Un projet "coûteux, dangereux et inutile": des députés belges étrillent l'achat supplémentaire d'avions de combat américains F-35 (mais leur demande a peu de chances d'aboutir)
Les trois premiers F-35 belges ont atterri sur la base de Florennes en octobre 2025. - Lockheed Martin
C'est une demande qui n'a quasiment aucune chance d'aboutir. Des élus belges ont déposé le 19 janvier une proposition de résolution "relative à l'annulation de l'achat prévu de 11 nouveaux avions de combat F-35". Ce texte, repéré par TF1, a été déposé par des députés du parti PTB (Parti du Travail de Belgique), il fustige les coûts du programme, les problèmes techniques de l'avion, ainsi que la dépendance à l'égard des États-Unis.
"Nous nous opposons à ce projet coûteux, dangereux et inutile", déclarent les députés. "Leur acquisition est totalement inutile pour la défense classique de notre espace aérien", peut-on lire plus loin dans le document.
Au sujet des coûts exorbitants, la proposition cite notamment l'exemple suisse, le pays helvète ayant vu sa facture gonfler mais se retrouvant tout de même dans l'obligation de poursuivre le processus d'acquisition.
Le prix des onze exemplaires supplémentaires est estimé à 1,67 milliard d'euros, "cette somme permettrait de construire 40 écoles primaires, de créer 10.000 places en crèche et de construire un nouvel hôpital moderne", fustigent les députés. Le coût global sur l'ensemble du cycle de vie (comprenant la maintenance, les pièces détachées, etc.) est estimé à 6 milliards d'euros, selon le texte.
Les députés craignent par ailleurs une dépendance accrue vis-à-vis des États-Unis, en raison des systèmes spécifiques de l'avion, ce qui pourrait poser des problèmes de souveraineté et de confidentialité des données. Les récentes déclarations de Donald Trump ajoutent à l'incertitude des députés quant à la possibilité de se voir privés de pouvoir mettre en œuvre les avions de combat si nécessaire.
L'enjeu est également d'ordre géopolitique, selon les députés, qui assimilent l'achat de F-35 supplémentaires à "une dépendance militaire poussée vis-à-vis des États-Unis. Commander des F-35 à Donald Trump, c'est livrer sa défense à Washington".
D'autres arguments des députés ont trait à des défaillances techniques, déjà largement documentées par l'équivalent de la Cour des comptes américaines (le Government of accountability office).
Un contrat de 34 + 11 avions
La Belgique a décidé d'acquérir une flotte de 34 avions de combat F-35 en octobre 2018, pour remplacer ses F-16 – suivant ainsi la même logique que les autres pays européens qui ont basculé du F-16 au F-35 (Danemark, Pays-Bas). Les trois premiers avions ont été livrés en octobre 2025. Une commande de 11 exemplaires supplémentaires a été annoncée à l'été 2025 par le Premier ministre Theo Francken, et c'est cette décision que contestent les députés.
Il est cependant peu probable que le gouvernement belge revienne sur sa décision, à la fois parce que les processus d'achat d'armement sont codifiés, mais aussi parce qu'il paraît peu pragmatique de "panacher" une flotte avec deux avions différents, pour des raisons de cohérence, de formation des équipages et de maintenance.
Si l'Espagne est revenue sur sa décision l'été dernier (pour remplacer les AV-8B Harrier de la marine), ce n'était pas une rupture de contrat, car le gouvernement n'avait pas officiellement pris de décision, mais émis une "demande d'information" (request for information).
C'est également le cas pour le Portugal, qui a annoncé en mars 2025 ne plus considérer le F-35 comme option pour remplacer ses F-16, le gouvernement étant encore en phase de prospection concernant les différentes options disponibles sur le marché.












