Les Français sont dans le peloton de tête mondial des populations qui utilisent le plus ChatGPT et consorts: pourquoi la France surpasse largement les Etats-Unis, l'Allemagne, la Corée ou encore le Royaume-Uni dans ce classement
Image d'illustration - Matheus Bertelli - Pexels
La France fait partie du haut du tableau et surclasse même les Etats-Unis, le Royaume-Uni, ou encore le Canada et l'Allemagne... Non, on ne parle pas de gastronomie, mais bien d'intelligence artificielle générative, soit ChatGPT et ses concurrents comme Mistral.AI. Plus précisément, l'Hexagone se classe 5ème pays dont la population a le plus largement adopté l'intelligence artificielle, selon une étude publiée par Microsoft.
Le classement est dominé par les Émirats arabes unis avec 64% de la population en âge de travailler utilisant l'IA fin 2025, suivi par Singapour qui présente un taux d'adoption de 61%, puis de la Norvège (46%), l'Irlande (45%) et enfin la France avec 44% de la population qui utilise des outils d'intelligence artificielle générative.
Surtout la croissance d'adoption française est une des plus spectaculaires. Ce taux d'adoption a progressé de 3,1% sur l'année 2025, soit une des croissances la plus forte des 30 pays analysés par Microsoft. En Allemagne et aux Etats-Unis c'est seulement 2% à titre de comparaison.
"Les pays ayant investi tôt dans les infrastructures numériques, la formation à l'IA et son adoption par les pouvoirs publics conservent leur position de leader", explique l'étude Microsoft.
La France en fait partie... contrairement à l'Allemagne, qui se classe à la 21ème position. Notre voisin est très en retard sur la digitalisation, à la fois dans les entreprises et dans les administrations publiques, ce qui se reflète chez les citoyens.
Les Etats-Unis à la traîne
Plus surprenant, les Etats-Unis ne pointent qu'à la 24ème place, preuve que le leadership en matière d'innovation et d'infrastructures, bien qu'essentiel, ne suffit pas à lui seul à garantir une large adoption de l'IA. Bien que le pays soit en tête en termes de développement de modèles de pointe, seuls 28% de la population active utilise l'IA.
"Ils accusent un retard considérable par rapport aux économies plus petites, plus numérisées et davantage axées sur l'IA", note l'étude Microsoft.
La France est aussi devant l'Espagne (6ème place), les Pays-Bas (8ème place), le Royaume-Uni (9ème place), l'Australie (11ème place), la Belgique et le Canada (13 et 14ème) ou encore la Corée du Sud (18ème) et l'Italie (26ème). Ni la Chine (16% des habitants utilisent l'IA), ni l'Inde (15%) ne font partie du top 30 à cause de leur population très nombreuse.
Mais alors qu'est-ce qui explique cette acculturation facile des Français avec l'IA? Tout d'abord, la France fait partie du club très fermé des pays qui possèdent leur propre modèle d'intelligence artificielle générative performant (grâce à Mistral AI).
Le média britannique Tortoise classe même la France à la 5ème position dans son index global de l'IA, qui classe les pays non pas en fonction de l'adoption par la population, mais en fonction de leur niveau d'investissement, d'innovation et de mise en œuvre dans le domaine.
"La France a fait un bond spectaculaire dans le classement pour se hisser à la 5e place, grâce à l'émergence d'un solide écosystème d'IA générative dans le pays", note même le site d'information.
Les pouvoirs publics français se saisissent du sujet
Une des explications possibles à cette acculturation des Français à l'IA est sa popularité dans le cadre professionnel. 33% des entreprises de 250 salariés ou plus utilisent l’IA, selon les statistiques de l'Insee. Et même dans les petites boîtes, la machine est en route. Selon le Baromètre France Num 2025, le nombre de TPE PME qui ont indiqué avoir recours à des solutions d’intelligence artificielle a doublé en un an, et atteint 26%.
Il faut aussi souligner que malgré une adoption massive, les Français n'en restent pas moins méfiants face aux dérives de l'intelligence artificielle. Ainsi, dans l'Hexagone l'innovation et la régulation avancent de concert.
"La France combine deux forces rares: une base scientifique solide et une conscience éthique très développée", assure Luc Julia, co-créateur de Siri et figure de l’IA responsable, auprès du site Aivancity.
Ainsi, les autorités publiques, en faisant de la prévention pour une utilisation sécuriséee, sont vectrices de la diffusion. La Cnil, le ministère de l'Education nationale ou encore l’Agence nationale de la cohésion des territoires multiplient les actions d’acculturation : formations sur les biais, campagnes de sensibilisation et programmes d’inclusion numérique.
De même, en 2024, la France a introduit la notion d'IA dans le titre de la secrétaire d'État chargée du Numérique, Clara Chappaz, qui deviendra ensuite ministre l'Intelligence artificielle et du Numérique.
La France essaie aussi de pousser cet essor au niveau européen. Comme le souligne l'index de préparation des gouvernements à l'IA développé par l'université d'Oxford, la France a formé avec l'Allemagne et la Pologne une alliance politique afin de coordonner les efforts en matière d'investissement dans l'intelligence artificielle. Leur objectif est aussi de vlancer une collaboration européenne plus poussée et plus large dans ce domaine. Afin de soutenir l'innovation, l'UE a également investi 1,5 milliard d'euros afin de créer sept usines dédiées à l'intelligence artificielle en Europe.
Des quantités d'énergie astronomiques, mais pour quoi faire?
L'étude de Microsoft explique que "l'intelligence artificielle, en tant que technologie à usage général, repose sur trois piliers fondamentaux : l'électricité, la connectivité et la puissance de calcul". Ainsi elle rappelle que près de quatre milliards de personnes – soit la moitié de la population mondiale – n'ont toujours pas accès aux ressources de base nécessaires à l'utilisation de l'IA.
Les données révèlent un fossé grandissant: l'adoption dans les pays du Nord a progressé presque deux fois plus vite que dans les pays du Sud. De ce fait, 25% de la population en âge de travailler dans les pays du Nord utilise désormais ces outils, contre seulement 14% dans les pays du Sud.
Il faut aussi noter qu'une adoption aussi large de l'intelligence artificielle n'est pas sans conséquence, notamment sur l'environnement. Pour tourner, les systèmes d'IA ont en effet besoin de gigantesques datacenters, qui consomment une quantité astronomique d'électricité.
L’Agence internationale de l’Énergie (AIE) anticipe une multiplication par 10 de la consommation d’électricité du secteur de l’IA entre 2023 et 2026. Parallèlement, les émissions de gaz à effet de serre augmentent de manière significative, puisque certains acteurs clés du secteur signalent des hausses atteignant jusqu'à 48% depuis 2019 (Google), selon le ministère de la Transition écologique.
Au delà de la question de l'adoption, c'est celle des usages qu'il faudrait commencer à poser. Si 40% des Français utilisent l'intelligence artificielle pour générer leur personnage inspiré de l'esthétique du Studio Ghibli, moyennant plusieurs grammes de CO2 à chaque requête, il n'est pas certain que les promesses de bienfaits en termes de productivité ou d'innovation se fasse sentir de si tôt.











