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Les pressions de Donald Trump portent leurs fruits: les exportations de pétrole russe vers l'Inde chutent à leur plus bas niveau depuis 3 ans

BFM Business Pierre Lann
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Les volumes de pétrole brut russe livrés à l'Inde devraient atteindre leur point le plus bas depuis novembre 2022, après que les États-Unis aient renforcé leur pression. Pour autant, New Delhi est très loin de se passer complètement des hydrocarbures de Vladimir Poutine.

L'Inde achète de moins en moins de pétrole russe. En décembre, les livraisons devraient atteindre leur niveau le plus bas depuis novembre 2022, à 1,1 million de barils par jour, selon les analyses du cabinet spécialisé Kpler, cité par Bloomberg. Ce niveau est toutefois supérieur aux prévisions avancées par les autorités indiennes début décembre. Depuis plusieurs mois, New Delhi subit la pression de Washington, qui lui reproche de financer l'effort de guerre russe en Ukraine en continuant à acheter à Moscou son pétrole brut à des prix particulièrement avantageux. De manière plus prosaïque, les États-Unis ont aussi intérêt à vendre leur pétrole à l'Inde, troisième consommateur de la planète, dont la soif de napthe croît de 4% par an.

Fin août, Donald Trump a donc serré la vis en imposant des droits de douane de 50% aux exportations indiennes. Le locataire de la Maison Blanche a depuis répété avoir obtenu la promesse de Narendra Modi de mettre un terme à ses importations de brut russe, qui représentent encore 36% du volume de pétrole raffiné en Inde. New Delhi ne l'a jamais confirmé, mais ses achats ont diminué, selon la plateforme d'informations commerciales Kpler, et plusieurs groupes indiens ont annoncé qu'ils renonçaient à se fournir auprès de Moscou. Dans ce contexte, la part de la Russie dans les importations de pétrole brut de l'Inde a légèrement diminué quand celle des États-Unis a bondi pour atteindre 10,7% en octobre 2025, contre 3% en 2024, selon des données de Kpler citées par la Fondation Carnegie, un cercle de réflexion américain.

Décrue relative

Il est toutefois trop tôt pour considérer que l'Inde s'apprête à se sevrer véritablement du pétrole russe, qui représente toujours plus d'un tiers de ses approvisionnements. Selon Bloomberg, la décrue observée ces dernières semaines est de plus largement imputable à la stratégie de Reliance, le plus grand raffineur privé du pays. Reliance a cessé de se fournir auprès des groupes énergétiques russes Rosneft et Lukoil, visés par les sanctions américaines. Fin octobre, Washington avait donné un mois aux entreprises indiennes pour arrêter leurs échanges avec ces dernières.

Mais Rosneft et Lukoil ne représentent que la moitié de la production de pétrole en Russie, observe la Fondation Carnegie dans une note. Reliance s'approvisionne désormais auprès d'autres fournisseurs, non sanctionnés, selon les informations de Bloomberg. Cela pourrait à nouveau faire grimper les volumes de pétrole russe importé par New Delhi. En novembre, l'Inde restait le deuxième plus gros acheteur de combustibles fossiles russes, important un total de 3,3 milliards d'euros d'hydrocarbures, selon le dernier rapport mensuel du Centre for research on energy and clean Air (CREA). Le pétrole brut représentait près de 80% de ces achats.

Exercice d'équilibriste

Soucieuse de conserver son client indien, la Russie propose son brut d'Oural à prix cassés. Lors d'une rencontre avec Narendra Modi début décembre, Vladimir Poutine a déclaré être prêt à assurer un "approvisionnement continu en carburant" et a promis d'importer davantage de produits indiens. L'Inde a accueilli cette proposition avec réserve, continuant de jouer les équilibristes entre la poursuite de ses objectifs économiques grâce au pétrole russe bon marché et la nécessité de fluidifier ses relations commerciales avec les États-Unis.

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De son côté, le Kremlin voit ses revenus énergétiques décroître, à 489 millions d'euros par jour en novembre, selon le CREA. Il s'agit du niveau le plus bas depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, et même depuis la crise de la pandémie de Covid-19, a indiqué l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans son dernier rapport mensuel. L'AIE notait notamment que ses exportations par voie maritime via la mer Noire ont chuté de 42%, atteignant 910.000 barils par jour, "pénalisées par les récentes attaques ukrainiennes visant des navires et installations de la flotte fantôme", utilisée pour contourner les sanctions internationales. Selon l'AIE, la Turquie et l’Inde apparaissaient comme "les deux principales destinations touchées par ce recul".