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Insécurité à Lyon: pourquoi le quartier de la Guillotière pose problème

BFM Lyon Gauthier Hartmann
La Guillotière (Illustration).

La Guillotière (Illustration). - BFM Lyon

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Plus d'une semaine après la violente agression de trois policiers à la Guillotière, le ministre de l'Intérieur doit se rendre à Lyon ce samedi pour apporter son soutien aux forces de l'ordre.

Depuis plus d'une semaine, le quartier de la Guillotière à Lyon est à nouveau au centre de toutes les attentions. Il y a 10 jours, trois policiers en civil de la brigade de contrôle des transports en commun ont été victimes d'une violente agression dans ce quartier du 7e arrondissement de Lyon.

Alors qu'ils tentaient d'interpeller l'auteur d'un vol à l'arrachée près de la place Gabriel-Péri, les trois agents se sont fait molestés par plusieurs individus.

Rapidement, le ministre de l'Intérieur avait réagi, affirmant mobiliser "l'ensemble des moyens" pour retrouver les responsables. Un suspect a depuis été interpellé et placé en détention provisoire.

Ce samedi, Gérald Darmanin se déplace à Lyon pour une visite où la question de l'insécurité à la Guillotière sera largement abordée. Il doit se rendre dans la matinée au commissariat des 3e et 6e arrondissements pour rencontrer les policiers blessés lors de l'agression.

Depuis ces violences à l'égard des trois policiers, de nombreuses voix de riverains mais aussi d'élus, dont l'ancien maire de Lyon Gérard Collomb, se sont élevées pour pointer du doigt la délinquance dans cette zone du 7e arrondissement. Un sujet devenu récurrent à Lyon ces derniers mois, et à nouveau remis en lumière ces derniers jours.

La place Gabriel-Péri au coeur des regards

Située sur la rive gauche du Rhône, la Guillotière s'étend principalement sur le 7e arrondissement de Lyon, et sur une plus faible zone dans le 3e arrondissement. Mais c'est sur la place Gabriel-Péri que la majorité des tensions du quartier se cristallise.

Proche de la station de métro Guillotière-Gabriel-Péri, elle concentre de nombreux problèmes: trafic de cigarettes et de drogue, vente à la sauvette, attroupements, incivilités, déchets, rixes...

C'est à proximité de celle-ci que les trois policiers agressés ont été témoins du vol à l'arrachée. Ils avaient alors démarré une course-poursuite "dans un environnement hostile", selon le syndicat Alliance Police.

La maire (EELV) du 7e arrondissement de Lyon Fanny Dubot avait elle-même déclaré au Progrès en novembre dernier ne pas être à l'aise en traversant la place Gabriel-Péri. Invitée par la suite sur BFM Lyon, elle avait précisé qu'elle avait donné son ressenti comme habitante du quartier.

Si les témoignages se sont multipliés ces derniers jours pour dénoncer l'insécurité régnant à la Guillotière, ce n'est toutefois pas une première dans le quartier lyonnais. Il y a un mois, la vidéo d'une violente rixe survenue rue Sébastien-Gryphe avait été visionnée plus de 100.000 fois.

En novembre 2021, la décision de plusieurs magasins du quartier de fermer plus tôt leurs portes par mesure de sécurité avait suscité de nombreuses réactions.

"Nous estimons qu'étant donné ce qui se passe sur la place, nous n'étions plus en mesure de l'assurer à 100%", avait alors expliqué à BFM Lyon Mickael Marillier, directeur régional des supermarchés Casino.

Des habitants avaient toutefois rappelé que là encore, la situation à la Guillotière était similaire depuis de nombreuses années.

"J'y ai passé toute mon enfance, j'y suis arrivé à 3 ans et j'en suis reparti à 25. Aujourd'hui j'en ai 55 et déjà à l'époque c'était un quartier où il y avait des problèmes et où on allait se fournir en cannabis", avait confié en novembre un riverain au micro de RMC.

Alors que les incivilités continuent dans le quartier, les riverains excédés par la situation sont nombreux à faire part de leur mécontentement. C'est le cas notamment des commerçants directement touchés par ces problèmes. Certains assurent que cela décourage les clients de venir chez eux, entraînant une baisse de leur chiffre d'affaires.

"On se sent pas à l'aise, il y a des garçons qui traînent avec des clopes, le quartier se salit de façon énorme. Tout est fait pour faire en sorte que les gens se demandent pourquoi venir ici", déplore au micro de BFMTV, Fréderic Lopez-Alvarez, gérant d'un restaurant du quartier.

Le constat est le même chez la patronne d'une boutique de téléphonie située non loin de là. Elle affirme devoir gérer elle-même l'agitation dans son magasin. "Je suis obligé de monter la voix par moment, marquer l'autorité et leur dire 'stop vous sortez il n'y a rien à faire ici'", raconte-t-elle à BFMTV.

Dès la fin de l'été 2019, des habitants avaient décidé de créer le collectif "La Guillotière en colère" pour appeler les autorités à agir. Durant trois ans, les membres du collectif s'étaient impliqués pour dénoncer les problèmes d'insécurité, d'insalubrité et de violences dans le quartier. Ils ont finalement annoncé leur dissolution il y a quelques semaines, déplorant les "murs administratifs" auxquels ils se sont fréquemment heurtés.

Des actions engagées à la Guillotière

Afin de réduire l'insécurité persistante dans le quartier, le préfet du Rhône Pascal Mailhos avait annoncé en décembre dernier la création d'une brigade spécialisée de terrain pour la Guillotière et Part-Dieu composée d'une vingtaine d'agents volontaires. Cette brigade avait débuté son déplacement au mois de février avec pour missions: "la sécurisation, la dissuasion et la lutte contre la délinquance".

Ce dispositif avait même été salué par le collectif "la Guillotière en colère". Un mois après ses débuts, près de 160 interpellations avaient déjà été réalisées.

Invité sur BFMTV, ce mardi soir, le ministre de l'Intérieur a lui affirmé la pleine mobilisation des forces de l'ordre à la Guillotière, précisant que "475 personnes ont été interpellées dans ce quartier" depuis le 1er janvier. Une statistique qui, selon Gérald Darmanin, " prouve que la police fait beaucoup son travail dans ce quartier".

De son côté, la maire EELV du 7e arrondissement Fanny Dubot a elle aussi martelé cette semaine son total engagement sur cette question. "La municipalité a pris le sujet à bras-le-corps dès son arrivée", a-t-elle affirmé sur BFM Lyon. Selon elle, 31 caméras de vidéosurveillance sont installées autour de la place Gabriel-Péri.

À la suite de l'agression des policiers, Gérald Darmanin avait annoncé vouloir mobiliser "tous les moyens" afin de retrouver les agresseurs.

La maire du 7e arrondissement a toutefois expliqué cette semaine ne pas vouloir seulement des "coups de projecteur médiatique" mais davantage de forces de l'ordre au quotidien. Elle a également admis qu'environ 20% de policiers municipaux manquent à Lyon.

Pour Grégory Doucet, interrogé au micro de BFM Lyon ce vendredi, la situation est claire: les moyens policiers "ont besoin de continuer à être renforcés". Alors qu'en 2020, l'envoi de 300 policiers supplémentaires dans la métropole lyonnaise avait été annoncé, ils ne sont pour le moment que 120 à être arrivés, selon le maire écologiste.

Vers une amélioration de la situation?

En dépit de l'agression des policiers survenue la semaine dernière, Fanny Dubot veut se montrer confiante pour l'avenir du quartier. Selon elle, cet événement ne traduit "pas forcément une dégradation" des choses à la Guillotière.

"Depuis quelques mois, on voit des accalmies, on voit des améliorations, on voit que le marché à la sauvette n'est plus là", souligne-t-elle.

Cette analyse est également partagée par le maire (EELV) de Lyon Grégory Doucet. "Je ne crois pas qu'on puisse parler d'une dégradation particulière. La prise de conscience est très forte depuis notre élection en 2020. On a constamment augmenté les moyens de réponse", affirme-t-il.

A la suite de la dissolution du collectif La Guillotière en colère au début du mois de juillet, la présidente de l'association Nathalie Balmat avait souligné les actions sur le long terme qui ont été menées ces dernières années sous leur "impulsion."

"Au final, quand on se pose et qu'on regarde comment était Guillotière il y a trois ou quatre ans et comment elle est maintenant, c'est quand même mieux", avait-elle estimé.