Alors que les députés dénaturent les projets de budget de l'État et de la Sécu, Sébastien Lecornu appelle à un "changement de méthode" et demande à ses ministres de réunir les représentants des groupes

Trop d'échecs? Le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé, ce vendredi 31 octobre, devant l'Assemblée nationale, à un "changement de méthode" pour l'adoption des budgets, face aux blocages sur la fiscalité des plus riches, en demandant à ses ministres de réunir les représentants des groupes pour arrêter "les grands principes de l'atterrissage sur des textes".
Jugeant que malgré son abandon de l'emploi de l'article 49.3 de la Constitution, "le changement culturel n'intervient pas aussi vite" qu'il ne l'avait "imaginé", le locataire de Matignon a annoncé demander "à l'ensemble des ministres concernés" de "bien vouloir réunir l'ensemble des personnes que chaque président de groupe va désigner pour essayer de se mettre d'accord sur les grands principes de l'atterrissage d'un texte pour la Sécu et pour le projet de loi de finances".
Les textes budgétaires détricotés
Il faut dire que depuis le début des examens des textes budgétaires en commission, le gouvernement n'en finit pas d'essuyer des revers. Le week-end dernier par exemple, les députés ont supprimé, en séance publique, le gel du barème d'imposition sur le revenu. Avant le passage du projet de loi de finances (PLF) dans l'hémicycle, la commission des Finances avait plaidé pour une réindexation partielle du barème en vue de protéger 200.000 ménages modestes qui auraient pu devenir imposables.
Ce vendredi, malgré l'adoption de la taxe sur les holdings, les députés Républicains sont parvenus à limiter sa portée.
Et plus globalement cette semaine, la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale a sensiblement détricoté le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026.
Les députés ont par exemple bloqué le gel du barème de la CSG sur les revenus de remplacement comme les pensions de retraite, d'invalidité et les allocations d'assurance chômage. Une mesure qui aurait coûté jusqu'à 1.020 euros par an à des couples modestes. La commission a également supprimé la surtaxe visant les mutuelles et assurances santé, qui devait s'élever à 1,1 milliard d'euros, dont 100 millions sont dédiés au financement de la suspension de la réforme des retraites.
Et c'est sans compter la surppression de l'article 8 du PLFSS, qui prévoyait une taxe de 8% sur les compléments de salaires comme les titres restaurants, chèques cadeaux et vacances, et une hausse de la contribution patronale sur les indemnités de rupture conventionnelle et mise en retraite.
La gauche appelle à "chercher des compromis"
Le patron des socialistes, Olivier Faure, a appelé Sébastien Lecornu et les formations du socle commun à continuer de "chercher le compromis" car à ce stade "il n'y a pas de possibilité de voter ce budget".
"Vous devez encore rechercher le compromis. Si vous ne le recherchez pas, alors à la fin de l'histoire, il n'y aura pas de budget et vous repartirez aux élections", a-t-il déclaré dans l'hémicycle, menaçant de voter contre le budget.
"Entendez-le, comprenez-le, parce que si vous pensez qu'à un moment nous pouvons accepter de voter un budget qui serait parfaitement régressif, alors vous vous trompez. Aucun d'entre nous, ici à gauche et chez les écologistes, n'a peur du scrutin. Et donc nous irons aux élections s'il le faut", a ajouté Olivier Faure.
La France insoumise (LFI) a annoncé quant à elle qu'elle ne participerait pas à la réunion entre ministres et groupes politiques à l'Assemblée nationale, décidée par le chef du gouvernement pour surmonter les blocages sur la fiscalité des plus riches.
"Les Insoumis ne participeront pas à la comédie du gouvernement Lecornu qui ne vise qu'une chose: contourner le Parlement et continuer les compromissions dans les réunions secrètes", a dit la cheffe des députés insoumis, Mathilde Panot, sur la plateforme X. "Le peuple de France n'attend plus rien de ce gouvernement si ce n'est son départ et celui d'Emmanuel Macron", a-t-elle ajouté.












