"Si la Russie se trouvait acculée, elle aurait recours à l'arme nucléaire et l'Europe en sortirait anéantie": que cherche à provoquer ce politologue proche de Poutine avec sa propagande violemment "anti-européenne"?
Le président russe Vladimir Poutine, le 30 décembre 2025 à Moscou - Mikhail METZEL © 2019 AFP
C'est un récit de la peur que déroule pendant 40 minutes Sergueï Karaganov, idéologue russe proche de Vladimir Poutine. Son ennemi absolu, c'est l'Europe, présentée comme "la source de tous les maux". Les formules sont glaçantes: pour Sergueï Karaganov, l'Europe menace l'humanité, et si la Russie est acculée, l'arme nucléaire sera utilisée.
"Si jamais la Russie se trouvait, à un moment donné, acculée, alors elle aurait recours à l'arme nucléaire et l'Europe en sortirait anéantie."
Plusieurs fois pendant cet entretien de 40 minutes, l'idéologue russe proche de Poutine assure ne pas vouloir en arriver là, mais c'est pour mieux brandir la menace nucléaire.
Selon lui, si on venait à attenter à la vie du président Poutine, "on commencera[it] à attaquer l’Europe avec des armes conventionnelles, puis avec des vagues de missiles nucléaires" car "ces idiots ne comprennent rien d’autre que la souffrance physique."
Le ton et l'assurance sont volontairement glaçants: "L'usage de l'arme nucléaire est un double péché… Mais, s'il le faut, nous devrons éliminer la menace que fait planer l'Europe sur toute l'humanité."
La propagande vire à la guerre psychologique lorsqu'il affirme que Washington restera spectateur en cas de frappe nucléaire russe en Europe:
"Si nous frappons Poznań, il est clair que les Américains ne répondront jamais. Quant à mon choix personnel, ce serait la Grande-Bretagne ou l'Allemagne."
Une propagande russe calibrée sur la peur nucléaire
Sergueï Karaganov cherche ainsi à fissurer la garantie américaine, pilier central de la sécurité européenne.
"Nous devrons en revenir à l'option que j'ai évoquée à de nombreuses reprises : punir nos ennemis européens, en partant de l'idée que les États-Unis, du moins espérons-le, s'abstiendront de prendre part à une guerre nucléaire en Europe."
Karaganov fait bien attention à dissocier les États-Unis de l'Europe. Dans son récit, l'Amérique n'est pas fondamentalement hostile à la Russie; elle aurait été manipulée, entraînée dans les conflits européens.
Tucker Carlson, canal direct vers la galaxie MAGA
Ce n'est pas un hasard si Karaganov déroule ces messages dans le podcast de Tucker Carlson, souvent présenté comme une figure centrale de l'écosystème politique et médiatique trumpiste, un relais direct vers la galaxie MAGA et un personnage écouté dans l'entourage de Donald Trump. Les classements de podcasts le placent dans le haut du panier des émissions "news/commentary" aux États-Unis.
Autre signal: l'entretien est repris et mis en ligne sur le site International Affairs ,une revue géopolitique créée officiellement sous la houlette du ministère des Affaires étrangères russe, étroitement connectée aux cercles du pouvoir. Là encore, rien d'innocent: ce site fonctionne comme un espace de diffusion doctrinale, un laboratoire d'idées destiné autant à l'extérieur qu'au public russe.
Quelle valeur accorder à ces propos? Menace plausible ou propagande russe pour terroriser l'Europe? Le danger russe est en tout cas pris au sérieux côté occidental.
En décembre dernier, le discours très alarmiste du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui affirmait sans détour que "l’OTAN [était] la prochaine cible de la Russie" et que l’Europe est "déjà en danger" avait fait grand bruit. Il appelait même les pays d'Europe à se préparer à une guerre d’ampleur comparable à celle du XXᵉ siècle.
Pour étayer son avertissement, Mark Rutte décrit une Russie passée en économie de guerre: 40% de son budget consacré à la défense, 70% de ses machines-outils mobilisées pour l’armement, et une production massive de drones et de missiles.
En cas de victoire russe en Ukraine, l’Europe devrait selon lui faire face à une hausse durable des dépenses militaires, à des déploiements renforcés sur le flanc est et à de lourdes conséquences économiques. Le message est clair: au-delà du conflit ukrainien, c’est désormais la sécurité -et le coût- de toute l’Europe qui se joue.











