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Livret A: le gouvernement pourrait (encore) baisser le taux du placement préféré des Français

BFM Business T. P. avec AFP avec AFP
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Avec le ralentissement de l'inflation, le gouvernement pourrait baisser une nouvelle fois le taux du Livret A. Le placement préféré des Français a déjà subi deux baisses en 2025, passant de 3% à 1,7%.

Le taux du Livret A pourrait poursuivre sa vertigineuse chute début 2026. Révisé deux fois par an, à la mi-janvier et la mi-juillet, il pourrait pâtir du ralentissement de l'inflation, mesurée à 0,9% sur un an en novembre.

Le taux est calculé en fonction de la hausse des prix des six derniers mois et d'un taux d'intérêt interbancaire dépendant de la politique monétaire européenne. Mi-janvier, dès que les chiffres définitifs de l'inflation pour décembre seront connus, le gouverneur de la Banque de France proposera au ministère de l'Economie un nouveau taux en se calant sur le résultat de la formule de calcul ou en y dérogeant.

Vers un taux autour de 1,5% ?

"Compte tenu des hypothèses d'inflation et de taux d'intérêt", le taux du Livret A "pourrait être ramené à 1,4/1,5%", a indiqué Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne, à une journaliste de l'AFP.

Le gouvernement garde le dernier mot et pourrait malgré tout ignorer ce calcul, surtout à l'approche des élections municipales, prévues en mars 2026. D'autant plus que le taux du placement préféré des Français a déjà largement été revu à la baisse en 2025. Encore à 3% début 2025, il a été ramené à 2,4% le 1er février, puis à 1,7% au 1er août.

Ces chutes successives ont convaincu les Français, pourtant prompts à l'épargne de retirer plus d'argent sur leurs Livrets A qu'ils n'en déposaient. Ce phénomène a connu un point d'orgue en octobre où cette décollecte a atteint 3,81 milliards d'euros.

Des dérogations habituelles

La baisse du taux reste incertaine et conditionnée à la volonté du gouvernement. La formule de calcul est loin d'être systématiquement appliquée et a fait l'objet de fréquentes dérogations ces dernières années.

Le gel du taux du Livret A à 3% sur 18 mois, du 1er août 2023 au 31 janvier 2025, devait par exemple bénéficier à l'épargnant, selon son instigateur, le ministre de l'Économie d'alors Bruno Le Maire. Or si la formule avait été strictement appliquée, le taux aurait été systématiquement supérieur, et même au-dessus de 4% au deuxième semestre 2023.

Cependant, aujourd'hui, "le gouvernement souhaite relancer la consommation", a continué M. Crevel.

"Tout porte à une nouvelle baisse, même si elle sera impopulaire, du taux du livret A, indique-t-il. Après, il y a des dérogations possibles. La proximité des élections municipales pourrait inciter le gouvernement à différer l'application."

Le ministre de l'Economie contre une réforme du Livret A

Dans un rapport présenté lundi, le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) a suggéré de nombreuses pistes pour réformer la fiscalité du patrimoine, et notamment de modifier les plafonds des livrets d'épargne réglementée (Livret A, livret d'Epargne Populaire-LEP...), en soumettant à l'impôt ce qui dépasserait du plafond. Cela permettrait, selon le CPO, d'inciter à réorienter l'épargne populaire vers des investissements qu'il juge plus efficaces pour l'économie.

Le ministre de l'Economie et des Finances Roland Lescure a réagi en assurant que le gouvernement "n'envisageait absolument pas de toucher au fonctionnement du Livret A: ni à travers une réduction de son plafond, ni par une fiscalisation, y compris partielle", dans un message posté sur le réseau social Bluesky. Ces recommandations "n'engagent que la Cour des comptes et ne constituent en aucun cas la position du gouvernement", a-t-il assuré.

Pour lui, le Livret A est "un produit d'épargne populaire essentiel, qui joue un rôle déterminant dans le financement du logement social et du renouvellement urbain", et "il constitue un outil central pour soutenir les ménages qui en ont le plus besoin".