Un "mini-Dubaï": pour ne pas dénaturer la ville, Budapest refuse un projet de quartier de gratte-ciel

Le drapeau hongrois devant le parlement hongrois, le 15 mars 2022 à Budapest (photo d'illustration). - ATTILA KISBENEDEK / AFP
Le gouvernement hongrois rêve d'un quartier flambant neuf dominé par des tours, mais la ville de Budapest ne veut pas en entendre parler: elle a lancé mercredi une offensive contre un ambitieux projet immobilier confié à une société émiratie. Pour le maire écologiste Gergely Karacsony, ce complexe dénaturerait une capitale au centre historique classé par l'Unesco. Il a donc décidé d'exercer son droit de préemption sur le terrain, selon une décision votée en Conseil municipal avec 23 voix pour, seuls les 10 membres du parti Fidess au pouvoir se prononçant contre.
Ce projet officiellement appelé "Grand Budapest" mais qualifié dans les médias de "mini-Dubaï", avait été annoncé l'an dernier avec pour objectif de moderniser le quartier d'une gare aujourd'hui quasiment à l'abandon. Il suscitait déjà l'inquiétude et les détails révélés la semaine dernière ont mis le feu aux poudres. Le promoteur immobilier émirati, Eagle Hills, a signé le contrat avec les autorités hongroises, pour un investissement de 12 milliards d'euros et la possibilité de construire des gratte-ciel aussi hauts que 500 mètres, au-delà de la limite maximale autorisée de 90 mètres, d'après les documents consultés par l'AFP.
Une promesse de développement économique
Selon le site d'investigation VSquare, citant une source proche du gouvernement, Jared Kushner, gendre de Donald Trump, pourrait également participer à la construction sur fond de proximité entre le président américain et le Premier ministre hongrois Viktor Orban. Sa société Affinity Global Partners est déjà impliquée avec Eagle Hills dans la "revitalisation" d'un immeuble historique de l'armée du centre de Belgrade, en Serbie. Contactée par l'AFP, la société émiratie n'a pas confirmé l'information.
Pour le gouvernement hongrois, dont le Premier ministre Viktor Orban est actuellement en visite à Abou Dabi, ce projet est une promesse de développement économique et de créations d'emplois. Mais ses détracteurs déplorent une débauche de luxe, qui va tirer les prix de l'immobilier vers le haut et défigurer la capitale, tout en "profitant aux oligarques proches du pouvoir".
"Le gouvernement, pourtant si sensible aux questions de souveraineté, cherche les faveurs des investisseurs américains et arabes sans se soucier des habitants de Budapest, opposés à cette folie", a fustigé le maire Gergely Karacsony sur Facebook.
Peter Magyar, rival le plus sérieux de Viktor Orban au niveau national, s'est aussi immiscé dans le débat. "Les Hongrois ne veulent pas d'un mini-Dubaï et d'une Trump Tower", a-t-il dit, "mais une santé, une éducation, des trains qui fonctionnent".











