Baisse des moyens, groupes de niveau: les enseignants du collège Monod de Bron en grève

Les cours sont perturbés ce mardi 5 mars au collège Monod de Bron. Près de 90% des enseignants sont en grève pour manifester leur opposition à la réforme des collèges. Ce plan de refonte du système éducatif, également appelé "choc des savoirs", a été dévoilé en décembre dernier par Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation nationale.
Parmi la longue liste de mesures énoncées figure la mise en place de trois groupes de niveau pour les élèves de 6e et de 5e pour les enseignements de français et de mathématiques. Cette mesure, qui s’appliquera à partir de la rentrée de 2024, suscite la colère des enseignants à Bron.
Une "stigmatisation des enfants insupportable"
"Cette mesure, je la dénonce", détaille Sallah Goussami, professeur d’histoire-géographie au collège Monod, à BFM Lyon. "Il faut bien que vous compreniez que les élèves qui sont en difficulté vont être dans des groupes en difficultés, que les moyens seront dans des groupes moyens et que les bons élèves seront dans le groupe des bons."
Pour le professeur, cette mesure, qui vise à revoir à la hausse le niveau en mathématiques des élèves français, peut avoir des conséquences sur l’enfant. "Ils vont se dire que s’ils sont dans le groupe fragile, en difficulté, c’est qu’ils sont dans le groupe nul", détaille Sallah Goussami dénonçant "une stigmatisation des enfants qui est insupportable en tant qu’enseignant".
La crainte d'un décrochage scolaire
La crainte du professeur d’histoire-géographie se porte également sur la progression des élèves les plus en difficulté. "Ils ne pourront pas sortir, difficilement sortir et rattraper le niveau qui n’est pas le leur", pense-t-il. "Les autres groupes vont avancer, ils ne vont pas les attendre et ça nous pose problème." Gabriel Attal avait néanmoins annoncé qu’un changement de groupe serait possible au cours de l’année.
Sallah Goussami s’inquiète également des répercussions sur les effectifs. Le gouvernement a annoncé en décembre dernier que ces dédoublements impliquent plusieurs "milliers" de nouveaux postes au collège dans un contexte où les difficultés de recrutement sont déjà importantes.
"C’est l’éducation prioritaire qui doit financer pour tous les autres établissements cette mesure", dénonce le professeur d’histoire-géographie. Ce qui implique, selon l'enseignant, une réduction de moyens "car pour pouvoir créer des postes, il faut trouver des heures."
Or, "ces heures, on les prend dans les établissements d’éducation prioritaire qui sont des établissements socialement très très fragiles et on doit financer ça pour tous les autres établissements."
Et d’ajouter: "ce qui est encore plus choquant, c’est que le privé n’a pas à faire cette réforme".
Dans le Rhône, les enseignants de Bron ne font pas exception. Ce lundi, les enseignants des collèges Iris et Môrice Leroux de Villeurbanne étaient également en grève "contre la casse de l'école et le "choc des savoirs".













