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Alpes-de-Haute-Provence: vers un regain de mobilisation des agriculteurs?

BFM DICI Laurie Charrié avec Glenn Gillet
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Face à l'avancée de l'accord avec le Mercosur au niveau de l'Union européenne, les syndicats agricoles adoptent des stratégies différentes, entre poursuite de la mobilisation sur le terrain et échange avec les parlementaires.

Que ce soit au niveau européen ou au niveau national, les agriculteurs se sentent dépassés. La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a précipité les négociations sur les accords de libre-échange avec le Mercosur et la motion de censure.

Dans ce contexte, la démission du gouvernement suite à la motion de censure a remis en cause tout le travail et les négociations qu'avaient obtenu les agriculteurs au cours de l'année. Alors qu'en est-il aujourd'hui? Doit-on s'attendre à de nouvelles manifestations dans les prochains jours dans les Alpes de Haute-Provence?

Rencontre avec Auchan, nouvelle manifestation...

Les syndicats agricoles continuent de se mobiliser dans les Alpes de Haute-Provence, mais ils n'auront pas tous la même réponse face aux récents événements. La Coordination rurale n'a pas de nouvelle action prévue à ce jour mais, ce lundi 9 décembre, le syndicat était en discussion avec une représentante du groupe Auchan pour faire suite aux actions menées en novembre.

Une mobilisation qui aura été entendue, comme l'explique Florent Signoret, président de la Coordination rurale 04. "On ne baisse pas les bras c'est sûr, aujourd'hui on a rendez-vous avec une représentante nationale d'Auchan et on va voir les marges qu'ils se prennent sur notre dos, c'est le travail qu'on avait commencé le 25 novembre en allant sur place avec les tracteurs à Manosque", rappelle-t-il.

Les membres de la Confédération paysanne 04 seront, eux, sur le terrain dès ce mardi à Sisteron avec une manifestation pour protester contre la prédation, car même sans gouvernement les attaques du loup ne cessent pas, comme le confirme Lorraine Prunet, éleveuse caprin à Forcalquier et membre du syndicat. "Il y a eu beaucoup d'attaques ces dernières semaines et notamment dans le pays de Forcalquier, il n'y a plus de quota disponible pour le prélèvement de loups en décembre et on dit aux éleveurs qu'ils doivent rester potentiellement avec une meute en face de leur troupeau sans pouvoir rien faire", déplore-t-elle.

L'éleveuse explique avoir rencontré le préfet référent la semaine dernière, mais estime que l'échange n'a été en "rien concluant avec aucune solution avancée". "Aujourd'hui, on traite avec lui sur ce sujet et gouvernement ou pas, qu'importe, on a des éleveurs qui sont dans un désarroi profond avec des meutes qui s'établissent de manière galopante et on ne peut pas les laisser", abonde-t-elle.

En dehors de la question du loup, le syndicat est à l'image du reste de la profession, en tension concernant la situation gouvernementale. "J'ai plutôt l'impression qu'on est tous en train de subir les secousses plutôt que d'être engagés dans une discussion où la profession entière serait rassemblée pour sortir vers le haut de ce moment", assure Florent Signoret.

Mais pour le syndicat, le coup de grâce a été le Mercosur. "Ça reste le combat essentiel de la Confédération paysanne, depuis 25 ans c'est au cœur de la politique du syndicat et je trouve qu'il y a un silence assourdissant de la FDSEA d'un coup, j'ai l'impression que ça a été un prétexte de sortie pour aller manifester mais en tout cas pour nous ça restera notre combat, en permanence il n'y a pas de concertations et les décisions nous arrivent dessus sans qu'on est notre mot à dire. On est la monnaie d'échange qui n'a pas beaucoup de valeur", analyse-t-elle.

La FDSEA ne compte pas manifester à nouveau

Enfin, les Jeunes agriculteurs (JA) et la FDSEA 04 n'organiseront pour le moment plus d'actions visibles, mais ne cesseront pas non plus d'être actifs comme l'explique un membre de la FDSEA 04. "On a fait des mobilisations en plusieurs temps et là avec cette motion censure ça remet tout le monde à plat parce qu'il y avait un projet de loi agricole qui devait passer, on attendait pas mal de choses, avec le projet de loi de finances, qui n'ont pas été faites, donc la prochaine action c'est de rencontrer nos parlementaires pour leur exposer ce que ça engendre au niveau de l'agriculture, parce que le fait de ne pas voter le projet de loi de finances ça a pas mal d'impact sur nos exploitations agricoles".

Un avis partagé par Benjamin Ferrand président des JA 04. "On a beaucoup de colère et de déception suite au vote de la motion de censure, on comprend que ça ne concerne pas que le monde agricole et que ceux qui ont voté avaient des raisons de le faire et je peux l'entendre. Par contre, ce que je n'entends pas c'est qu'on a travaillé pendant un an pour avoir des acquis et des enveloppes d'aides sanitaires ou structurelle et avec ces décisions tout est mis à néant. C'est intolérable parce qu'on a des élus de terrain qui sont à nos côtés sur des foires et des réunions et qui ne cessent de nous dire qu'on peut compter sur eux, et là clairement ce n'est pas le cas".

"On est apolitiques", rappelle-t-il, "donc on ne va pas prendre parti, mais maintenant on attend de savoir quels sont leurs plans pour sauver l'agriculture parce qu'aujourd'hui le budget n'a pas été voté et on est dans une situation économique plus catastrophique qu'il y a un an, sachant que toutes les avancées qui devaient être votées tout est à l'arrêt donc aujourd'hui on veut leur plan d'action".