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Arrêts maladie, opérations annulées: grave crise interne à l'hôpital de Gap

BFM DICI Florian Bouhot avec AFP
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Quatorze praticiens sont en arrêt depuis le retour, au sein du premier hôpital des Hautes-Alpes, d'un chirurgien suspendu depuis deux ans après avoir dénoncé les pratiques du Dr Norotte.

Un violent conflit interne provoque des démissions et des arrêts maladie en cascade à l'hôpital de Gap, jusqu'à menacer la continuité des soins en traumatologie dans cet établissement isolé, ont alerté ce vendredi les syndicats.

Quatorze praticiens sont en arrêt depuis le retour, au sein du premier hôpital des Hautes-Alpes, d'un chirurgien suspendu depuis deux ans après avoir dénoncé les pratiques d'un collègue.

"Quelques opérations" ont déjà été annulées en raison de ces départs, ce qui pourrait entraîner des "pertes de chances pour certains patients", indique à l'Agence France-P Thierry Craviari, chirurgien orthopédiste en arrêt.

"L'offre de soin en état de crise"

Cette situation pourrait engendrer "une rupture des prises en charge traumatologiques" dans le service de chirurgie, selon un collectif de soignants.

La CFDT s'inquiète de son côté d'un possible "désert médical" en rappelant l'isolement géographique du département. "L'offre de soin est en état de crise", a souligné Éric Braunstedter, répresentant syndical CFDT et infirmier anesthésiste, ce vendredi sur BFM DICI. "On lance une sorte de cri d'alerte à la population", a-t-il ajouté.

À l'origine de cette "ambiance délétère", la dénonciation par le chirurgien Raouf Hammami d'une pratique de son collègue Gilles Norotte, la cimentoplastie discale, considérée comme "non valide" par une société savante et qui fait l'objet d'une enquête pénale.

"Cette affaire obnubile les gens"

"Cette affaire obnubile les gens. Nous n'en dormons pas la nuit. Nous n'avons pas assez de sommeil. Nous ne pouvons pas travailler", a insisté Éric Braunstedter.

En France, il est possible d'injecter du "ciment" (en fait une sorte de résine) dans des vertèbres fragilisées pour les renforcer mais pas directement dans les disques de la colonne. Des patients ont dû être réopérés à la suite d'une telle intervention en raison de complications.

L'enquête du parquet de Gap vise notamment à vérifier si les patients étaient suffisamment informés. Plusieurs ont déposé plainte.

Des accusations de harcèlement et de menaces

Par ailleurs, des procédures contentieuses ont été lancées tous azimuts, aboutissant récemment au retrait du Dr Norotte de l'hôpital, tandis que le Dr Hammami est accusé de harcèlement et menaces en interne.

Le 22 mars, celui-ci a réintégré le service de chirurgie orthopédique sur décision du directeur de l'Agence régionale de santé. Depuis, la tension est à son comble, des praticiens ayant une "difficulté énorme" à travailler avec lui, selon le Dr Craviari.

Des praticiens avaient déjà démissionné de leurs fonctions administratives il y a quelques semaines.

Contactée, la direction assure que "tout est œuvre pour garantir la permanence des soins". L'ARS ajoute qu'elle pourrait mobiliser des médecins d'autres hôpitaux si besoin.

De son côté, le Dr Hammami assure avoir repris son activité "sans aucun incident". Pour lui, les praticiens en arrêt "ont choisi de mettre en péril la mission de santé publique" et ont porté des "accusations graves et mensongères" à son encontre.