Elle l'accuse d'avoir "délibérément déséquilibré" les finances d'une aciérie géante: l'Italie réclame la somme colossale de 7 milliards d'euros à ArcelorMittal

L'aciérie Ilva de Taranto - Alfonso di Vicenzo
Les administrateurs italiens qui supervisent Ilva, la plus grande aciérie d'Europe, ont intenté un procès à son ancien propriétaire, ArcelorMittal, pour obtenir 7 milliards d'euros de dommages et intérêts, alors que l'usine lutte pour sa survie.
Dans un document transmis ce mois-ci au tribunal de Milan consulté par le Financial Times et l'AFP, Acciaierie d'Italia accuse le sidérurgiste d'avoir "délibérément déséquilibré" les finances de l'entreprise, en transférant systématiquement ses ressources vers la maison mère.
La plainte, signée par l'avocat Andrea Zoppini, s'appuie sur un audit judiciaire réalisé après la reprise du site par l'État italien, il y a près de deux ans.
"La faillite d'Acciaierie d'Italia (...) ne semble pas être le résultat d'erreurs de gestion isolées ou d'une détérioration soudaine de l'environnement industriel", peut-on lire dans la plainte.
"Des activités complexes" de contrôle ont plutôt révélé "une stratégie cohérente, délibérée et à long terme mise en oeuvre par ArcelorMittal [...] visant le transfert systématique et unilatéral de ressources vers la multinationale sidérurgique", ajoute-t-on de même source.
Selon les commissaires, il s'agissait d'un "plan prédateur complexe, mis en oeuvre de 2018 à 2024".
D'après le Financial Times, le document a été notifié à ArcelorMittal lundi mais le groupe luxembourgeois n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire. De même pour Acciaierie d'Italia et Me Andrea Zoppini, précise le journal financier britannique.
Le Financial Times ajoute que cette plainte devrait être l'une des plus importantes jamais entendues par un tribunal italien.
Ilva placé sous administration publique en février 2024
Pour rappel, le gouvernement de Giorgia Meloni a placé l'usine Ilva sous administration publique en février 2024 afin de protéger ses milliers d'employés après qu'elle a été déclarée en faillite par un tribunal de Milan.
Rome, qui détenait alors 38% des parts, avait accusé ArcelorMittal, qui détenait les 62% restants, de refuser d'injecter de nouveaux fonds.
L'aciérie Ilva, qui date des années 1960, est en proie à des batailles juridiques et politiques depuis 2012 en raison de ses émissions polluantes, et sa production est en baisse. ArcelorMittal l'a rachetée en 2017 pour 1,8 milliard d'euros, promettant d'investir 2,4 milliards d'euros et de préserver les emplois de l'usine, qui compte 8.100 salariés à Tarente.
Mais au moment où le gouvernement italien est intervenu, elle avait accumulé plus de trois milliards d'euros de dettes et était incapable de payer la plupart de ses fournisseurs ou ses factures d'électricité.












