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La santé mentale est devenue la priorité des salariés: 35% sont même prêts à démissionner pour la préserver (ce qui pourrait coûter cher aux entreprises)

BFM Business Frédéric Bianchi et Marine Cardot
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Selon le baromètre Teale, les salariés prennent soin de leur santé mentale à leur échelle personnelle, mais l'organisation du travail ne s'adapte pas encore suffisamment. Une discordance qui peut engendrer une forme de déception, selon l'organisme qui appelle les entreprises à prendre le sujet à bras le corps au risque de voir partir leurs effectifs.

La santé mentale des salariés reste un sujet brûlant dans les entreprises françaises. Et plus que jamais, la préserver devient une priorité pour les salariés, quitte à démissionner. C'est l'enseignement de la troisième édition du baromètre Teale, une plateforme de prévention en santé mentale, réalisé auprès de 10.000 collaborateurs de plus de 100 entreprises et publié ce mardi 13 janvier. L'étude met en avant un phénomène assez paradoxal: la santé mentale s'améliore globalement, mais 35% des salariés ont envisagé de quitter leur entreprise afin de la préserver (contre 30% en 2023 et 34% en 2024).

Ainsi, en trois ans, le score de la santé mentale moyenne des salariés a légèrement progressé, passant de 48 sur 100 en 2023 à 51 sur 100 en 2025, juste au-dessus du seuil d’alerte de l’OMS qui est à 50. Le WHO-5, ou World Health Organization Well-Being Index, est un outil standardisé développé par l’Organisation mondiale de la Santé pour mesurer le bien-être mental. C’est un questionnaire très simple mais validé scientifiquement, utilisé dans le monde entier, notamment en entreprises et en santé publique. Un indice inférieur à 50 signifie un bien-être faible et un possible risque de troubles dépressifs. Aux alentours de 50, le bien-être est satisfaisant et à partir de 70, il est élevé.

Une performance qui tient… mais un lien qui s’érode

Dans ce contexte de léger mieux, comment expliquer que plus d'un quart des salariés se disent prêts à démissionner? Si la prise de conscience progresse, l’expérience réelle au travail peine à suivre. L’étude révèle une dynamique de décalage entre les actions individuelles et collectives: la santé mentale des salariés s'améliore parce qu'ils agissent à leur échelle personnelle, pas parce que l'organisation du travail s'adapte. "Les salariés apprennent à réguler, à mieux gérer leur stress, à mieux protéger leur équilibre", rapporte l'étude.

"Les normes de self-care sont intégrées… mais la transformation du travail réel reste incomplète. Une discordance qui peut engendrer une forme de déception."

Selon les salariés, le cadre de travail ne s'est pas assez transformé pour les soutenir: les signaux de reconnaissance, de sens et de conditions de travail n’évoluent pas assez vite. Les salariés estiment qu'ils continuent à être productifs, mais que la reconnaissance perçue recule (-3 points). Les salariés tiennent, mais s’attachent moins. Par ailleurs, le stress "acceptable" au travail décroche: près de 4 salariés sur 10 ne le jugent plus gérable.

Une autonomie psychique inégale et une organisation en retard

"2025 a libéré la parole mais nos chiffres disent autre chose: les salariés s’outillent pour tenir, tandis que l’organisation du travail progresse trop lentement pour protéger durablement", alerte Nicolas Merlaud, cofondateur de Teale.

"En 2026, soit on passe d’un grand slogan à une grande politique - avec des indicateurs et des arbitrages - soit la distance deviendra départ."

D'ailleurs tout le monde n'est pas à égalité et n'a pas les même moyens pour se protéger. L'autonomie psychique des salariés est devenue la norme, mais toutes les populations n’ont pas les mêmes ressources pour la soutenir. Les femmes et les salariés non-managers apparaissent particulièrement exposés, subissant une baisse de reconnaissance et un recul des relations positives.

Le manager, bien qu’apprécié par 81% des salariés, ne peut compenser les manquements organisationnels. Il devient un "tampon émotionnel" entre collaborateurs et entreprise, sans marge réelle d’action sur la charge ou les priorités. "Le manager ne peut pas être le service après-vente d’une organisation sous tension. On doit lui donner des leviers d’action et remonter la santé mentale au niveau des décisions", estime Nicolas Merlaud.

Le coût de l'inaction pour les entreprises

Déterminant direct de performance, les conséquences de la mauvaise santé mentale des équipes peuvent être catastrophiques pour l'employeur. Teale assure que les entreprises qu'elle accompagne observent une baisse de 14% du risque d’absentéisme et de 21% du risque de turnover liés à la santé mentale, ainsi qu’à une hausse de 8% de productivité. Selon la plateforme, pour 1 euro investi dans la santé mentale des salariés, les entreprises évitent un coût de 4,4 euros.

Alors que la santé mentale a été reconduite en Grande Cause nationale, 2026 apparaît comme une année charnière. Les experts de teale appellent à un pilotage data-driven de la santé mentale, combinant:

• Actions psychologiques: régulation, accompagnement individuel, développement des compétences émotionnelles.

• Mesures organisationnelles: ajustement de la charge, clarification des priorités, soutien managérial renforcé, plages de non-sollicitation.

• Actions différenciées selon les populations et risques: métiers exposés, équipes support sursollicitées, fonctions à forte charge émotionnelle.

Le baromètre 2025 est un signal d’alerte pour les dirigeants: la santé mentale n’est plus seulement un enjeu individuel ou de communication, mais un levier stratégique de performance et de fidélisation. Si rien ne change, la distance silencieuse entre salariés et entreprise pourrait se traduire en départs massifs… et en coûts significatifs.