BFM Business

Remontée des taux: "pas impossible qu'on ait un problème de solvabilité" rapidement dans le neuf

BFM Business Jean-Louis Dell'Oro , Rédacteur en chef adjoint BFM Éco
placeholder video
La directrice générale de Nexity Véronique Bédague estime que la remontée des taux, si le mouvement se poursuit, pourrait poser un problème sur la solvabilité des ménages dans les semaines qui viennent.

La remontée des taux d'intérêt sur les crédits immobiliers se confirme au fil des mois. Ce qui va peser sur la capacité d'emprunt des ménages pour acheter, notamment dans le neuf.

"Il n'est pas impossible qu'on ait le problème de la solvabilité de la demande dans les semaines qui viennent", a ainsi jugé ce mercredi sur BFM Business Véronique Bédague, directrice générale du promoteur immobilier Nexity.

"Il y a une montée des taux d'intérêt. (…) Et puis il y avait ce système au fond qui permettait d'allonger la durée d'endettement des ménages qui a évidemment été bloqué" par le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF). Depuis le 1er janvier, les recommandations du HCSF en matière de crédit immobilier sont devenues contraignantes. Les banques ne doivent plus prêter sur des durées de plus de 25 ans (27 ans dans le neuf, incluant une période de différé de deux ans) et avec des taux d'endettement limités (à moins de 35%, assurance incluse). Elles peuvent déroger à ces règles pour 20% de leur production de crédits par trimestre (80% de cette flexibilité doit concerner les personnes qui achètent leur résidence principale, sur les 20% restants les banques font ce qu'elles veulent).

Entre ces nouvelles règles et la remontée des taux, certains ménages vont devoir réviser à la baisse leur budget pour acheter, notamment dans le neuf. "On peut être dans ce moment où on sent venir peut-être un problème de demande, que moi je ne vois pas encore mais qui n'est pas impossible", analyse Véronique Bédague.

"Des permis plus longs à obtenir"

Reste que pour le moment, le déséquilibre entre l'offre et la demande dans le neuf est encore très important. "On continue à avoir une très forte demande. Je vous rappelle que les besoins derrière la demande qui nous est adressée est énorme. Il y a 4 millions de Français mal logés, il y a des gens qui vivent dans des passoires thermiques, il y a 2 millions de Français qui demandent un logement social… On nous dit qu'on va encore avoir 2 millions de Français (en plus, NDLR) dans les 20 années qui viennent. Donc il y a une forte pression sur le besoin de logements", résume Véronique Bédague.

La patronne de Nexity pointe aussi du doigt le manque de permis de construire qui limite l'offre. "On n'a pas assez d'offre pour la demande qui nous est adressée (…). On est dans un cycle politique où on n'a pas autant de permis qu'on pourrait l'espérer", estime Véronique Bédague.

"Les permis sont beaucoup plus longs à obtenir", souligne-t-elle. "Ça concerne aujourd'hui toutes les mairies. On a beaucoup parlé des mairies vertes qui sont très exigeantes. Mais les autres mairies le sont aussi sur la qualité, sur le bas carbone".

"Il y a au fond une réticence de nos concitoyens à l'idée de la ville dense. (…) On n'a pas envie de la ville dense. Vous savez, il y a eu cette idée qu'on serait mieux dans une petite maison avec un petit jardin. Or, on va cesser d'artificialiser (les sols, NDLR). Donc forcément on va revenir vers une ville un peu plus dense", analyse Véronique Bédague. La patronne de Nexity estime qu'il faudrait un débat sur la ville de demain et l'aménagement du territoire. Un débat presque totalement absent de la campagne actuelle pour l'élection présidentielle.