Manipulation de marché: les crypto-influenceurs vont devoir faire attention à leurs contenus

Les crypto-influenceurs devront-il revoir leur manière de communiquer avec leur communauté? L'article 80 du règlement MiCa (pour Market in crypto assets) liste les "comportements" qui seront considérés comme une manipulation de marché dès l'entrée en vigueur du règlement, autour de 2024.
Si l'article ne mentionne aucun profil précis, quiconque s'adonnant à cette pratique est visé précise une source européenne à BFM Crypto. Ainsi, les crypto-influenceurs, qui postent chaque jour de nombreux messages sur les cryptomonnaies (ou des projets en lien avec les cryptomonnaies), semblent être dans le viseur de l'Europe.
Patrick Hansen, le directeur de la stratégie européenne de la société Circle - également connu pour être un spécialiste de la régulation européenne - a d'abord révélé cette information.
"Attention aux crypto-influenceurs"
"Attention aux crypto-influenceurs: commenter ces actifs dans les médias sociaux sans divulguer un lien avec ces actifs et en profiter sera considéré comme une manipulation de marché dans l’UE une fois que MiCA entrera en vigueur ", a tweeté ce dernier.
Cette pratique est définie comme "le fait de tirer parti d’un accès occasionnel ou régulier aux médias traditionnels ou électroniques, en émettant un avis sur un crypto-actif après avoir pris des positions sur ce crypto-actif et en profitant ensuite de l’impact de cet avis sur le prix de ce crypto-actif, sans avoir simultanément porté ce conflit d’intérêts à la connaissance du public, de manière appropriée et efficace", précise le règlement européen.
L'idée est de rendre répréhensibles les manipulations de marché tout comme dans la finance traditionnelle. L'interdiction d'une telle pratique met donc en position de délit la personne qui la commet, confirme notre source. La personne commentant un tel délit tombera donc sous le coup de la législation existante, il adviendra aux autorité compétentes de se saisir d'un tel dossier.
"Il est temps que ces influenceurs aient ce qu'ils méritent"
L'évocation de ce sujet a fait réagir de nombreux membres de la communauté crypto, y compris sur le réseau social Reddit.
"Faire de la pub pour certains projets et ne jamais assumer la responsabilité des pertes qu'ils infligent aux gens. Il est temps que ces influenceurs aient ce qu'ils méritent", considère par exemple un internaute.
Dans le même temps en France, l'Autorité des marchés financiers (AMF) souhaite étendre son certificat dit de l'influenceur "responsable" au domaine de la finance et des cryptomonnaies au cours de l'année 2022. Le certificat permet de s'assurer que l'influenceur a bien suivi un parcours de sensibilisation aux "recommandations déotonlogiques" de l'organisme ainsi que prouvé sa bonne connaissance du sujet qu'il évoque avec sa communauté.
Le certificat de l’influence responsable a été lancé en 2021 par l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) avec laquelle l’AMF travaille à la création d’un certificat similaire spécifique au secteur de la finance. Le site de l'ARPP fait notamment mention des recommandations en matière de services financiers datant de 2017, qui fait référence au code sur la publicité et les communications commerciales de l’ICC de la Chambre de commerce internationale.
"Ainsi, les promesses annoncées par les publicités pour les produits ou services relevant du champ d’application ne doivent pas, de quelque manière que ce soit: minimiser les risques, présenter l’utilisation de ces produits ou services comme un jeu, ou procéder à une analogie entre les jeux d’argent et les produits ou services visés par la présente recommandation", peut-on lire.
Malgré la mise en place future d'un tel certificat, c'est la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui reste compétente lorsqu'il s'agit de sanctionner les influenceurs en cas de dérive.
Une enquête de cet organisme avait notament conduit au paiement d'une amende de 20.000 euros par l’influenceuse Nabilla Benattia-Vergara pour "pratiques commerciales trompeuses" sur les réseaux sociaux (promotion d’un site de formation au trading sur Snapchat en 2018) assortie d’une mesure de publicité.












