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Le premier lancement d'Ariane 6 pourrait être repoussé à 2022

BFM Business Pascal Samama , Journaliste BFM Éco
Le lancement d'Ariane 6 pourrait être reporté à 2022

Le lancement d'Ariane 6 pourrait être reporté à 2022 - ESA

Le calendrier de développement d’Ariane 6 pourrait connaître un décalage de dix-huit mois par rapport aux objectifs initiaux fixés en 2017. En cause, la crise sanitaire.

Les conséquences de la crise sanitaire se répercutent jusque dans l'espace. Selon le magazine spécialisé Aerospatium, le Conseil des États membres de l’Agence spatiale européenne (ESA) pourrait annoncer le 28 octobre le report du lancement d'Ariane 6 à 2022, soit un retard de dix-huit mois par rapport aux objectifs initiaux fixés en 2017.

Cette date n'est pas choisie au hasard. Un algorithme programme les lancements en fonction de nombreux critères parmi lesquels les conditions météorologiques en altitude et des impératifs de mécaniques spatiales. Le lancement de Vega a été repoussé de nombreuses fois pour ces raisons.

"Les dates sont choisies de manière scientifique pour optimiser le trajet et utiliser le moins de carburant", a expliqué le Cnes à BFM Business. Par exemple, pour lancer une fusée à destination de la planète Mars, il n'y aurait qu'une possibilité tous les deux ou trois ans.

Le report du lancement d'Ariane 6 serait directement causé par la crise sanitaire. En juillet, ArianeEspace et l'ESA avaient déjà annoncé un report pour 2021 en raison de l'arrêt des activités spatiales pendant le confinement.

Cette rupture aurait repoussé les tests du moteur à propulsion solide P120C qui étaient prévu au printemps 2020. Ce propulseur est le plus gros modèle à poudre monolithique en fibre de carbone au monde. Entre les mois de mars et mai, toutes les opérations à Kourou ont été suspendus provoquant des décalages en cascade des étapes.

Debut octobre, Arianespace néanmoins annonçait que le troisième et dernier test de mise à feu du moteur a été mené avec succès au centre spatial guyanais

Bras de fer avec SpaceX

Egalement touchés, les sites d'assemblages, aux Mureaux (Yvelines) en France et à Brême en Allemagne, des étages d'Ariane 6 qui n'ont repris qu'en juillet. Ils doivent être convoyés jusqu'en Guyane par bateau pour être assemblés puis installés sur le pas de tir.

"Le Covid-19 a impacté l’ensemble du programme de développement de façon très significative. Nous cherchons toujours à retrouver le niveau d’activité d’avant la crise tout en continuant à protéger nos personnels", avait expliqué en juillet dernier André-Hubert Roussel, président d’ArianeGroup.

La nouvelle ne peut que ravir SpaceX qui attaque frontalement Arianespace avec ses lanceurs réutilisables. En plus de ses talents technologiques, la société d'Elon Musk bénéficient d'une redoutable capacité financière.

Lors d'un entretien à Capital en janvier dernier, Stéphane Israël, patron d'Arianespace, pointait la puissance financière de SpaceX. Il pointait le "très fort soutien de l'Etat américain" en plus de sa capacité à lever des capitaux.

"Je ne parle donc ni de concurrence déloyale ni de dumping, mais de la façon dont le marché s’est structuré. Notre principal compétiteur, SpaceX, vend deux fois plus cher ses lanceurs aux institutions américaines qu'il ne les vend à l’export. C’est un fait", notait Stéphane Israël.

Enfin, Ariane 6 doit effectuer des missions lunaires avant 2025. Le retard du premier lancement va-t-il se répercuter sur ce projet? Réponse le 28 octobre.