Le marché du bio est-il à bout de souffle?

La crise sanitaire avait aussi fait des heureux... Parmi eux, les producteurs de produits bio qui avaient tiré leur épingle du jeu avec une demande très forte des consommateurs. Farine, lait, œufs… tout l'attirail des gâteaux faits maison avait profité de cette engouement.
A peine un an plus tard, l'euphorie est clairement retombée, surtout pour les producteurs d'œufs et de lait, si bien que certains éleveurs réfléchissent désormais à repasser en conventionnel. Selon France Agrimer, les ventes des oeufs bio (catégorie 0) ont reculé de 3% en août par rapport à 2020 quand ceux de poules élevées au sol (catégorie 2) ont vu leurs ventes grimper de 13%. Et c'est même une constante depuis plusieurs mois.
En réalité, ce décalage est surtout un retour à la normale: les particuliers (premiers acheteurs de bio) ont baissé leur consommation tandis que les restaurants ont repris leurs achats d'œufs conventionnels. Il n'empêche, la croissance du bio n'est plus là, alors que les conversions se sont multipliées ces dernières années pour augmenter considérablement l'offre.
Le lait bio déborde
Les Français boudent-ils les œufs bio? L'inflation est passé par ici. Dans un contexte de dépenses contraintes toujours plus élevées, les achats des particuliers glissent vers des œufs plus abordables. D'autant que la production coûtera encore plus cher en 2022 avec la mise en application d'un nouveau cadre européen plus exigeant.
Le lait bio est aussi dans la tourmente. La production au premier semestre 2021 a augmenté de 11% par rapport à l'année précédente grâce à une météo favorable tandis que la filière a encore connu une hausse importante des conversions au bio. Et là encore, la surproduction guette compte tenu des difficultés à écouler les stocks.
Le prix au consommateur est là-aussi le frein à l'accroissement d'un marché à la folle croissance ces dernières années mais qui semble arriver à maturité ou, du moins, à un palier (environ 15% du marché). Si bien que le géant Lactalis a décidé de "faire une pause" dans le développement des nouvelles conversions au bio d'exploitations, selon les propos de son patron dans Les Echos. Mais la filière pourra tout de même compter sur la restauration collective publique, qui va augmenter la part du bio dès l'année prochaine.
Coup d'arrêt pour le bio
En réalité, avec l'inflation galopante et l'incertitude économique qui en découle, c'est tout le secteur du bio qui va passer au crash-test. D'autres produits, comme les pommes de terre, sont aussi concernés par un marché visiblement en saturation et, pour la première fois, les ventes en grandes surfaces du bio ont reculé cette année, selon les chiffre Iri pour LSA.
Ce n'est pas forcément une surprise. Selon une enquête Nielsen de 2019, seulement 20% des Français représentaient les deux tiers des ventes dans le bio. Il s'agissait principalement des retraités et des cadres. Difficile donc d'élargir durablement la clientèle.
Le confinement a bien séduit de nouveaux consommateurs, souvent jeunes. Mais ces derniers sont aussi les plus sensibles au prix et la crise que connaissent le lait et les œufs montrent les limites de la croissance du marché. Reste que les années 2020 et 2021 étaient forcément atypiques pour la consommation. 2022 sera d'autant plus importante pour l'avenir du bio.











