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Des patrons de plus en plus stressés par les négociations avec les salariés

BFM Business Olivier Chicheportiche , Journaliste BFM Business
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Selon une étude, près d'un tiers des dirigeants interrogés redoute les moments de négociations face à des salariés en position de force.

Changement d'époque. Aujourd'hui, les salariés profitent d'un marché du travail très dynamique et d'une inflation galopante pour imposer leurs vues à leurs managers. Les demandes sont nombreuses: plus de télétravail, plus d'équilibre vie pro et perso et surtout, des augmentations conséquentes de salaires. Et la menace de démissionner fait souvent mouche.

Les patrons sont donc de plus en plus stressés par ces séquences de négociations avec les salariés. Séquences qui ont en plus tendance à se multiplier.

Selon une étude* OpinionWay pour The Trusted Agency, 30% des dirigeants interrogés disent redouter ce moment, un chiffre qui grimpe à 36% pour les patrons de plus de 50 ans.

La négociation serait même un moment qui génère un stress important chez 15% des dirigeants, qui appréhendent l’idée de faire face à des salariés agressifs. Les femmes seraient d’ailleurs deux fois plus stressées à cette idée que les hommes (19 contre 10%).

Demandes jugées excessives par un tiers des patrons

Il faut dire qu'avec un rapport de force inversé, la tension monte. 9% des dirigeants reconnaissent avoir vécu des conflits importants causés par des négociations qui s’étaient mal déroulées.

Surtout que 34% des patrons jugent les demandes de leurs salariés souvent excessives (36% pour les hommes et 32% pour les femmes). Là encore, la proportion de dirigeants de cette opinion va grandissante avec l’âge des répondants, allant de 17% pour les moins de 30 ans jusqu’à 40% pour les plus de 50 ans.

Les salariés, notamment les cadres, ne perdent en effet pas de vue leurs demandes de changements, et elles sont de plus en plus importantes.

D'autant plus que selon une étude de l'Ifop pour le cabinet de conseil en RH Arthur Hunt et l'agence Bona fidé, 58% des cadres dirigeants et des managers de haut niveau se disent "tentés" par le fait de démissionner. Ils sont 40% à déclarer être intéressés par l'entrepreneuriat ou une activité en freelance.

La généralisation d'une dose de télétravail est aujourd'hui un acquis dans de nombreuses organisations. Mais "on constate une demande assez forte sur une amélioration de la liberté d'organisation dans mon travail" expliquait il y a peu sur BFM Business, Benoît Serre, vice-président de l'association nationale des DRH (ANDRH).

"C'est assez troublant. Le modèle qu'on connaît depuis une centaine d'années, le 9h/18h, est en train de disparaître pour toute une partie de métiers", poursuit le responsable.

13% veulent éviter ces discussions

"On a un peu cette pression-là et une forme d'impatience des salariés de dire: avec tout ce qu'on a vécu, pourquoi vous ne transformez pas votre organisation? Nous on y est prêts", poursuit-il.

Cette aspiration s'observe également dans le dernier baromètre de Cadremploi réalisé par l'Ifop. 52% des cadres interrogés souhaitent l’adaptation des plages horaires.

Appréhension et stress entament d'ailleurs la confiance des managers selon l'étude. 24% disent même qu’ils ne se trouvent pas suffisamment bon pour mener à bien ces discussions. Et plus d’un répondant sur 10 (13%) irait même jusqu’à déléguer cette tâche à un subordonné pour l’éviter et 34% aimeraient être formés ou accompagnés dans cet exercice.

*: les interviews ont été réalisées du 15 septembre au 6 octobre 2022 auprès d’un échantillon de 440 dirigeants représentatif des entreprises comptant 20 salariés et plus