Japon: vers un OTAN asiatique?

C’était annoncé avant même sa prise de fonction. Shigeru Ishiba a pris la décision de dissoudre la chambre basse du Parlement. Pour le nouveau premier ministre, les élections législatives du 27 octobre seront l’occasion de "créer un nouveau Japon". L’homme de 67 ans vient tout juste de prendre ses fonctions après avoir pris la tête du le Parti libéral démocrate le mois dernier. Le parti conservateur dirige le pays quasiment sans interruption depuis sa création en 1955.
La défense comme priorité
Shigeru Ishiba est un vétéran de la politique nippone. Député depuis 1986, il a aussi été ministre de l’Agriculture et de la Défense. Rompu aux affaires militaires, il a servi dans les rangs de l’armée japonaise. Il estime que la sécurité du Japon n'a jamais été aussi menacée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au moment où les tensions sont exacerbées avec le voisin chinois - avec une multiplication des incidents militaires - Shigeru Ishiba promet de renforcer la sécurité nationale. Il ne se prive pas de parallèles entre Pékin et Moscou :
"L'invasion de l'Ukraine par la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, est toujours en cours et les flammes de la guerre persistent. Nombreux sont ceux qui craignent que l'Ukraine d'aujourd'hui ne soit l'Asie de l'Est de demain."
Pour le premier ministre japonais, la menace que Moscou fait peser sur l’Ukraine est similaire à celle que la Chine fait peser sur Taïwan. Durant la campagne, il a appelé à la création d’une "version asiatique de l’OTAN" pour "assurer la dissuasion face à l’alliance nucléaire de la Chine, de la Russie et de la Corée du Nord".
L’idée ne plaît pas vraiment à Pékin. Juste après l’élection de Shigeru Ishiba à la tête du PLD, la Chine a enjoint Tokyo à conduire "une politique positive et rationnelle". Et puis, il y a aussi l’imprévisibilité de Pyongyang qui inquiète. La Corée du Nord a effectué de nouveaux tirs de missiles balistiques le mois dernier et le régime ne cesse de renforcer ses liens militaires avec Moscou.
Rééquilibrer la coopération avec les Etats-Unis
Même si Shigeru Ishiba se présente comme un pro-américain et tient à la relation entre les deux pays, il y a des choses qui l’irritent. Comme le fait que le Japon assume 75% des coûts de fonctionnement des bases américaines. L’archipel accueille plus de 50.000 soldats américains sur son territoire. Le chef du gouvernement japonais a émis un certain nombre d'idées pour rééquilibrer l'alliance. Comme stationner des troupes japonaises en permanence sur le sol américain, peut-être sur l'île de Guam dans le Pacifique. Il refuse catégoriquement la limitation de l'accès des forces japonaises aux bases et aux équipements de l’allié.
"Je ne pense pas que le Japon soit encore une nation véritablement indépendante", a-t-il écrit dans son livre publié en août dernier.
Dans une interview accordée en 2018 au Wall Street Journal, il avait même déclaré que le Japon serait ignoré s'il se contentait de promettre une fidélité totale à Washington : "Vous n'avez pas besoin de jouer au golf avec Trump. Il est important de leur faire penser que le Japon est redoutable et que nous avons des cartes à jouer pour conclure un accord". Reste à voir quelle sera sa méthode avec le ou la prochaine dirigeante américaine.












