BFM DICI

Gap: après les élections législatives, la bataille pour les municipales est lancée

BFM DICI Valentin Doyen
Le maire de Gap, Roger Didier (illustration).

Le maire de Gap, Roger Didier (illustration). - Jeff Pachoud

Télécharger la nouvelle application BFM
La gauche locale rêve de faire tomber Roger Didier. Et une partie de la droite aussi. Mais l’actuel maire a plus d’un atout dans son jeu et commence déjà à avancer ses pions pour s’assurer une quatrième réélection en 2026.

Grise mine. Comme plusieurs milliers de Français, le maire de Gap (Hautes-Alpes) a éteint la télévision déconfit le dimanche 7 juillet au soir. Non pas parce qu’il espérait une victoire du Rassemblement national à l’échelle du pays.

L'ancien du Parti radical passé à droite, Roger Didier n’a donné aucune consigne de vote en ce sens au premier ou au second tour. Mais au fond de lui, il priait fort pour que l’extrême droite remporte au moins une circonscription, la sienne. Raté !

C’est bien sa conseillère municipale d’opposition, Marie-José Allemand, qui devient la nouvelle députée de Gap et du Buëch sous les couleurs de la gauche unie. Pourtant, Roger Didier avait tout tenté en poussant par exemple Christian Hubaud à se présenter pour venir perturber les plans de la gauche et du centre.

"Un maire qui arrive en fin de cycle"

Le maire de Pelleautier a préféré décliner. Alors, les pro-Didier ont joué leur va-tout le soir du premier tour en voulant persuader Pascale Boyer (Ensemble-Renaissance) de se maintenir en triangulaire face au RN pour faire échouer Allemand (NFP). Encore raté.

"Les législatives ont fait bouger les choses car une grande partie de la gauche a travaillé ensemble. Communistes, écologistes, socialistes, les rapprochements et les convergences sont maintenant possibles car Marie-Jo a gagné. Cela rebat pas mal de cartes", s’enthousiasme déjà un socialiste.

Selon nos informations, un rapprochement entre Isabelle David (Territoires, Écologie et solidarité) et Elie Cordier (Gap Autrement) devrait déjà se faire naturellement au sein de l’opposition au conseil municipal de Gap dans les prochaines semaines.

"On a un maire et son équipe qui arrivent en fin de cycle avec des décisions coûteuses et moins compréhensibles des habitants. L’alternative est possible. La question, c’est comment on la construit? Le maire est sur la défensive, de plus en plus agressif car l’opposition devient crédible et elle est en capacité de gérer la ville", assure Elie Cordier à BFM DICI.

De là à partir unie face à Roger Didier en 2026? "Marie-Jo se dit être la nouvelle patronne de la gauche, c’est vrai. Mais elle ne s’entendra jamais avec Charlotte Kuentz et l’extrême gauche. Ils partiront encore divisés", prédit un ténor de la droite locale.  

La droite en embuscade contre Didier? 

Une situation qui n’est pas pour déplaire à ce proche de la nouvelle députée. "En cas d’union de la Gauche au second tour, la dynamique peut clairement être de notre côté. Surtout si le centre droit envoie aussi quelqu’un dans les pattes de Didier", souffle ce cadre de la campagne de Marie-José Allemand aux législatives.

Car une partie de la droite veut aussi jouer un mauvais tour au maire de Gap. "Si la liste du centre gauche et celle du centre droit se marient pour le déglinguer, Roger passera à la trappe", image un sympathisant de droite, pas mécontent à l’idée de confier les clés de la ville-préfecture à un autre que Didier.

Ce Gapençais politisé poursuit: "ce n’est pas un politique qu’il faut pour mener cette liste du centre droit mais bien un acteur de la société civile."

Côté politique justement, ils ne se bousculent pas au portillon. Kévin Para, le président des Républicains des Hautes-Alpes, a trop de coups à prendre. À l’inverse de Dorian Deininger qui a une carte à jouer.

Le jeune républicain a fait un score très honorable au premier tour des législatives: 7.2 %, sans être connu du grand public. Mais il est trop jeune pour être tête de liste. Des noms circulent comme celui de Pierre Vollaire, le maire des Orres. Ou celui, plus improbable encore, du sénateur Jean-Michel Arnaud.

"C’est n’importe quoi. Pierre s’éclate aux Orres et Jean-Michel a sa place au Sénat. En 2026, les deux auront bien d’autres choses à faire que de se lancer à Gap", balaye un fin connaisseur de la vie politique locale.

Et du côté de la société civile? Comme à chaque élection, des chefs d’entreprise ou des commerçants se sentent pousser des ailes quand un scrutin approche.

"Mais la politique reste un métier et la ville de Gap est trop petite quand on est chef d’entreprise pour ne pas risquer de perdre du business", analyse un entrepreneur gapençais. 

Le spectre d'une triangulaire face au RN

Pour l’heure, Roger Didier n’a donc aucun souci à se faire de ce côté-là. L’inquiétude du maire de Gap, si elle existe, est plus à l’extrême droite. Le Rassemblement national a fait 30% à l’élection européenne et près de 35% au premier tour des élections législatives.

"Le RN ne fera pas de liste car ils ne sont pas en capacité de le faire. Sainte-Marie, pour l’instant, il n’en a rien à cirer de Gap", jure un membre des Républicains.

Trouver 42 noms pour monter une liste pourrait en effet être un exercice périlleux à Gap pour le Rassemblement National. "Mais de plus en plus de gens assument d’être RN. Et Sainte-Marie l’a dit, il veut que la fédération se structure. Cela passe obligatoirement par un ancrage à Gap", explique une figure de la gauche gapençaise.

Le pire scénario pour Roger Didier serait donc d’affronter une gauche unie et un Rassemblement national suffisamment solide pour l’emmener en triangulaire.

Mais le maire de Gap n’est pas un débutant et il travaille sa réélection depuis longtemps. "Il a un fonds de commerce énorme. Depuis 2007, il reçoit chaque lundi et chaque vendredi les Gapençais qui ont besoin d’un service. Ces gens lui sont redevables et il les réactive avant chaque élection", décrypte un habitué des cabinets politiques.

Et d'ajouter: "l’électorat des personnes âgées, qui va des maisons de retraite aux clubs seniors savent ce qu’ils ont avec Roger Didier. Et ils ont peur du changement. Ça fait beaucoup d’électeurs."

Avant d'évoquer un bémol pour le maire en place: "l’âge du capitaine et de son équipe. Il faut savoir que Roger Didier ne partage pas le pouvoir et son équipe le suit sans donner son avis. Cette équipe ne repartira pas. Alors, il consulte et propose à des gens de le rejoindre".

C’est le cas par exemple de Jean-Claude Eyraud. L’opposant historique du maire de Gap, qui a été son adversaire de gauche par le passé, confirme cette récente approche.

"Oui, il m’a proposé de travailler avec lui sur le ton de la boutade. Mais j’ai décliné car, même si je le respecte, j’ai de profonds désaccords avec lui comme la suppression des indemnités des élus de l’opposition ou encore sa volonté de gérer l’eau en régie privée", explique l’ancien élu d’opposition à la ville de Gap.

Pour faire face aux départs inéluctables de cadres comme Daniel Galland ou Maryvonne Grenier, Roger Didier pense déjà à ces prises de guerre qui pourraient avoir du sens sur le papier. 

"Personne ne peut le battre"

Fébrile, le maire de Gap ? "Absolument pas", promet un fidèle de la rue Colonel-Roux qui donne du "Roger" à tout bout de champ.

"Marie-Jo Allemand sera députée et elle ne servira à rien, comme tous les députés en place à moins d’être proche du gouvernement. Je ne pense pas que son influence va augmenter. Concernant le RN, ils font un excellent score mais pour l’heure, il n’y a pas d’appétence municipale. Franchement, personne ne peut le battre. Il est en place, il a une équipe et Gap reste une ville centriste, posée et modérée".

Ce maire, proche de Roger Didier abonde en ce sens. "Pierre Bernard Reymond le disait, un maire de Gap doit être rond et composer. Roger n’est donc pas en danger. Qui va venir le chatouiller ? Le petit "Élie Cacou"?", se moque l’intéressé, en visant directement l’opposant de gauche Elie Cordier. 

Les arcs sont sortis et les premières flèches pourraient être tirées par ces nombreux fidèles qui ne jurent que par Roger Didier. Devenu maire en 2007, après le départ en cours de mandat de Pierre Bernard-Reymond devenu sénateur, il a depuis 2008 toujours été réélu. En 2026, il aura 75 ans et 81 ans en 2032 en cas de réélection.

S’il gagne encore dans deux ans, le Gapençais pourrait avoir passé 25 ans à diriger la ville. Le dernier à avoir fait autant n’est autre que son illustre père, Émile Didier, maire de Gap de 1947 à 1971. Cette année-là, il avait été battu par un candidat de la droite, Bernard Givaudan.

55 ans plus tard, c’est encore de la droite que peut venir la plus grande menace pour le clan Didier. Et ça, "Roger" l’a bien compris.