est au cœur de plusieurs polémiques. Intrusion dans un amphithéâtre, démission d'un élu dont les propos ont été signalés à la justice, et suspension des subventions régionales à l'établissement, comment l'université est arrivée dans cette situation.

L'université Lyon 2 est dans le collimateur de la Région Auvergne-Rhône-Alpes dont l'ancien président, le député Laurent Wauquiez a annoncé ce mercredi 7 mai la suspension des subventions. Il s'agit du dernier épisode d'une série de polémiques qui perturbent l'établissement d'enseignement supérieur.

• Un vivier de soutien à la cause palestinienne

L'Université Lumière Lyon 2 accueille 27.300 étudiants sur ses quatre campus, les deux centraux situés aux Berges du Rhône (Lyon 7e) et à la Porte des Alpes (Bron) ainsi que sur deux sites extérieurs à Rachais (Lyon 3e) et au Vinatier (Bron).

L'établissement propose des formations diverses en sciences humaines et sociales (histoire, sociologie, psychologie,...). Les étudiants de l'Université Lyon 2 participent régulièrement à des mouvements sociaux au sein de leur campus.

Des associations et des syndicats étudiants organisent parfois des conférences pour présenter des causes qui leur sont chères, c'est le cas notamment de la Palestine. En octobre 2023, le syndicat étudiant Solidaires et le collectif Palestine 69 avaient organisé sur l'un des campus de l'université un événement en présence de Maryam Abu Daqqa, cheffe du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).

Cette organisation étant classée terroriste par l'Union européenne, des élus avaient écrit au ministère de l'Éducation nationale. Ces pressions politiques ont eu raison de cette participation qui a été annulée.

Finalement, la cheffe du FPLP avait assisté à l'événement et brièvement pris la parole. Après cette séquence, la région avait sommé l'Université Lyon 2 de s'expliquer, menaçant de suspendre sa coopération financière.

• Une intensification depuis la guerre à Gaza

Depuis le début de la guerre à Gaza menée par Israël en riposte aux attaques meurtrières du Hamas le 7 octobre 2023, les initiatives pour manifester son soutien au peuple palestinien se sont amplifiées à Lyon 2.

Des rassemblements ont été organisés pour la paix à Gaza notamment au printemps 2024. Quelques mois plus tard, en décembre, plusieurs dizaines d'étudiants pro-palestiniens bloqueront l'accès à l'un des campus pour demander la libération du militant Georges Abdallah.

Un cap va être franchi en février 2025 lorsque des menaces de mort envers François Bayrou et les forces de l'ordre mêlées à des messages de soutien pour la Palestine sont découverts sur des murs d'un bâtiment de l'université.

• Une intrusion dans un amphithéâtre

Le 1er avril, des étudiants masqués pénètrent dans un amphithéâtre de l'Université Lyon 2 alors que Francis Balanche, géographe, y donne un cours. Ils lui reprochent une intervention sur la chaîne C-News quelques jours auparavant.

Les intrus accusent l'enseignant "d'islamophobie et de racisme", d'être "pro-Assad" et "sioniste". En l'espèce, ils lui reprochaient de s'être prononcé contre l'initiative d'une organisation d'étudiants. Une association occupant une salle du campus de la porte des Alpes sans autorisation proposait fin mars une rupture du jeûne du ramadan. La direction de l'Université avait refusé l'organisation de cet événement.

• La présidence fragilisée

Après cette intrusion, l'enseignant annonce son intention de déposer plainte. Les réactions de soutien se succèdent et le parquet annonce l'ouverture d'une enquête pour "entrave à la fonction d'enseignant". Francis Balanche se voit également accorder la protection fonctionnelle pour la prise en charge financière de ses frais de justice.

Mais le 16 avril, la présidente de Lyon-2, Isabelle von Bueltzingsloewen explique dans les colonnes de Tribune de Lyon, soutenir le professeur visé tout en regrettant "l’emballement médiatique disproportionné" de l'affaire ainsi que des "paroles affligeantes, complotistes et délétères pour l’université" venant de la part de l'enseignant.

Cette réaction est suivie de nombreuses désapprobations. Une cinquantaine d'universitaires signent une tribune réclamant sa démission dans Le Figaro dont les anciens ministres de l'Éducation nationale, Luc Ferry et Jean-Michel Blanquer, ou encore l'ex-ministre chargée des Affaires européennes Noëlle Lenoir.

• Un vice-président démissionne

Le 5 mai, Willy Beauvallet-Haddad, vice-président de l'université Lyon 2, a annoncé sa démission. Il estime être victime d'une "campagne de dénigrement" en raison de ses opinions concernant le Moyen-Orient.

Dans un courrier adressé à ses collègues, que BFM Lyon a pu consulter, celui-ci assure être victime de "harcèlement". Le maître de conférence en sciences politiques se dit ciblé, selon lui, "en raison de prises de positions personnelles relatives à la situation en Palestine et au Liban". Il avait notamment rendu hommage au chef du Hezbollah Hassan Nasrallah lors de la mort de celui-ci en septembre dernier.

S'il démissionne, c'est "pour objet de faire baisser la pression très forte qui pèse sur l’institution et de protéger les intérêts de celle-ci dans le contexte particulièrement difficile qu’elle traverse", défend-il.

Invité de France 2 ce mardi 6 mai, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a assuré que des propos "très graves" sur le Hezbollah libanais attribués à un vice-président de l'Université Lyon 2 avaient été signalés à la justice.

• Laurent Wauquiez annonce la suspension des subventions

Laurent Wauquiez, bien que retiré de la présidence de la région Auvergne-Rhône-Alpes depuis son élection comme député, a déclaré ce mercredi 7 mai, que la collectivité supprimait les subventions à Lyon 2.

Le député LR a demandé la mise en place d'une "mission d'inspection indépendante" afin de "braquer les projecteurs sur la dérive islamo-gauchiste de cette université".

La décision a ensuite été confirmée dans un tweet posté par le président, Fabrice Pannekoucke.