Le Coaching Agile doit se structurer pour bénéficier d’un cadre plus professionnel

Pouvez-vous rappeler en quoi consiste la culture Agile ?
L’Agilité a explosé en 2001, avec la diffusion du « Agile Manifesto », un Manifeste co-écrit par 17 personnalités du monde de l’IT pour revoir la culture du développement logiciel. Plusieurs objectifs ont été définis : y amener plus de clients first, développer des produits vraiment utiles pour les clients et les utilisateurs finaux, laisser place à plus de collaborations entre la partie métier et la partie informatique. Le développement Agile a connu trois phases. La première a été expérimentale, avec plusieurs pratiques, dont Scrum. Son but étant d’encourager les équipes à collaborer, à apprendre par l’expérience, à s’auto-organiser pour surpasser un problème, puis à réfléchir à leurs victoires et leurs défaites pour s’améliorer en continu. Est arrivée ensuite une phase d’adoption par les entreprises. Les équipes sont devenues multidisciplinaires, et il a fallu du temps pour que ces nouvelles pratiques soient acceptées par tous. Aujourd’hui, l’Agilité est entrée dans une phase d’accélération.
Comment cela se traduit-il actuellement ?
Elle se retrouve par exemple dans les ressources humaines, avec des changements de rôles et la création de nouveaux métiers, tels que Product Owner (le responsable produits), Product Manager ou encore Scrum Master (qui booste le travail d’une équipe avec la méthode Scrum). La partie formation a évolué, car les collaborateurs ont été formés à cette culture novatrice. Les couches managériales doivent aussi être accompagnées dans cette transformation. Par ailleurs, l’Agilité est passée d’une culture projet à une culture produit. Nous devons donc être en phase avec les nouveaux usages et les attentes de la société. L’Agilité est également entrée dans une ère plus sociétale, avec le développement personnel des collaborateurs, désormais partie prenante de l’organisation.
Quel est le rôle d’Agile4me ?
Agile4Me reste aux côtés des entreprises jusqu’à ce qu’elles soient totalement opérationnelles. Notre Coaching Agile les assiste dans la mise en œuvre de leur organisation. Cet accompagnement diffère de celui d’un coach professionnel, qui lui, gère le suivi individuel d’un manager ou d’une équipe. Nos accompagnements sont orientés produit, avec la formation et l’accompagnement des Product Owners, chargés de créer de nouveaux produits. Nous offrons aussi un accompagnement opérationnel des équipes de développement, avec des Scrum Masters, les coachs d’équipes.
Agile4Me possède également une activité de diffusion de l’Agilité et de ses pratiques. Nous avons créé la conférence « Agile en Seine » en 2016. Elle évite l’entre-soi, et donne la parole aux utilisateurs finaux, les sociétés en phase de transformation Agile. Elles y partagent leurs pratiques et les nouvelles initiatives Agiles qu’elles auraient pu intégrer au sein de leur organisation. Ces échanges offrent une vision concrète de ce qu’apporte l’Agilité à une entreprise : des atouts business, sociaux, et le respect de différents défis, qu’ils soient environnementaux, sociaux, ou axés sur l’adaptation aux changements et aux crises. L’année dernière, la 4e édition de notre conférence, digitale, a réuni 1 200 personnes.
Enfin, notre application Wiveez propose un accompagnement sur la mesure des performances Agiles et opérationnelles. Elle fournit des indicateurs de suivi, permettant aux équipes de mesurer la pertinence de leurs interventions, de vérifier que leur organisation est efficace, et qu’elle les aide à tenir leurs engagements en délais de livraison, coûts de développement et retours sur investissement.
Pouvez-vous décrire votre accompagnement des collaborateurs au sein d’une structure ?
Nous faisons d’abord le diagnostic d’une société, à savoir son environnement, la façon de travailler des équipes, et le contexte, qu’il soit culturel, politique, organisationnel ou encore technique. Nous identifions ainsi les axes d’amélioration. Nous déployons ensuite une roadmap, soit un plan d’accompagnement. Il décrit les rôles, les responsabilités, puis l’évolution et l’organisation des équipes projet vers des équipes produit. Cette roadmap définit les mesures d’amélioration du client sur sa transformation Agile. Elle varie d’ailleurs d’une entreprise à l’autre. Elle a pour objectifs de proposer plus rapidement des produits aux utilisateurs finaux, et à des coûts inférieurs. Elle aide aussi les équipes à être plus autonomes, tout en gagnant en responsabilité et en auto-organisation.
L’Agilité existe donc depuis 20 ans en France : quel bilan tirez-vous de son évolution ?
La majorité des entreprises a bien assimilé les objectifs/apports des valeurs et des pratiques Agiles. L’Agilité se déploie de plus en plus, de façon très différente selon les contextes d’entreprise. J’aime à penser que cela se fait toujours dans l’esprit d’origine du Manifeste Agile, qui est de réaliser des produits de qualité, tout en libérant la créativité, l’énergie et l’engagement des collaborateurs. L’Agilité fait partie d’un souhait de plus en plus fort des nouvelles générations, qui veulent trouver du sens dans ce qu’elles font et devenir actrices de la vie de leur organisation. Le terme « Agilité » est même entré dans le langage courant (publicité, marketing ou politique), mais souvent de façon galvaudée et sans réelle compréhension des valeurs portées.
Il y a aussi une explosion de l’offre et de la demande en formation Agile, souvent certifiante (théorique entre 2 et 4 jours, avec un examen et une certification non reconnue par l’État). Citons par exemple la formation au framework SAFe, pensé pour aider les grosses entreprises et les programmes complexes à se structurer. Une fois certifiée, la personne n’a pas d’expérience pratique, mais peut effectuer sa première transformation en entreprise. Souvent, seule compte la certification, au détriment de la compétence opérationnelle, d’une expertise dans l’accompagnement des entreprises, d’un leadership ou d’une culture forte dans l’Agilité. Cela peut avoir des conséquences néfastes sur la réussite d’un accompagnement ou d’une transformation. Voilà pourquoi selon moi, aujourd’hui, le Coaching Agile manque de cadre professionnel, et c’est dommage.
Quelles en sont les conséquences ?
Il y a parfois une défiance par rapport au coaching. Les personnes se présentant comme Coachs, mais dénuées d’expérience, peuvent être trop éloignées du monde de l’entreprise, ou trop dogmatiques. Or, d’après moi, le rôle de Coach Agile ne peut être attribué qu’en ayant une expérience, une connaissance assez forte du monde de l’entreprise et de ses objectifs, mais aussi une compréhension des problématiques des équipes, qu’elles soient opérationnelles, managériales ou sociétales. Ce métier doit donc se structurer et se professionnaliser, pour apporter une réelle plus-value aux organisations. Dans le cadre d’Agile4Me, nos consultants possèdent une expertise professionnelle, un vrai retour d’expérience et une vraie compétence sur leurs domaines d’intervention. Le Coach Agile doit développer un savoir-être (valeurs, relationnel) au service d’un savoir-faire (expertise, expérience).
La crise de la Covid a-t-elle eu un impact sur le déploiement de l’Agilité en entreprise ?
La Covid a chamboulé le métier de Coach Agile. On sentait déjà que le métier commençait à être en crise fin 2019. Il y a aussi de plus en plus d’internationalisations ! Les entreprises prennent ce sujet en main de façon plus importante, signe que le métier de Coach Agile doit être repensé. De plus, la Covid a accéléré la nécessité pour les Coachs Agiles de se remettre en question et de s’adapter à de nouveaux outils. Auparavant, on travaillait en groupe, en présentiel, puis on a dû se réorganiser et travailler avec des outils collaboratifs, tels que Teams et Slack. Le Coach a alors développé un nouveau mindset : générer de la collaboration à distance, et trouver de nouveaux moyens de mobiliser les équipes. C’est une force et une opportunité, signe que le Coaching Agile peut fonctionner quelle que soit la situation.
Ce contenu a été réalisé avec SCRIBEO. La rédaction de BFMBUSINESS n'a pas participé à la réalisation de ce contenu.











