Les acteurs économiques d'Île-de-France s'inquiètent d'un possible durcissement des mesures restrictives

L'Île-de-France, bientôt reconfinée le week-end ou même toute la semaine? Le gouvernement annoncera ce jeudi à 18h les nouvelles mesures restrictives qui concerneront les 12 millions d'habitants de la région – de même pour ceux de Hauts-de-France – particulièrement touchée par la troisième vague de la pandémie. "Un confinement, ce serait revenir un an en arrière, et ce serait un constat d'échec", s'inquiète Didier Kling, président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) Paris Ile-de-France, invité sur le plateau de Good Morning Business.
Plutôt qu'un nouveau confinement pour l'agglomération parisienne, Didier Kling plaide pour "des mesures plus ciblées, plus qualitatives que quantitatives". "Ça pourrait être, par exemple, de pouvoir sortir le week-end mais pas trop longtemps (…), ne pas aller trop loin", tout en laissant ouverts les commerces, avance-t-il. En raison du couvre-feu, "on n'a pas le temps de faire les courses en semaine. Le week-end, c'est 30% de l'activité pour les commerçants (…). On ne va pas acheter autant que d'habitude, mais en tout cas ce serait préserver à la fois de la vie économique et de la vie sociale".
30% du PIB français
"On peut trouver des solutions qui soient plus subtiles, plus intéressantes, plus habiles qu'une fermeture brutale qui serait néfaste" pour l'économie francilienne, dont l'activité avait chuté de 12% lors du confinement de novembre. La région est par ailleurs particulièrement fragilisée, car plusieurs de ses secteurs-clefs sont à l'arrêt, comme le tourisme, l'aéronautique ou l'évènementiel. "On pourrait reprendre certaines activités, mais avec des limitations, avec des jauges plus sévères. On pourrait avoir non pas un système de fermeture, mais un système d'ouverture graduée", propose Didier Kling.
L'enjeu est aussi national: l'Ile-de-France représente 30% du PIB français. "Ce n'est pas une région comme les autres (…). C'est 1,2 million d'entreprises, c'est 6,5 million d'emplois salariés et non-salariés (…), c'est 250.000 artisans et 250.000 professions libérales. Lorsque l'on ferme Paris, c'est 43.000 boutiques qui sont fermées", a confirmé Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME Paris Île-de-France, invité ce jeudi midi de 60 Minutes Business. "Le couvre-feu a déjà montré qu'il y avait des dégâts, 20 à 30% du chiffre d'affaires perdu par jour pour les commerces", a-t-il ajouté.
"Nos concurrents n'ont pas attendu"
Pour le représentant des petites et moyennes entreprises franciliennes, "tous les acteurs économiques sont soucieux de la réalité" sanitaire, mais "on voit bien aussi que nos entreprises ont fait le maximum avec le gel, avec le télétravail, avec les écrans de protection", a-t-il assuré, estimant néanmoins que l'on peut encore pousser le curseur du télétravail, aujourd'hui à 51% en moyenne en Île-de-France. "Mais pour cela il faut renforcer les aides au numérique, et aujourd'hui elles ne sont pas à la hauteur de l'enjeu", a-t-il déploré.
D'autant que l'Île-de-France est la région ayant vacciné la plus faible part de sa population. Or, grâce à la vaccination, "l'économie est repartie aux Etats-Unis, à des taux très forts, elle est repartie dans le sud-est asiatique, la Chine est le seul pays qui n'ait pas connu de décroissance, il ne faudrait pas que l'Europe soit déclassée", souligne-t-il. "Quand je regarde des secteurs comme le tourisme ou l'évènementiel, j'ai peur car nos concurrents, eux, n'ont pas attendu".
Faisant planer le risque d'un décrochage de l'Île-de-France par rapport aux autres mégapoles européennes: la région a perdu l'année passée près de 100.000 emplois dans le secteur privé comparativement à 2019. "Notre vrai souci aujourd'hui c'est de pouvoir reprendre très rapidement parce que nous avons des concurrents européens", citant notamment Francfort ou Milan dans l'évènementiel.











