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"Clientélisme", "système Ciotti": tensions autour de l'attribution des subventions dans les Alpes-Maritimes

BFM Côte d’Azur Gauthier Hartmann
Le député LR Eric Ciotti, le 6 décembre 2021 dans les Alpes-Maritimes

Le député LR Eric Ciotti, le 6 décembre 2021 dans les Alpes-Maritimes - Christophe SIMON © 2019 AFP

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Alors que le Département reproche à la Région son manque de subventions, certains élus locaux pointent eux l'attitude opaque du Département.

Climat orageux dans les Alpes-Maritimes cette semaine. Depuis plusieurs jours, élus départementaux, municipaux et régionaux s'attaquent ouvertement sur l'attribution des subventions. Tour à tour, les subventions accordées par la Région Sud au Département et celles accordées par le Département aux communes des Alpes-Maritimes ont été pointées du doigt.

Le ton est monté d'un cran cette semaine entre les deux camps qui se sont échangés des remarques acerbes par médias interposés. Des élus azuréens, menés par le maire (LR) de Cannes David Lisnard et le député (LR) Eric Ciotti, ont dénoncé une "Région bananière" dirigée par Renaud Muselier (divers droite).

Ce jeudi, ce dernier a rétorqué en dénonçant un "système Ciotti" dans les Alpes-Maritimes, comparé au système Guérini dans les Bouches-du-Rhône (Jean-Noël Guérini, ancien président PS du département, a été condamné notamment pour trucage de marché public).

Ces critiques entre les élus maralpins et Renaud Muselier au sujet des subventions interviennent après des mois de tensions entre les deux camps survenus après la réélection de Renaud Muselier à la tête de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Ancien élu LR, Renaud Muselier a quitté l'année dernière les Républicains juste après une passe d'armes avec Eric Ciotti. Le président de la région Sud avait ensuite appelé à voter pour Emmanuel Macron à l'élection présidentielle.

Le Département refuse le contrat d'avenir de la Région

Un nouvel épisode de tensions a débuté vendredi dernier lorsque le Conseil départemental des Alpes-Maritimes a voté contre le déploiement du contrat d'avenir. Ce dispositif doit permettre à l'Etat et à la Région de financer des projets dans les six départements de la région. Mais les élus de droite, majoritaires à l'Assemblée départementale, ont refusé de le signer, estimant la dotation accordée aux Alpes-Maritimes trop faible par rapport à ce qui avait été promis.

"Nous avons négocié un contrat qui prévoyait d'apporter de la région 45 millions d'euros au département (...) C'était avant les élections régionales, depuis ce contrat est tombé à 18 millions d'euros et est remonté après discussions à 28 millions d'euros", indiquait dimanche au micro BFM Nice Côte d'Azur le député maralpin Eric Ciotti, également président de la commission des finances du département.

Ce montant a été jugé inacceptable par les élus LR du département qui déplorent également que les communes de Cannes et Mandelieu-la-Napoule ne fassent pas partie du contrat proposé par la Région.

De son côté, le vice-président de la Région David Gehant avait répondu à ses critiques, affirmant que 64 millions d'euros ont été proposés au Département. Un chiffre nié fermement cette semaine par le président du Conseil départemental sur BFM Nice Côte d'Azur.

"A aucun moment nous n'avons eu ce montant (...) Je ne sais pas d'où ils sortent ce chiffre", s'est étonné Charles-Ange Ginésy.

"La Région n’appartient pas à un clan"

Lundi, les élus azuréens sont revenus à la charge lors d'une réunion organisée à Cannes autour de David Lisnard, Charles-Ange Ginésy et Eric Ciotti. Le maire de Cannes a fustigé l'attitude de Renaud Muselier dans l'attribution des dotations par la Région.

"L’argent public n’appartient pas à des individus menés par des considérations personnelles. La Région n’appartient pas à un clan", a-t-il lancé dans des propos rapportés par Nice-Matin.

De son côté, Eric Ciotti a lui dénoncé "une Région bananière". Les élus réunis à Cannes ont appelé à la création d'un observatoire de l'équité et à un audit des subventions accordées par la Région afin de faire cesser le clientélisme.

Pour Charles-Ange-Ginésy, les choix de Renaud Muselier sont tout simplement politiques. Il estime que le président de la Région Sud fait payer à ses adversaires leur décision de ne pas le soutenir lors des élections régionales.

"Je crois qu'il ne s'en ait pas caché. Il l'a dit à plusieurs reprises, et je sais qu'avec le maire de Cannes, les affaires ne se sont pas arrangées", rappelle le président du Conseil départemental.

Le Département à son tour pointé du doigt

La contre-attaque ne s'est pas faite attendre. Le lendemain de cette réunion, plusieurs élus azuréens réunis en association, dont le maire de Pierrefeu Marc Belvisi et le maire de Touët-sur-Var Roger Ciais, ont mis en cause, cette fois, le comportement du conseil départemental des Alpes-Maritimes dans l'attribution des subventions départementales.

Les élus ont déploré "l'opacité de l'équipe Ciotti-Ginésy" et le "clientélisme" vécu par par certains maires des Alpes-Maritimes. "Le président du Département et/ou le président de la commission des finances ont décidé de geler un certain nombre de projets de la commune de Pierrefeu dont je suis maire, en supprimant une subvention", souligne notamment Marc Belivisi, comme le rapporte Nice-Matin.

Mercredi, lors d'une conférence de presse, le maire (Horizons) de Saint-Laurent-du-Var, Joseph Segura, a aussi appelé le Département à se montrer transparent. Il a notamment estimé que les cantons d'Eric Ciotti et de Charles-Ange Ginesy étaient généreusement dotés en subventions départementales avec respectivement 20% et 15% des dotations.

"On voit bien que pour eux ils ne s'oublient pas", a souligné, avec sarcasme, Joseph Segura, également conseiller départemental des Alpes-Maritimes.

"Un système Ciotti"

Alors que le débat sur l'attribution des subventions a enflé toute la semaine, le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Renaud Muselier a été invité à réagir en marge du salon des maires à Nice. Sur BFM Nice Côte d'Azur, l'élu marseillais a remis une pièce dans la machine, attaquant frontalement la gestion d'Eric Ciotti dans les Alpes-Maritimes.

Dénonçant l'existence d'un "système Ciotti", il accuse le député LR de faire du "chantage" aux élus locaux.

"Dans les Alpes-Maritimes, ils ont mis en place le système Ciotti: je menace, je vous fais chanter et si vous n'êtes pas d'accord avec moi, je vous punis", a-t-il affirmé, comparant cette méthode avec le système "Guérini".

Eric Ciotti "tient les finances du département, martyrise, injurie, menace et s'associe à une poignée d'élus qui sont ses alliés politiques pour faire régner la terreur", a martelé Renaud Muselier.

Le président de région a même poursuivi avec ironie, annonçant le lancement d'un numéro vert "SOS clientélisme", afin d'aider les maires s'estimant pénalisés par le département.

Forcément, les déclarations du président de la région Sud ne sont pas passés inaperçues. Quelques heures après, Eric Ciotti a annoncé vouloir porter plainte après ces propos jugés "outranciers". "Monsieur Muselier aura les suites judiciaires que ses propos vulgaires et grossiers méritent (...) Je dérange tous ceux qui sont nuisibles à l’intérêt général", a-t-il taclé.

Sur BFM Nice Côte d'Azur, le maire LR de Tourrette-Levens Bertrand Gasiglia a lui aussi regretté ce vendredi matin, les propos "excessifs" de Renaud Muselier.