BFM Business

Une première depuis 40 ans: Trump serait sur le point de relancer les forages pétroliers en Californie, un Etat qui s'y oppose farouchement

BFM Business Frédéric Bianchi , Journaliste BFM Éco
L'élue américaine Lauren Boebert arbore un châle en soutien à la poursuite des forages pétroliers aux Etats-Unis, au Congrès américian, le 1er mars 2022.

L'élue américaine Lauren Boebert arbore un châle en soutien à la poursuite des forages pétroliers aux Etats-Unis, au Congrès américian, le 1er mars 2022. - JIM LO SCALZO © 2019 AFP

L’administration Trump prévoit de relancer les forages pétroliers et gaziers au large de la Californie et dans le golfe du Mexique, suscitant une vive opposition politique et environnementale, notamment de la part du gouverneur Gavin Newsom et d’élus locaux.

L’administration Trump prévoit de relancer les forages pétroliers et gaziers au large des côtes californiennes, ce qui serait une première depuis près de quarante ans, selon la presse américaine.

Cette décision, n'est pas encore officielle mais est attendue dans les prochains jours selon plusieurs sources du New York Times notamment. Elle surtout marque un tournant majeur dans la politique énergétique américaine. Et elle promet un sacré bras de fer entre le président américain Donald Trump et un de ses plus virulents opposant, le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom qui est un fervent défenseur des politiques climatiques.

Ce dernier est d'ailleurs actuellement au Brésil pour le sommet des Nations Unies sur le climat pour mettre en avant sa position diamétralement opposée à celle du président, qui rejette les efforts de lutte contre le réchauffement climatique.

En juin dernier, Newson avait tenu tête de façon virulente au président Donald Trump, qui le mettait au défi lors des émeutes en Californie. "Tu veux m'arrêter? Finissons-en. Arrête-moi !", avait-il rétorqué au président américain. Quelques jours plus tôt, un journaliste avait demandé au président américain s’il pourrait aller jusqu’à arrêter Newsom, le président avait répondu "oui", ce serait "super".

Le ministère de l’Intérieur, chargé de ce plan de nouveaux forages, prévoirait également d’ouvrir de nouveaux baux pétroliers sur la côte est cette fois, dans le golfe du Mexique, une zone sensible surnommée par Donald Trump le "golfe d’Amérique".

Plus de nouvelle exploitation depuis les années 80

Cette initiative risque cette fois de susciter l'opposition de nombreux élus, y compris du côté des Républicains, le parti présidentiel, notamment en Floride, où le souvenir de la marée noire de Deepwater Horizon en 2010 reste vivace.

L’idée d’étendre les forages à d’autres zones, comme celles situées au large du comté de Santa Barbara, en Californie, est également envisagée, selon plusieurs sources citées par le journal américain.

Les forages sont limités dans l'Etat de Californie et aucun nouveau bail n’a été accordé depuis le milieu des années 1980. Aujourd’hui, seule la société texane Sable Offshore exploite partiellement des plateformes au large de Santa Barbara. Mais l’entreprise fait face à des poursuites du procureur général de Californie pour pollution illégale, tandis que le gouverneur Newsom continue de s’opposer fermement à tout développement fossile supplémentaire.

Les Californiens vivent notamment avec le souvenir douloureux d'une marée noire de 1969 à Santa Barbara, qui avait provoqué un choc national et encouragé l'émergence du mouvement écologiste américain. La Californie a pratiquement banni toute exploitation pétrolière dans ses eaux côtières.

Quand la Californie était "l'Oildorado"

L’administration californienne estime que de nouveaux forages mettraient en péril la sécurité des communautés côtières et nuiraient à l’économie locale, fortement dépendante du tourisme et de la pêche. Malgré ces inquiétudes, plusieurs analystes du secteur estiment que l’intérêt industriel pour la Californie restera limité. Les compagnies pétrolières préférant le golfe du Mexique, où les infrastructures sont déjà nombreuses et où la production reste très rentable, contrairement à la côte ouest.

Ce plan s’inscrit dans la continuité de la politique énergétique de Donald Trump, favorable à l’exploitation des combustibles fossiles. Sa réforme fiscale et budgétaire adoptée en juillet a d’ailleurs imposé au gouvernement d’organiser au moins des dizaines de ventes de concessions pétrolières et gazières dans les eaux fédérales. Cela tranche radicalement avec l’approche de l’administration Biden, qui avait restreint les nouvelles concessions offshore, invoquant la nécessité d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables face au changement climatique.

La proposition de Trump pourrait mettre un an ou plus à être finalisée, laissant le temps à de nombreux groupes environnementaux de la contester devant les tribunaux.

La Californie était à l'origine l'épicentre de l'exploitation pétrolière aux Etats-Unis qui a progressivement glissé vers les Texas au cours du XXème siècle. Dans l'ancien "Oildorado" californien, certains rêvent d'ailleurs d'une renaissance de cet exploitation pétrolière. La ville de Taft, bourgade de 7.000 habitants, épicentre de la ruée vers l'or noir en Californie, appelle de ses voeux ce réveil de l'industrie pétrolière, à rebours des objectifs climatiques de la Californie, qui prévoit d'abandonner les forages d'ici 2045. Aujourd'hui encore, cette capitale de l'or noir reste entourée de milliers de pompes à pétrole dans le comté de Kern, région rurale qui fournit 70% du pétrole produit en Californie.