La honte de prendre l'avion n'est qu'un mirage: avec 183 millions de passagers en 2025, le trafic aérien bat son record historique en France (et ce malgré les taxes)

Si l'avion est régulièrement montré du doigt pour son impact dans les émissions de CO2, dans la pratique, son usage ne cesse de progresser d'année en année, dans le monde en général et en France en particulier.
Alors que la période covid avait été celle des remises en question et de l'émergence du sentiment de honte de prendre l'avion ("flyshaming"), les derniers chiffres de la Dgac (l'aviation civile) démontre une fois encore qu'il s'agit d'un mirage.
Le régulateur dit avoir décompté 183 millions de voyages aériens individuels au départ ou à l'arrivée du territoire français sur des vols commerciaux, une hausse de 2,8% sur un an, permettant de battre de 1,9% le record de 2019.
"Il franchit pour la première fois de son histoire, le seuil annuel des 180 millions de voyageurs", souligne la Dgac.
Le renchérissement des prix des billets à travers la hausse de la taxe TBSA payée sur chaque billet ne semble donc pas avoir freiné cette tendance.
Le trafic international, qui a représenté 85% du volume de passagers l'année dernière, a été 7,3% plus élevé que six ans plus tôt et de +3,6% sur un an. En revanche, le nombre de voyageurs sur les lignes intérieures s'est encore contracté, de 1,5% entre 2024 et 2025 et a été inférieur de 20,9% à son niveau de 2019, selon la même source.
Paradoxe
Ces liaisons sont notamment fortement concurrencées par les TGV (Inoui et Ouigo), d'autant plus qu'un décret de 2023 interdit les vols intérieurs lorsqu'un trajet en train de moins de 2h30 est possible, une disposition emblématique de loi climat 2021 même si la portée de ce texte est réduite par de nombreuses exceptions. On peut également évoquer l'essor des visioconférences dans les entreprises qui limitent les déplacements intérieurs.
Toujours est-il que ces chiffres démontrent tout le paradoxe des Français vis-à-vis de l'avion et notamment des plus jeunes. Selon une étude de 2023, 12% des Français qui ont déjà pris l’avion dans leur vie déclarent ressentir de la honte lorsqu’ils utilisent ce moyen de transport. Mais dans les faits, les moins de 35 ans sont de plus en plus nombreux à utiliser ce mode de déplacement. Ils représentent désormais 46% des passagers, soit 8 points de plus entre 2016 et 2024, selon des chiffres diffusés par la filière. La progression est flagrante chez les 15-24 ans qui représentaient en 2024 pas moins de 19% des passagers contre 13% en 2016.
"La légère hausse de la fiscalité n'aura rien changé"
"Là où ils représentent un quart de la population française, les moins de 35 ans représentent près de la moitié du trafic", résume l'étude.
Ce paradoxe s'explique néanmoins par la démocratisation des voyages lointains. Ainsi, l'an passé, les routes à la santé la plus éclatante depuis le Covid sont celles de et vers l'Afrique (+31,8% en six ans), l'Union européenne (+6,4%) et l'Amérique (+6,1%).
"La légère hausse de la fiscalité aérienne en mars 2025 n'aura rien changé: le trafic continue d'augmenter sur les liaisons internationales qui sont les plus polluantes. Si l'on veut inverser la tendance, il est temps de mettre fin aux niches fiscales (pas de taxe kérosène, TVA à 0% sur les vols internationaux) et de stopper les projets d'extension d'aéroport, comme à Roissy, Nice ou Beauvais", commente Alexis Chailloux, responsable aérien et ferroviare pour Réseau Action Climat.











