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La division champagne de LVMH a sabré la participation mais propose 2.700 euros de prime: réunis à Reims, les salariés jugent l’offre insuffisante (et la CGT veut intensifier le mouvement)

BFM Business Juliette Weiss avec AFP
Moët & Chandon, Grand Vintage Collection 1999

Moët & Chandon, Grand Vintage Collection 1999 - Moët & Chandon

La tension sociale ne faiblit pas chez Moët Hennessy. Environ 500 salariés de la filière champagne de LVMH ont manifesté à Reims pour dénoncer la suppression de la prime de participation, estimant que les dernières propositions de la direction sont loin de compenser leur perte de revenus, dans un contexte de ralentissement de l’activité

Malgré plusieurs réunions et des propositions financières revues à la hausse, la direction de LVMH peine à calmer la grogne de ses salariés du champagne. Réunis près de la maison Veuve Clicquot, les manifestants réclament un partage de la valeur jugé plus équitable, alors que la branche vins et spiritueux traverse une zone de turbulences.

Une proposition à 1.000 euros puis une autre à 2.700 euros, jugées insuffisantes

Quelque 500 salariés de la filière champagne du groupe de luxe LVMH se sont rassemblés jeudi à proximité de la maison Veuve Clicquot, à Reims, à l’appel de la CGT. En effet, ces derniers protestent contre la suppression de la prime de participation, un élément de rémunération jugé central par les salariés des grandes maisons champenoises du groupe.

La  Champagne, région française
La Champagne, région française © AFP

Déjà mobilisé en décembre, le syndicat indique qu’une nouvelle réunion de négociation s’est tenue mercredi 14 janvier à Épernay. Si la direction a fait évoluer ses propositions, celles-ci restent insuffisantes aux yeux des représentants du personnel.

"Le 8 janvier, la direction est revenue vers nous avec un montant de 1.000 euros, et hier (mercredi, NDLR), avec un montant de 2.700 euros pour compenser l'absence de participation" a expliqué Alexandre Rigaud, délégué syndical CGT, MHCS (Moët-Hennessy Champagne Services) lors de son discours.

Pour le syndicat, l’enjeu est avant tout celui du partage de la valeur:

"Il faut que les salariés aient un retour sur leur investissement et sur leur travail. De l'argent pour les actionnaires, ok, mais surtout pour nos salaires et surtout pour les rémunérations des salariés", a martelé Alexandre Rigaud.
Moët & Chandon x Pharrell Williams
Moët & Chandon x Pharrell Williams © Moët & Chandon

La CGT ne compte pas en rester là, et le mouvement va s'intensifier "jusqu'à ce que les salariés estiment que leur perte est compensée ou, a minima, qu'ils estiment être moins lésés", a déclaré parmi les manifestants Sandra Gouriou, 32 ans, élue CGT chez Moët et Chandon. Fait rare dans le secteur du luxe, la CGT a récemment appelé à la grève chez Moët Hennessy pour réclamer des compensations financières et une prime exceptionnelle.

Champagne et vins: une activité sous pression

Cette contestation sociale intervient dans un contexte économique délicat pour la division vins et spiritueux de LVMH, qui regroupe ses maisons de champagne (Moët & Chandon, Veuve Clicquot, Krug, Ruinart, Dom Pérignon), mais aussi des vins prestigieux, les cognacs Hennessy ou encore le whisky Glenmorangie.

Hennessy Paradis
Hennessy Paradis © Hennessy

En 2024, cette branche a enregistré un recul marqué, avec un chiffre d’affaires en baisse de 11%, à 5,9 milliards d’euros. La tendance s’est poursuivie en 2025: sur les neuf premiers mois de l’année, les ventes ont encore reculé de 7%, pénalisées notamment par la montée des droits de douane et un environnement international moins porteur.

Si le groupe indiquait récemment un retour à la croissance au troisième trimestre, hors effets de change, la situation reste contrastée. Le champagne montre des signes d’amélioration, porté par certains marchés, tout comme les vins rosés, tandis que la demande demeure faible dans le cognac.

Restructurations et crispations sociales

En parallèle, Moët Hennessy a engagé des mesures d’ajustement significatives. La branche boissons de LVMH, qui représente environ 7% des ventes du groupe, a vu son résultat chuter fortement au premier semestre 2025. Près de 10 % des effectifs ont été supprimés au printemps, soit environ 1.200 postes.

Dans ce contexte, les syndicats estiment que les efforts demandés aux salariés ne sont pas compensés à leur juste mesure. Un défi supplémentaire pour la direction de la filiale, désormais pilotée par Alexandre Arnault, récemment nommé directeur général adjoint, alors que le secteur du luxe, après des années de croissance soutenue, entre dans une phase de ralentissement plus marquée.