Le groupe veut supprimer 2.400 postes: Capgemini lance un plan de départ sur la base du volontariat, mais des salariés accusent l'entreprise de pousser plus fortement certains vers la sortie

Capgemini a nettement accéléré au 2e trimestre - Capgemini
Capgemini veut supprimer 2.400 postes face au ralentissement de son activité en France. Mais pas de licenciements prévus, l'entreprise de conseil veut miser sur la manière douce avec des reclassements et des départs volontaires.
Capgemini indique qu'il proposera aux salariés concernés, sur la base du volontariat, une reconversion interne "vers des métiers d'avenir" au sein du groupe, qui se tourne de plus en vers l'IA et le cloud. L'entreprise de services numériques proposera également un dispositif de "rupture conventionnelle collective" à ceux qui préfèrent partir, là aussi sur la base du volontariat.
Sauf que, selon plusieurs témoignages, ce volontariat serait parfois tout relatif. Sous couvert d'anonymat, une salariée accuse ainsi sa hiérarchie de "pousser les gens vers la sortie" dans le contexte du plan de départs annoncé mardi.
"Actuellement, j'ai une situation familiale serrée et on m'envoie à 600 km de mon domicile pour une mission, histoire de me pousser à bout pour démissionner, j'ai des enfants en bas âge dépendants de moi", raconte-elle sur le forum Reddit.
"Ils ne rapportent rien à l'entreprise, qui se charge bien de leur faire savoir"
Une situation qui n'étonne pas Robert Amade, représentant syndical CGT à Capgemini Toulouse. "C'est déjà arrivé plusieurs fois, l'entreprise demande à un salarié d'aller faire une mission à Paris par exemple, et comme il y a une clause de mobilité dans notre contrat, si on refuse, c'est un motif de licenciement", explique-t-il. "Maintenant avec le plan de départ, cette clause est encore plus anxiogène pour les salariés."
Yacine Baghou, secrétaire général CGT chez Capgemini, a également été confronté à des cas similaires ces derniers mois. Il cite notamment l'histoire d'une salariée de Lyon, revenue de congé maternité depuis à peine quelques mois.
"Capgemini l'a envoyée en mission à Paris trois jours par semaine alors même qu'elle a un enfant en très bas âge, c'est allé jusqu'à l'arrêt maladie avant que l'entreprise n'accepte de la faire revenir", raconte-t-il à BFM Business.
S'il n'a pas reçu de témoignages similaires depuis l'annonce des suppressions de postes il y a deux jours, il ne doute pas de la poursuite de ces pratiques. "Le plan de départ sera-t-il vraiment basé sur le volontariat ou les salariés seront-ils poussés vers la sortie? Par le passé, on a constaté des pressions, je ne vois pas pourquoi demain ça changerait", réagit-il.
Un plan "exclusivement fondé sur le volontariat"
Contacté par BFM Business, Capgemini a répété que le "projet d'adaptation des compétences et des emplois" sera "exclusivement fondé sur le volontariat".
"Un travail fin d’analyse a été mené sur les métiers et expertises aujourd’hui demandés par nos clients, les métiers pour lesquels les besoins augmentent fortement et à contrario ceux sur lesquels nous voyons des baisses structurelles de besoins", explique l'entreprise.
"Les catégories professionnelles éligibles seront proposées aux organisations syndicales représentatives au titre la négociation."
Yacine Baghou s'inquiète particulièrement pour les salariés dit "en intermissions", c'est-à-dire qui ne sont actuellement, et parfois pendant plusieurs mois, sur aucune mission pour un client. "Pendant ce temps, ils ne rapportent rien à l'entreprise, qui se charge bien de leur faire savoir", assure Yacine Baghou.
"Ce seront les premiers ciblés par le plan de départs", affirme-t-il.
"Responsabilisation des salariés"
Lui même, concerné par cette situation pendant un an, témoigne d'une volonté de la part de l'entreprise de "rendre la position inconfortable".
"On était au 6ème étage avec une belle vue, ils nous ont déménagé au 2ème étage dans un bureau sombre orienté nord avec du vis-à-vis. On nous a aussi enlevé un jour de télétravail", se souvient-il.
Il dénonce aussi une "responsabilisation des salariés": "Ils faisaient comme si c'était de notre faute, que c'était à nous de trouver des missions alors qu'on n'est pas des commerciaux, ce n'est pas nous qui pouvons contacter les clients", raconte-t-il.
Il se souvient de salariés ayant "pété les plombs", jusqu'à crier dans le bureau de leur manager, suppliant qu'on leur donne une mission. Et de s'interroger: "Avec la rupture conventionnelle collective, certains vont partir, mais est-ce qu'ils auraient pris la même décision dans un environnement de travail sain?"
Interrogé sur ces accusations, Capgemini n'a pas ni nié ni confirmé les témoignages.











