2024, année de la bascule dans l’incertitude pour les dirigeants

Secouées par la crise Covid, la plus violente jamais subie par l’économie française en temps de paix, les grandes entreprises françaises avaient réagi en affichant début 2022 un optimisme inconnu depuis plus de dix ans (2013). Deux ans plus tard, elles affichent le moral le plus bas depuis une décennie (2012).
Tel est l’enseignement majeur de la 19e édition du Baromètre des grandes entreprises, une enquête exclusive réalisée chaque début d’année par Eurogroup Consulting, BFM Business et L’Express auprès des 100 principales entreprises françaises (le CAC 40 et une partie du SBF 120), de quelques grandes sociétés familiales et plusieurs ETI et PME emblématiques du paysage économique national) pour évaluer leurs perspectives d’activité, leurs priorités et leurs craintes.
"Jamais depuis que notre baromètre existe, les dirigeants d’entreprise n’avaient affiché un tel niveau d’incertitude, analyse Gilles Bonnenfant, le président d’Eurogroup Consulting. Ils ne sont que 8% à être véritablement optimistes, contre 15% à être pessimistes."
"Au total, un dirigeant sur deux ne sait pas à quoi s’attendre en matière de trajectoire économique pour 2024", souligne Gilles Bonnenfant.
Les patrons s'attendent à une croissance faible
Pour la première fois depuis 2012, il y a plus d’entreprises qui s’attendent à un recul de leur activité que d’entreprises qui s’attendent à une progression, qu’il s’agisse de la France ou de l’étranger.
Beaucoup de vents contraires inquiètent, sans qu’il soit possible d’en évaluer précisément la force. C’est le cas de la géopolitique, avec une multiplication des conflits locaux, dont certains susceptibles d’avoir de gros impacts sur le commerce mondial ou les prix de l’énergie.
C’est le cas aussi de la hausse des taux d’intérêt, la plus rapide et la plus brutale de l’histoire dont les effets sont encore à venir.

Inquiétudes sur la rentabilité, prudence sur les embauches et l'investissement
Avec l'inflation, la hausse des coûts de production et des frais financiers, préserver la rentabilité sera la première préoccupation des grandes entreprises cette année.
Résultat, beaucoup de projets d’embauche et d’investissement pourraient rester dans les cartons, en France comme à l’étranger. À tel point que les patrons de grandes entreprises sont deux fois plus nombreux à anticiper une baisse plutôt qu’une hausse de leur effort d’équipement, les entreprises les plus petites de notre échantillon étant logiquement les plus prudentes.

En parallèle, les difficultés de recrutement concernent plus d’une entreprise sur deux. Dans ce contexte, l’attention est particulièrement portée sur le bien-être des salariés en place et leur engagement.
D’autant que l’ambiance a changé dans les entreprises: il y a deux ans, après la crise sanitaire, 80% des dirigeants se satisfaisaient de l’engagement remarquable de leurs équipes. Aujourd’hui, ils sont 40% à s’inquiéter de l’engagement de leurs collaborateurs et en font la priorité RH de leur année. Avec un levier clé: la formation. Les dirigeants qui en font une priorité cette année sont 12 points plus nombreux qu’il y a un an.

Les craintes des patrons? Les carnets de commandes plus que les cyberattaques
Les risques majeurs identifiés par les dirigeants sont d’ordre économique et financier, dans la continuité de 2023. La méfiance reste de mise face à l’inflation, la crainte de ne pas maîtriser les prix de l’énergie reste grande, et la résurgence des fragilités financières dans un monde dans lequel les taux d’intérêt ne sont plus nuls. Tout cela suscite la plus grande vigilance de la part des dirigeants d’entreprise.
Deux risques paraissent en revanche sous estimés: la géopolitique, qui inquiète moins de 15% des patrons, et surtout les cyber-risques, qui arrivent en dernière position alors qu’ils apparaissaient au second rang en 2022. Sans doute une partie des entreprises considère-t-elle que ce risque est désormais sous contrôle.

La priorité? Plus que jamais la rentabilité
Pour l’année qui s’ouvre, les dirigeants des grandes entreprises ont une priorité majeure: la rentabilité, meilleure arme pour affronter les chocs, certains anticipés, d’autres imprévisibles.
Presque un dirigeant sur deux fait de l’abaissement de sa base de coût de production et du maintien de ses marges (donc de sa capacité à fixer ses prix) ses objectifs prioritaires.

C’est une priorité deux fois plus importante que le recrutement et la fidélisation des talents, alors que ces deux objectifs étaient considérés comme aussi importants l’un que l’autre il y a un an.
La transition écologique et énergétique et la transition numérique sont désormais considérées comme des objectifs de deuxième ordre: seuls respectivement 14% et 9% des dirigeants en font leurs priorités.











