"Il ne permet pas d’acheter du pain mais limite le pouvoir d'un Etat": les Iraniens plébiscitent le bitcoin comme jamais (mais l'Etat aussi... pour vendre des armes)
Des Iraniens brandissent des drapeaux et des pancartes lors d'un rassemblement de protestation contre l'attaque américaine contre l'Iran sur la place Enghelab à Téhéran, le 22 juin 2025. - ATTA KENARE
Dans tous les coins du globe, notamment dans les pays avec de fortes tensions, les cryptomonnaies montent en puissance. En 2025, l'écosystème crypto a atteint 7,8 milliards de dollars de volume en Iran, un record par rapport aux années précédentes. Selon Chainalysis, ce volume augmente au cours des événements conflictuels, la société spécialisée citant notamment les attentats de Kerman en janvier 2024 et les frappes de missiles iraniennes contre Israël en octobre 2024.
Les Iraniens "acquièrent des bitcoins à un rythme nettement plus élevé durant les manifestations qu'auparavant", observe Chainalysis dans son dernier rapport. Les cryptomonnaies sont utilisées par la population pour lutter contre l'inflation, qui avoisine les 50%, mais aussi pour protéger son patrimoine face à la dévaluation de 90% de la monnaie locale, le rial, depuis 2022. Cette classe d'actifs permet aussi de contourner les restrictions financières mises en place par le régime.
"A l'intérieur du pays, nous sommes confrontés à la censure et à des restrictions gouvernementales, c'est pourquoi nous utilisons Bitcoin et Tether pour se faire payer nos revenus en tant que travailleurs indépendants", a expliqué Maryam dans l'enquête "La révolution Bitcoin en Iran" du média crypto offchain.
"Activités malveillantes"
Mais ce sont surtout les Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), l’organisation paramilitaire du régime, qui utilisent les cryptomonnaies pour contourner les sanctions financières des pays Occidentaux. A eux-seuls, ils ont cumulé 3 milliards de dollars de volume de cryptos en 2025. Un montant largement sous-estimé selon Chainalysis car il ne s'agit que des adresses cryptos du CGRI sanctionnées par l'Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain et le Bureau national israélien de lutte contre le financement du terrorisme (NBCTF).
"Le CGRI a largement exploité les actifs numériques pour financer ses activités malveillantes, tant sur le plan intérieur qu’à travers son réseau de forces mandataires à travers le Moyen-Orient", explique la société spécialisée Chainalysis.
L'Iran est par ailleurs devenu le premier Etat Nation à proposer de vendre des systèmes d'armement en cryptomonnaies, selon un récent article du Financial Times. Selon le think tank américain The Atlantic Countil, l'Iran ainsi que d'autres pays comme le Venezuela et la Russie utilisent les cryptos pour contourner les sanctions financières, qui cherchent à étouffer leur économie. Ils font partie d'un groupe nommé l'"Axe de l'évasion".
"Limiter le pouvoir d'un Etat"
Malgré l'espoir de la population à l'égards des cryptos, le régime a décidé de couper l'accès à internet depuis plusieurs semaines, compliquant les transferts en cryptomonnaies.
"Sans accès au web, le réseau Bitcoin reste techniquement fonctionnel grâce à la répartition de ses nœuds autour du monde, mais son accessibilité pour l'utilisateur final devient complexe, voire impossible", souligne le média spécialisé Cryptoast.
Détenir du Bitcoin "ne permet pas d’acheter du pain en pleine panne de courant ou de réseau, mais constitue avant tout un moyen de limiter le pouvoir d’un État sur la manipulation monétaire et le financement de politiques liberticides justifiant une coupure d'Internet, une bataille à mener en amont, avant que la censure ne soit en place", conclut le média.
Pour rappel, le bitcoin ne peut pas être saisi ou confisqué par le droit ou par la force si l'individu ne révèle pas sa clé privée. Ce principe phare du bitcoin est décrit dans les toutes premières lignes du livre blanc de 2008 rédigé par Satoshi Nakamoto. Le bitcoin est un "système de paiement purement pair-à-pair" qui permet de réaliser des paiements en ligne en direct "sans passer" par un intermédiaire ou un tiers de confiance.












